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L'Étoile du matin: ce qu'il faut savoir sur le grand retour de Largo Winch

Détail de la couverture de Largo Winch 21, L'Etoile du matin

Détail de la couverture de Largo Winch 21, L'Etoile du matin - Dupuis 2017

Le célèbre personnage de BD revient avec un 21ème album, toujours dessiné par Philippe Francq mais scénarisé par le romancier Eric Giacometti.

C’est une première. Après 27 ans de carrière, Largo Winch vient de recevoir un "joli râteau", dixit son dessinateur historique Philippe Francq. "Ça fait du bien de voir ça", confie-t-il. Ce n’est pas l’unique surprise de L’Étoile du matin, 21ème aventure du célèbre playboy milliardaire qui sort aux éditions Dupuis ce vendredi 6 octobre.

Créateur du personnage dans les années 1970, Jean Van Hamme (XIII, Thorgal) a jeté l’éponge en 2015. Il est remplacé par Eric Giacometti, ancien chef de service économie du Parisien reconverti dans les thrillers ésotériques. Grand fan de la série depuis des années, Giacometti confesse avoir déjà acheté plusieurs exemplaires de Largo pour en découper les cases qu’il aimait. Ces qualités en ont fait pour Francq le repreneur idéal: "Le jour où Jean Van Hamme m’a signifié son désir d’arrêter pour se consacrer au théâtre, le nom d’Eric m’est venu tout de suite à l’esprit".

Couverture de L'Etoile du Matin
Couverture de L'Etoile du Matin © Philippe Francq / Dupuis 2017

"L’anti-Loup de Wall Street"

Choisir le bon scénariste pour Largo Winch n’est une tâche facile. Il faut quelqu’un qui connaît et comprend l’économie, quelqu'un capable d’écrire des dialogues à la fois crédibles et intelligibles pour le plus grand nombre. Journaliste au Parisien pendant des années, Giacometti est un expert en la matière. C’est d’ailleurs une des marques de fabrique de la série: alterner les séquences d’action pure avec de longs dialogues explicatifs sur les dessous d’une multinationale.

"J’ai accroché sur Largo, outre le dessin, parce que j’y apprenais des choses", raconte Giacometti, qui a relu toute la série pour écrire son scénario. "Dans H., on apprend comment fonctionne le trafic de drogue, et dans L’Héritier, comment on devient un évadé fiscal. C’était gonflé à l’époque. C’est Van Hamme qui a tout inventé".

La bourse
La bourse © Philippe Francq / Dupuis 2017

Une référence à House of Cards

Autre nouveauté de L’Étoile du matin: moins de sexe, plus d’économie. "Philippe voulait revenir à un thriller économique", explique Giacometti. Il a voulu montrer la bourse telle qu’on ne l’a jamais vu. Il s’est inspiré d’une histoire qui l’avait marqué au Parisien: le flash crash de 2010, où l'indice Dow Jones Industrial Average s'était effondré sans explication en l’espace de quelques minutes.

"On pensait que c’était un trader qui avait confondu 'million' et 'billion'. Au fil des mois, il y a eu une enquête de la Securities and Exchange Commission (SEC) et on s’est rendu compte que ce n’était pas du trading à haute fréquence, mais des algorithmes qui avaient déconné. On a depuis chopé le type qui a fait ça: c’est un anglais qui, depuis la banlieue de Londres, a manipulé les cours à distance. Cette histoire m’a toujours fasciné parce que c’est l’anti-Loup de Wall Street".

Avant d’entamer l’écriture de ce nouveau diptyque, Francq a demandé à Giacometti de terminer l’intrigue amorcée dans le dernier tome, Vingt secondes: "On découvrait dans l'avant-dernière page qu’il y avait un Russe derrière toute la machination, mais on n’avait aucune réponse aux questions de l’album". Résoudre cette intrigue en trouvant des motivations à ce Russe ne fut pas "une mince affaire", concède Giacometti. En travaillait sur L’Etoile du matin, il a appris que dans une BD rien n’est gratuit, "même les choses anodines". Comme ce personnage qui ressemble à Robin Wright, l’actrice de House of Cards.

Robin Wright dans Largo Winch
Robin Wright dans Largo Winch © Philippe Francq / Dupuis 2017

"En commençant Largo, j’imaginais des aventures à la Corto Maltese"

La couverture, qui montre Largo derrière des bougies, montre bien cette attention aux détails. "Elle ne dit jamais ce que l’intrigue sera. Elle est toujours décalée. Ici, c’est une allégorie, une métaphore d’une scène de l’album. J’ai dessiné les chandelles japonaises, mais, comme il y a des russes derrière cette machination, je voulais ajouter un caractère russe à cette couverture. On a tous cette image d’une église orthodoxe avec les cierges qui brûlent". Selon Giacometti, les bougies montrent aussi que le trading à haute fréquence, perçu souvent comme froid, peut aussi bien être un art:

"Certains disent que ça ne marche pas, mais des traders utilisent ces bougies. Je trouve très chouette cette idée que la bourse n’est que le combat perpétuel entre la force acheteuse et la force vendeuse de deux dragons. Ça ajoute un peu de poésie dans ce monde de brutes".

Et pour cause: si l’album alterne entre des séquences dans la nature (dont, une, très belle au Yucatan), l’univers principal d’un Largo Winch est la ville. Les buildings des multinationales ou les ponts y occupent un rôle essentiel. "Je n’étais pas prédestiné à dessiner de l’architecture", révèle Francq. "En commençant Largo, j’imaginais des aventures à la Corto Maltese avec des grands espaces, des déserts, de la mer. Je suis quelqu’un de la campagne. Les villes me semblaient ennuyantes, sales, complexes et inintéressantes”. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Francq clame que le végétal l’ennuie. Dans ses cases, il a d'ailleurs enlevé toutes les plantes de ses intérieurs - sauf dans les hôtels.

Yucatan Largo Winch
Yucatan Largo Winch © Philippe Francq / Dupuis 2017

La résidence fiscale de Largo est au … Liechtenstein

Contrairement à Blake et Mortimer, figés dans les années 1950 pour satisfaire la nostalgie des fans, Largo Winch s’inscrit pleinement dans notre époque. S’il reste un humaniste, on apprend dans L'Etoile du matin que son domicile fiscal est au … Liechtenstein. A l’âge des réseaux sociaux, Largo ne peut plus agir comme avant. Il se retrouve notamment victime de photomontages en ligne.

Pour la première fois de sa carrière, Francq a dû dessiner des gens avec des téléphones portables. Pour dessiner les écrans, Francq a regardé ce qu’il se passait en bourse. "Les écrans y sont relativement sombres, explique-t-il Là, j’ai pris le parti d’utiliser la couleur bleue pour des questions d’ambiance de page. Dans un Largo, la couleur participe aux changements de lieux". Largo est enfin entré dans le XXIème siècle.

L’Etoile du matin, Philippe Francq (dessin) et Eric Giacometti (scénario), Dupuis, 48 pages, 10,95 euros.

Pour les fans de la série, sortiront le 1er décembre une édition commentée de toutes les planches au crayon (24,95 euros) et une édition prestige au format des planches originales (199 euros).

Jérôme Lachasse