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Mode: des ateliers d'insertion défilent à Paris devant Lacroix

Un mannequin d'un jour défile sur le tapis rouge déroulé à la Cité de la mode et du design, sur les quais de la Seine. Conjuguer mode, recyclage et retour à l'emploi, c'est le pari de "Tissons la solidarité", réseau d'ateliers pour femmes en réinsertion q

Un mannequin d'un jour défile sur le tapis rouge déroulé à la Cité de la mode et du design, sur les quais de la Seine. Conjuguer mode, recyclage et retour à l'emploi, c'est le pari de "Tissons la solidarité", réseau d'ateliers pour femmes en réinsertion q - -

par Elizabeth Pineau PARIS - Conjuguer mode, recyclage et retour à l'emploi, c'est le pari de "Tissons la solidarité", réseau d'ateliers pour...

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Conjuguer mode, recyclage et retour à l'emploi, c'est le pari de "Tissons la solidarité", réseau d'ateliers pour femmes en réinsertion qui présentait jeudi à Paris une collection maison sous le parrainage du couturier Christian Lacroix.

Tunique en satin et fausse fourrure, jupon à cerceau en papier bulles, robe drapée en crêpe de récupération, fourreau en papier froissé argent: l'art de la transformation était à l'honneur dans le défilé de 34 modèles portés par celles qui les ont fabriqués.

Un peu tremblantes et maladroites sur le tapis rouge déroulé à la Cité de la mode et du design, sur les quais de la Seine, les mannequins d'un jour, de tous âges et de toutes les corpulences, ont joué le jeu avec un sourire ému.

On était loin des défilés parisiens habituels mais proche d'une certaine réalité de la rue, à l'heure où la crise oblige à faire des économies, y compris dans sa garde-robe.

Ces femmes "représentent pour moi la bonne manière de penser la société d'aujourd'hui", souligne Christian Lacroix dans la note de présentation des modèles donnée au public.

Association fondée en 2004 par le Secours catholique, "Tissons la solidarité" veut dresser un pont entre ses 66 ateliers d'insertion offrant un emploi à quelque 1.800 personnes, principalement des femmes au bord de l'exclusion, et le monde du travail.

Principale activité du réseau présent dans toute la France: le recyclage de vêtements de seconde main, vendus dans 121 boutiques.

"UNE AUTRE SORTE DE COUTURE"

"L'objectif est de montrer qu'un atelier d'insertion, ce n'est pas seulement stigmatiser des gens qui ont un problème de chômage à un moment de leur vie mais que ça peut être synonyme de qualité, de professionnalisme, qu'on peut faire confiance à ces femmes qui cherchent un emploi", a expliqué à Reuters Hélène Maréchal, directrice de l'association Vestali.

Ses ateliers sont situés près de Lens, dans le Pas-de-Calais, une région très touchée par le chômage et la fermeture des ateliers de confection.

Récupérés et transformés par d'anciennes chômeuses âgées de 24 ans à 59 ans issues de la confection ou ayant choisi de réorienter leur vie professionnelle, les vêtements sont vendus sur internet ou en magasin.

Mannequin d'un jour, Annie Petit, 53 ans, a troqué ses vêtements ordinaires pour une robe de cocktail à motifs floraux taillée dans un tissu d'ameublement vert d'eau.

Après avoir longtemps travaillé en confection, puis comme femme de ménage, cette mère de famille s'est retrouvée au chômage. L'ANPE l'a réorientée vers un atelier de récupération où elle s'occupe du tri de vêtements, du lavage et de leur installation en magasin.

"Cela me permet de voir autre chose, la vente, c'est nouveau pour moi", explique-t-elle.

Arrivé bien avant le défilé pour saluer les couturières en coulisses, Christian Lacroix a rendu hommage à leur travail.

"La mode c'est réinventer les choses. Ici, c'est du travail à la main, ce sont des pièces uniques, c'est une autre sorte de couture", a-t-il dit à la presse. "Ce n'est pas seulement pour se donner bonne conscience, il y a une vraie volonté, c'est sur la durée, il y a une structure derrière."

Le couturier voit dans cette initiative une réponse à la crise.

"Les gens sont formidables dans des périodes comme celle-là: au lieu de courber l'échine, il faut des innovations, se réinventer. C'est comme moi, il faut que je me réinvente, que je trouve une autre manière de travailler", a ajouté le couturier, dont la maison a fermé l'an dernier.

Edité par Gilles Trequesser