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La BD de la semaine: Gatignol commente Les Ogres-Dieux: Demi-sang

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- - © Éditions Soleil, 2016 – Hubert, Gatignol

LA BD DE LA SEMAINE - Le dessinateur commente trois planches de son album, qui puise son inspiration dans les gravures de Gustave Doré, Les Rougon-Macquart d’Émile Zola et la figure du Roi-Soleil.

Le dessinateur Gatignol et le scénariste Hubert concoctent ensemble une série, Les Ogres-Dieux, qui s’inspire autant des gravures de Gustave Doré que des Rougon-Macquart d’Émile Zola ou de la figure du Roi-Soleil pour mettre en scène une étrange caste de géants anthropophages. Le deuxième tome de cette série, Demi-sang, a été nommée en sélection officielle au Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême 2017 (FIBD).

Chaque tome de cette série peut se lire indépendamment l’un de l’autre. "L’idée est partie d’un constat en tant que lecteur: on trouvait désagréable d’être pris en otage par les éditeurs et les auteurs qui commencent des séries sans les terminer", explique le dessinateur. "On préférait publier des histoires uniques." BFMTV.com a rencontré Gatignol lors du FIBD. Celui-ci nous a expliqué la genèse de son univers aussi sombre qu’atypique.

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- © © Éditions Soleil, 2016 – Hubert, Gatignol

Comme au cinéma

"Je me considère plus comme metteur en scène que comme dessinateur. Quand Hubert me transmet le scénario, on en discute, il y a des indications, mais si j’estime que pour les besoins de l’histoire, il faut ajouter une case ou une page, je l'ajoute. C’est le cas de cette séquence. Ce personnage est de haute extraction, il est chassé par son père et doit repartir des bas-fonds. Il fallait donc montrer en deux pages cette transformation. La séquence est muette parce que c’est une succession d’images qui montre les différentes facettes de sa transformation et de son évolution. Les dialogues ne sont pas nécessaires. C’est une séquence très cinématographique. Les recherches et le découpage se font à la main, sur papier. Une fois ce travail achevé, je passe à l’ordinateur, sur la palette graphique. Pour les différents niveaux de gris, j’ai pensé aux films en noir et blanc. Initialement, on voulait faire un album en couleur. J’ai fait les premiers tests, de manière instinctive, en noir et blanc, avec lequel je suis plus à l’aise. On s’est rendu compte que c’était la ‘couleur’ de l’album et qu’il ne fallait pas essayer d’en mettre d’autres, que le noir et blanc convenait autant à la forme qu’au fond de l’album, cet univers en costume et assez noir qui rappelle les gravures de Gustave Doré."

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- © © Éditions Soleil, 2016 – Hubert, Gatignol

Architecture décadente

"J’aide un peu Hubert lors de la relecture du scénario, et lui m’aide dans l’élaboration graphique. Je consacre mon énergie à la mise en scène et aux personnages. Je me préoccupe moins de l’architecture. Comme Hubert est un féru d’architecture, je lui demande ce qu’il voit pour les décors. Pour les châteaux, il m’a fait des montages photos. On a privilégié des architectures baroques, des univers surchargés. J’utilise les grandes images pour rythmer l’album. C’est important que le lecteur ressente ce que ressent le personnage. En réalité, des dessins comme celui-ci ne sont pas faits pour être de beaux dessins. Mais je ne peux pas le bâcler. Si je le bâcle, je bâcle l’histoire. Si le blanc est si éclatant, c’est parce que j’utilise le noir comme une couleur. A priori, lorsque l’on dessine en noir et blanc, on ajoute au plus un niveau de gris. Ici, il y a plusieurs niveaux de gris. C’est un monde étrange. En référence aux éclairages du cinéma muet, j’ajoute souvent un dégradé, qui apporte comme un voile qui dirige le regard et offre un aspect plus éclatant aux détails."

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- © © Éditions Soleil, 2016 – Hubert, Gatignol

Appendice

"Les deux tomes des Ogres-Dieux sont des albums particuliers: il s’agit de BD entrecoupées de passages de textes illustrés qui nous permettent d’approfondir certains aspects de l’histoire. Initialement, tout devait être dessiné. Comme ma mise en scène est plutôt cinématographique et que j’utilise peu de cases, j’a dit à Hubert que si je devais tout raconter en dessin, l’album ferait au moins huit cent pages. On a donc décidé de prendre un des personnages, de se concentrer sur lui puis de raconter les histoires annexes et le contexte dans des séquences illustrées. En tant que lecteur, je déteste quand on me coupe brutalement. Pour pallier ce problème-là, on introduit ces séquences avec une belle page de titre, comme si c’était des extraits d’un vieux grimoire qu’on insérait dans la BD. Pour pousser ce concept jusqu’au bout, je change de style graphique. C’est toujours dessiné sur ordinateur, mais j’essaie de retrouver des textures de papier et de gravure. On conserve ce concept pour le tome 3."

Les Ogres-Dieux T.2, Demi-Sang, Hubert (scénario) et Gatignol (dessin), Soleil, collection Métamorphose, 152 pages, 22,95 euros.
Jérôme Lachasse