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La danseuse et chanteuse de music-hall Zizi Jeanmaire est morte

Zizi Jeanmaire en 1994.

Zizi Jeanmaire en 1994. - BORIS HORVAT - AFP

La célèbre ballerine devenue par la suite meneuse de revue est morte cette nuit à l'âge de 96 ans. Elle s'est érigée au rang de légende du music-hall.

La ballerine et chanteuse de music-hall Zizi Jeanmaire, connue notamment pour son Truc en plumes, et dont le parcours professionnel est étroitement lié à celui du chorégraphe Roland Petit, est morte à l'âge de 96 ans, a annoncé sa famille à l'Agence France-Presse ce vendredi matin. Zizi Jeanmaire a fait bouger les lignes entre danse classique et music-hall au cours d'une carrière d'une remarquable longévité.

"Ma maman s'est éteinte paisiblement cette nuit à son domicile de Tolochenaz dans le canton de Vaud", en Suisse, a indiqué à l'AFP sa fille Valentine Petit, jointe au téléphone. Une cérémonie publique aura lieu en septembre pour lui rendre hommage, a-t-elle précisé.

"Unique et inimitable"

L'annonce de son décès a suscité de nombreuses réactions émues dans le monde de la danse. "Une femme et une artiste exceptionnelle nous quitte. Zizi Jeanmaire restera à jamais dans nos mémoires, unique et inimitable. Zizi on t'aime", a écrit sur Instagram Manuel Legris, ancien danseur étoile de l'Opéra de Paris. "Jamais nous ne t'oublierons chère Zizi", a commenté l'ancienne étoile Marie-Agnès Gillot.

Atypique, malicieuse, et travailleuse acharnée, Zizi Jeanmaire a brouillé les pistes entre le monde très sérieux de la danse et ceux de la chanson et du music-hall, en explorant tout: ballet, comédie musicale, théâtre, récital, télévision, revue, mêlant les genres avec jubilation, sans jamais perdre sa rigueur de danseuse de formation classique, chevillée au corps.

De Paris à Broadway

Née Renée Jeanmaire le 29 avril 1924, c'est à la barre de l'École de danse de l'Opéra de Paris que celle qui se fera ensuite appeler "Zizi" rencontre le futur chorégraphe et son futur mari, Roland Petit, décédé en 2011. Ils ont seulement 9 ans.

Entrée en 1933 dans la vénérable maison, elle a intégré le corps de ballet sept ans plus tard, puis l'a quitté au sortir de la Seconde guerre mondiale, à 19 ans, sur un coup de tête:

"On rêvait d'aller voir le monde... j'avais envie de gloire, d'être reconnue avec autre chose que Giselle", l'héroïne d'un grand ballet romantique. "Sans fausse pudeur ni modestie, je dois avouer que jamais je n'ai eu de doute sur ma carrière".

"Roland, lui, avait envie de créer sa propre compagnie", racontait-elle dans un entretien à l'AFP en 2008. Ce sera les Ballets des Champs-Elysées, puis ceux de Paris.

Au sein de cette dernière, Zizi s'illustre dans Carmen en 1949, à la chorégraphie étonnamment moderne et audacieuse. Cette Carmen aux cheveux à la garçonne - coiffure que Zizi ne quittera plus -, brûlera les planches à Paris, à Londres, à Broadway (sept mois à l'affiche).

Passage par le septième art

Elle se révèle aussi dans La Croqueuse de diamant en 1950, dans un genre alors inconnu: le ballet sur pointes avec chansons. Elle travaille un temps à Hollywood et à New York. Le grand producteur Sam Goldwyn lui conseille de garder comme prénom de scène "Zizi", le mot qu'elle répétait ("Mon zizi") quand sa mère l'appelait "Mon Jésus".

Dans les années 1950, elle apparaît au cinéma dans des films, souvent de danse, comme Hans Christian Andersen de Charles Vidor, Folies-Bergère et Charmants garçons d'Henri Decoin, Guinguette de Jean Delannoy.

Son "Truc en plumes"

Raymond Queneau, Serge Gainsbourg ou Barbara vont se mettre à écrire ou à composer pour "Mademoiselle Jeanmaire". Boris Vian disait qu'elle avait "des yeux à vider un couvent de trappistes en cinq minutes" ou encore "une voix comme on n'en fait qu'à Paris". Yves Saint Laurent, qui l'habilla durant quarante ans, estimait qu'"il lui suffisait d'entrer en scène pour que tout prenne vie, feu et flammes". "Sans elle, Paris ne serait pas Paris", s'émerveillait Louis Aragon.

A l'Alhambra, en 1961, elle triomphe avec la chanson Mon truc en plumes de Bernard Dimey et Jean Constantin: "Plumes de zoiseaux, De z'animaux / Mon truc en plumes, C'est très malin / Rien dans les mains, Tout dans l'coup d'reins", chante-t-elle.

"C'est un superbe numéro de music-hall que j'ai présenté dans le monde entier et qui est probablement l'un des plus beaux du genre", notait-elle. Cette chanson imprime durablement l'image de Zizi Jeanmaire, délurée et chic à la fois.

L'Opéra de Paris, son "port d'attache"

Elle monte sur les planches notamment dans La dame de chez Maxim, donné plusieurs centaines de fois entre 1965 et 1966. "Quand je jouais cette pièce, on ne comprenait pas que j'aille tous les matins au cours de danse: mais pour moi, c'était la base, je savais que je serais en pleine forme le soir", assurait-elle.

La danseuse interprète en 1966 Le jeune homme et la mort aux côtés de Rudolf Noureev pour une version filmée puis continue à se produire dans des revues flamboyantes, comme "La Revue" et "Zizi je t'aime" au Casino de Paris, reprise par le couple Petit-Jeanmaire en 1970.

A 85 ans passés, son "port d'attache" demeurait l'Opéra de Paris: "je connais tous les danseurs, tout ce qui s'y passe. Et je continue à vivre, maintenant que je ne monte plus sur scène, à travers ça".

B.P. avec AFP