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Mathias Enard, lauréat du Goncourt 2015

Le prix Goncourt 2015 vient d'être décerné à Mathias Enard pour son roman Boussole. Fasciné par l'Orient, l'écrivain, qui était l'un des favoris, a obtenu 6 voix.

L'Académie a tranché. Et décerné le prix Goncourt 2015 à Mathias Enard, auteur de Boussole (Actes Sud), ce mardi 3 novembre. 

"Mon sentiment, c'est que c'est indécis", avait mystérieusement déclaré Bernard, Pivot, membre de l'Académie Goncourt, quelques heures avant l'annonce. Ajoutant avec malice: "C'est l'un des quatre, ça c'est sûr".

Mathias Enard, qui a été élu dès le 1er tour de scrutin par six voix, succède à Lydie Salvayre récompensée en 2014 pour Pas pleurer, (Seuil). Le prix a été annoncé, comme chaque année au restaurant Drouant à Paris devant la presse internationale. Une cérémonie qui donne traditionnellement lieu à de bruyantes bousculades. 

"Une histoire, une écriture, une ambition"

Face à la cohue des journalistes du monde entier, l'écrivain, large carrure et favoris broussailleux rappelant à certains Balzac, s'est dit "surpris" et "extraordinairement heureux". "Je reviens d'Alger, figurez-vous, et de Beyrouth", a ajouté l'auteur de Boussole. "Et peut-être la baraka de Cheikh Abderrahmane, le patron d'Alger, et Saint Georges de Beyrouth ont fait ça et j'en suis extraordinairement heureux".

Le Premier ministre Manuel Valls a félicité sur Twitter le lauréat, qui "avec son phrasé musical transmet l'amour de l'Orient et de ses trésors à préserver. Une Boussole pour l'époque". En 2010, Mathias Enard avait déjà reçu le Goncourt des lycéens pour "Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants".

Boussole, un livre exigeant et parfois ardu, plonge le lecteur, le temps d'une nuit, dans les rêveries opiacées d'un musicologue viennois épris de l'évanescente Sarah. Un des objectifs du roman, selon Enard, est de lutter contre l'image simpliste et fantasmée d'un Orient musulman et ennemi, en montrant tout ce qu'il nous a apporté.

Les trois autres finalistes du Goncourt, dévoilés le 27 octobre au musée du Bardo à Tunis, étaient Hédi Kaddour et son roman Les prépondérants (Gallimard), Tobie Nathan pour Ce pays qui te ressemble (Stock) et Nathalie Azoulai, la seule femme du groupe, avec Titus n'aimait pas Bérénice (POL). Les relations compliquées entre l'Occident et l'Orient étaient au coeur des romans des quatre écrivains.

Pour mériter le Goncourt, il faut "une histoire, une écriture, une ambition", a résumé Bernard Pivot, président de l'Académie Goncourt, sur France Inter. "J'aime bien les prix Goncourt qui parlent du monde dans lequel nous vivons", a-t-il dit.

Un chèque de 10 euros

"Un bon Goncourt est un livre qui va rencontrer plusieurs centaines de milliers de lecteurs, qui va les divertir et surtout les faire entrer dans le monde par une autre porte que celle avec laquelle ils entrent d'habitude. Un bon Goncourt, c'est pousser une porte inattendue pour le lecteur, même si elle ne s'ouvre pas facilement".

Le lauréat du Goncourt recevra un chèque de... 10 euros. Mais l'enjeu est ailleurs. Un roman estampillé Prix Goncourt se vend en moyenne à environ 400.000 exemplaires, le Renaudot à un peu moins de 200.000.

la rédaction avec AFP