BFMTV

Mort du Nobel de littérature Imre Kertesz

Le prix Nobel de littérature Imre Kertesz.

Le prix Nobel de littérature Imre Kertesz. - Zsolt Demecs - AFP

L'écrivain hongrois Imre Kertesz, prix Nobel de littérature en 2002, s'est éteint à l'âge de 86 ans.

L'écrivain hongrois Imre Kertesz, auteur de Être sans destin et lauréat du prix Nobel de littérature en 2002, est décédé jeudi à l'âge de 86 ans, a annoncé son éditeur cité par l'agence de presse hongroise MTI.

Imre Kertesz est mort à l'aube à son domicile de Budapest des suites d'une longue maladie, selon Krisztian Nyary, directeur des éditions Magveto. Ce juif rescapé des camps de concentration nazis fut le premier auteur de langue magyare primé par le Nobel.

Déporté à Auschwitz

Né le 9 novembre 1929, déporté à Auschwitz à l'âge de 15 ans, Kertész est un rescapé des camps de concentration nazis dont les livres, qui puisent dans son vécu de la Shoah, sont souvent comparés à l'oeuvre de l'Italien Primo Levi, de l'Espagnol Jorge Semprun ou de l'Américain Elie Wiesel.

"Il fut de ces écrivains juifs d'Europe qui ne pouvaient appartenir à une seule nation du fait de ses traumatismes et de la perspective universelle de son oeuvre sur l'Holocauste", a témoigné pour Gabor T. Szanto, éditeur du magazine littéraire hongrois Szombat, qui l'a régulièrement côtoyé. Son premier livre, le plus réputé, Etre sans destin (Sosrtalansag) raconte l'histoire d'un jeune déporté, Köves, de manière sobre, ironique et distanciée.

Son oeuvre "évoque son destin avec un amour de la vie, il en parle presque joyeusement", remarquait en 2002 son ami l'historien et journaliste François Fetjö, soulignant "une contradiction, une tension qui est tout à fait étrange" et ont parfois fait mal comprendre son propos, notamment dans son pays avec lequel il entretenait un rapport ambigu. Kertész répondait: "J'ai présenté les faits comme ils étaient, non pas les faits comme ils sont apparus dans la conscience de chacun après coup".

Arbitraire barbare

Etre sans destin, sur lequel il a travaillé durant dix ans et qui fut d'abord publié dans l'indifférence en 1975, a finalement été reconnu comme une oeuvre "qui dresse l'expérience fragile de l'individu contre l'arbitraire barbare de l'Histoire, et défend la pensée individuelle contre la soumission au pouvoir politique", selon le jury du Nobel. Cette "arbitraire barbare" est celui propre à tous les systèmes autoritaires, dénonçait régulièrement cet homme à l'élégance classique, au large front dégarni.

"A Auschwitz, j'étais un enfant. Je n'ai compris ce que j'avais vécu à Auschwitz que sous la dictature communiste, qui n'a jamais aimé mes livres parce qu'elle sentait qu'ils contenaient de l'explosif: une sorte d'appel contre toutes les dictatures et pas seulement contre la dictature nazie", avait-il confié après son prix.

Revenu à Budapest après la guerre, Imre Kertész y avait travaillé comme journaliste, jusqu'à ce que son journal doive adopter la ligne du Parti communiste. Mis à l'écart par le régime, il a alors passé sa rage intérieure au tamis d'une exigence de fer. "Entre 1961 et 1973, j'ai recommencé 500 fois le début d'Etre sans destin pour trouver une distance, une structure, un cadre où les mots puissent avoir leur vie", avait-il raconté.

Un homme très jovial

"Après une période très longue d'anonymat, je suis devenu célèbre", constatait sans amertume ce traducteur d'auteurs de langue allemande, tels Nietzsche, Hofmannsthal, Schnitzler ou Freud, qui ont influencé son oeuvre. "C'est un bon vivant, un homme très jovial, étrangement gai, qui aime faire la fête, qui aime la société", remarquait François Fetjö tandis que Sabine Wolf, directrice des archives littéraires de l'Académie des Arts de Berlin, a rendu hommage à "un homme d'une grande finesse".

Installé à Berlin entre 2001 et 2013, il avait légué à l'Académie des Arts toutes ses archives. S'il a critiqué en 2012 le gouvernement populiste conservateur du Premier ministre Viktor Orban, Imre Kertesz a été critiqué en retour en 2014, par la presse d'opposition, pour avoir accepté un hommage du même Orban. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, dont "Kaddisch pour l'enfant qui ne naîtra pas" (1990) et "Liquidation" (2004). "L'Ultime auberge", son dernier récit paru en 2015 en France aux éditions Actes Sud, évoquait "le duel entre sa maladie de Parkinson et l'écriture d'un nouveau roman", selon l'éditeur qui a contribué à sa reconnaissance et garde le souvenir d'un "homme simple et aimant".

la rédaction avec AFP