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Mort d'Edmonde Charles-Roux

Edmonde Charles-Roux en janvier 2014.

Edmonde Charles-Roux en janvier 2014. - Kenzo Tribouillard - AFP

L'ancienne journaliste et romancière Edmonde Charles-Roux vient de mourir à l'âge de 95 ans.

La romancière Edmonde Charles-Roux, ex-présidente de l'Académie Goncourt, est morte, mercredi 20 janvier, à l’âge de 95 ans, a annoncé sur Twitter Marie Dabadie, secrétaire de l'Académie Goncourt. Edmonde Charles-Roux avait remporté le prix Goncourt en 1966 pour Oublier Palerme.

Elle était la veuve de Gaston Defferre, ancien maire de Marseille. Affaiblie depuis décembre, elle s'est éteinte dans une maison de convalescence, en présence de son petit-neveu Marcantonio del Drago. "Edmonde Charles-Roux a toujours vécu pour la liberté. D’une vie dans le siècle, elle a fait un extraordinaire roman de courage, d’engagement et de création", a salué l'Elysée dans un communiqué.

Chignon serré, collier de perles et tailleur chic, cette fille de diplomate au sourire lumineux et au regard énigmatique a été infirmière et résistante sous l'Occupation, égérie d'artistes, féministe, militante socialiste, journaliste de mode et écrivain.

Edmonde Charles-Roux est née à Neuilly-sur-Seine le 17 avril 1920, issue d'une famille de la haute bourgeoisie méridionale. Fille d'un diplomate, elle passe son enfance et sa jeunesse à l'étranger, au gré des affectations paternelles, Saint-Pétersbourg, Istanbul, Le Caire, Prague et Londres.

Légion étrangère

En 1939, lorsque la Deuxième Guerre mondiale éclate, Edmonde Charles-Roux devient infirmière et rejoint corps d’ambulancières, auprès de la Légion étrangère. Blessée en 1940, elle est décorée de la Croix de guerre nommée caporal d’honneur de la Légion étrangère et citée à l’ordre du corps d’armée.

Au grand dam de sa famille, elle entre en 1947 au jeune magazine Elle avec Françoise Giroud et Hélène Lazareff. "Ma chance ? La journaliste qui devait couvrir la réouverture de la Scala tombe malade, on m'y envoie. C'est le retour de Toscanini après son exil. Je connaissais ses filles, j'ai été invitée dans sa loge. Hélène Lazareff était enchantée", racontait-elle.

Elle dirige ensuite la rédaction française de Vogue de 1950 à 1966, y imposant une vingtaine de pages culture par numéro. Invités de ces pages, ses amis écrivains et artistes, d'Aragon à Jean Genet, sont trop sulfureux, pour ses patrons américains qui la renvoient finalement pour avoir choisi une mannequin noire en couverture d'un numéro.

En 1955, elle participe aussi à l'écriture des Rois maudits de Maurice Druon. "J'ai été un de ses nègres en somme", s'amusait-elle.

Coup de foudre avec Gaston Defferre

Elle publie en 1966 son premier roman, le plus connu sans doute: Oublier Palerme. Ce roman lui vaut le prix Goncourt. Et lui permet de rencontrer Gaston Defferre, le maire de Marseille. C'est un coup de foudre réciproque. Il est marié et le couple se voit clandestinement. "Il était d'une incroyable séduction", avouait cette célibataire farouchement éprise de liberté. 

Ils se marient en 1973, après sept ans de liaison secrète, et deviennent le couple phare de la cité phocéenne. "Moi, j'étais plutôt pour l'union libre mais cela lui semblait impossible à Marseille...", expliquait celle qui devint l'éminence grise de la culture dans la ville.

"Gauche caviar"

Gaston Defferre, maire socialiste de la cité phocéenne et ministre de l'Intérieur de François Mitterrand, meurt en mai 1986 après vingt ans d'amour absolu, dira-t-elle, avant de lui consacrer en 2001 un récit-photos, "L'Homme de Marseille", ville où elle vivait toujours. "On me dit gauche caviar. Pourquoi pas? L'essentiel, c'est la gauche. Si le caviar vient avec, tant mieux ! Cela veut dire qu'on était destiné à vivre à droite et qu'on a le coeur à gauche", lançait-elle.

Elle publie ensuite Elle, Adrienne et L’Irrégulière, une biographie de Coco Chanel, qu'elle rencontre presque chaque jour pendant dix ans. Puis, dans les années 80, Une enfance sicilienne et Un désir d'Orient. Elle signe aussi plusieurs livrets de ballets de Roland Petit. Enfin, l'ancienne lauréate du Goncourt entre à l'Académie Goncourt en 1983, contribuant à son ouverture et à son rajeunissement. Elle en devient présidente en 2002. 

Edmonde Charles-Roux venait de céder, début janvier, son couvert à l'Académie Goncourt à Eric Emmanuel Schmitt.

Edmonde-Charles-Roux en 2003.
Edmonde-Charles-Roux en 2003. © Eric Fefferberg - AFP
M. R. avec AFP