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Les excuses du pape déçoivent les victimes d'abus sexuels

Copies de la lettre pastorale diffusée samedi. Si elles constituent une première dans la communication du Saint-Siège, les excuses du pape Benoît XVI pour les abus sexuels commis par le clergé irlandais semblent insuffisantes aux yeux de nombreuses victim

Copies de la lettre pastorale diffusée samedi. Si elles constituent une première dans la communication du Saint-Siège, les excuses du pape Benoît XVI pour les abus sexuels commis par le clergé irlandais semblent insuffisantes aux yeux de nombreuses victim - -

par Tom Heneghan PARIS - Si elles constituent une première dans la communication du Saint-Siège, les excuses du pape Benoît XVI pour les abus sexuels...

par Tom Heneghan

PARIS (Reuters) - Si elles constituent une première dans la communication du Saint-Siège, les excuses du pape Benoît XVI pour les abus sexuels commis par le clergé irlandais semblent insuffisantes aux yeux de nombreuses victimes.

Des évêques de plusieurs pays ont salué la lettre pastorale du pape diffusée samedi, estimant qu'il s'agissait d'un document courageux.

Les victimes ont pour leur part souhaité que des sanctions soient prises contre les évêques qui ont parfois couvert des scandales.

Chaque nouvelle révélation donne plus de poids au combat mené par les associations de victimes et accentue la pression sur l'Eglise pour qu'elle mette en oeuvre des réformes longtemps différées.

Les dirigeants de l'Eglise catholique "ne voient toujours pas qu'il ne s'agit pas seulement de cas individuels mais d'un problème structurel et global", explique Christian Weisner, du mouvement laïque allemand "Nous sommes l'Eglise", pour qui "cette lettre du pape ne représente pas une grande avancée."

Les détracteurs de l'attitude du Vatican appellent depuis longtemps de leurs voeux une plus grande transparence et souhaitent que l'Eglise prenne ses responsabilités en dévoilant la totalité des abus commis et en démettant de leurs fonctions les évêques impliqués dans les scandales.

La lettre de Benoît XVI a répondu en partie à leurs demandes, exprimant "de la honte et des remords" pour "des actes scandaleux et criminels".

Le pape a également souligné que les évêques devaient transmettre à la justice les affaires dont ils ont connaissance et il a annoncé l'ouverture d'une enquête dans plusieurs diocèses irlandais.

Mais il n'a pas fait référence à des scandales similaires qui ont éclaboussé l'Eglise dans d'autres pays comme l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse et les Pays-Bas. Il n'a pas davantage fait allusion à une éventuelle démission de certains évêques pour "manquements dans le gouvernement" de l'Eglise.

"Il n'y a rien dans cette lettre qui suggère l'existence d'une nouvelle vision de la gouvernance au sein de l'Eglise catholique", déplore Maeve Lewis, directrice générale du groupe irlandais "One in Four".

PRESSION SUR LES PRÉLATS

En estimant que la lettre du pape les visait également, plusieurs prélats européens ont semblé reconnaître que l'Eglise connaissait un problème structurel.

"Le scandale des abus sexuels n'est pas un problème simplement irlandais. Il s'agit d'un scandale de l'Eglise dans plusieurs endroits et il s'agit d'un scandale de l'Eglise en Allemagne", a déclaré l'archevêque allemand Robert Zollitsch samedi dans une conférence de presse.

Mgr Zollitsch, lors de cette conférence de presse, a confirmé qu'il se reprochait de n'avoir pas livré à la justice au début des années 1990 un prêtre soupçonné de pédophilie.

Mais contrairement aux victimes, il s'est abstenu d'expliquer cette situation par la culture du silence qui règne dans le clergé.

Plusieurs personnes ont par ailleurs réclamé la démission du cardinal Sean Brady, le primat de l'Eglise d'Irlande.

Ce dernier a reconnu avoir fait signer à deux victimes un accord secret en 1975 alors qu'il était l'adjoint d'un évêque proche d'un prêtre, Brendan Smyth, connu pour avoir commis des violences sexuelles.

Certains commentateurs irlandais l'ont accusé d'utiliser "la défense de Nuremberg", en référence aux criminels nazis de guerre qui affirmaient avoir seulement "suivi les ordres".

Un évêque irlandais, accusé dans un rapport officiel d'avoir caché des cas d'abus sexuels, a démissionné. Trois autres ont présenté leur lettre de démission au Vatican qui les a refusées. Un cinquième a refusé de présenter sa démission.

Certains observateurs prédisent que Benoît XVI ne mettra pas à la retraite d'office les évêques qui ont dissimulé des affaires d'abus sexuels.

Quand il était archevêque de Munich, il aurait fait muter un prêtre soupçonné de pédophilie mais le Vatican a démenti que le futur pape ait été au courant de l'affectation de ce prêtre à un poste où il travaillait avec des jeunes, une décision dont son adjoint de l'époque a dit assumer la totale responsabilité.

Faute de mesure choc, la lettre du pape ne protège pas l'Eglise d'accusations futures.

"Si une entreprise connaît une crise de management et n'ose pas remplacer ses dirigeants, elle fait faillite", a commenté le journal viennois Die Presse.

Marine Pennetier pour le service français