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Japan Expo: rencontre avec Takuo Noda, l’animateur de Capitaine Flam

Capitaine Flam

Capitaine Flam - NHK

ENTRETIEN - BFMTV.com a rencontré ce grand nom de l'animation japonaise, responsable du design des personnages de la série culte.

Il est l'une des stars de la Japan Expo, la grande messe de la culture japonaise qui se tient au Parc des expositions de Paris-Nord Villepinte du 6 au 9 juillet. L'animateur Takuo Noda a travaillé sur quelques uns des meilleurs et plus réputés films et séries d'animation japonais: Albator, Perfect Blue, Capitaine Flam, dont il était le responsable du design des personnages... A l'occasion de son passage à Paris, il retrace pour BFMTV.com sa carrière, qui a commencé au début des années 1960. 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler pour l’animation?

Depuis ma tendre enfance, j’aime dessiner. Je ne pensais pas en faire mon métier. Dans les années 1960, le dessin animé Astro, le petit robot [d’Osamu Tezuka, NDLR] a connu le succès que l’on connaît. Malheureusement, n’habitant pas à Tokyo, je ne savais pas qu’il y avait des auditions TV pour intégrer le studio Tezuka Production. J’ai donc raté l’opportunité de passer une audition et de travailler sur cette série. Par contre, dans le journal de ma région, il y a eu une petite annonce sur un nouveau studio qui s’appelait TCJ (Tele-Cartoon Japan). Il embauchait des animateurs pour travailler sur un nouvelle série: Tetsujin 28-gô [L’homme de fer numéro 28. Il s'agit du premier manga à mettre en scène un robot, NDLR]. Je suis donc monté à Tokyo où j’ai passé un examen pour intégrer le studio TCJ. Voilà comme je suis entré dans l’animation.

Vous avez souvent travaillé sur des séries de SF: Albator, Capitaine Flam... Est-ce un genre qui vous plaît particulièrement?

La SF était le genre principalement diffusé à la télévision à l'époque. Je me suis donc retrouvé un peu par hasard à dessiner de la SF. Mais comme c’est un genre qui me plaît, c’était bien pour moi aussi.

La série Capitaine Flam a été créée à une époque où la conquête spatiale et l’espace exerçaient une grande fascination sur les gens. C’était votre cas?

C’est vrai que la conquête spatiale a eu un impact sur les séries ou les œuvres qui ont été créées à l’époque. J’avais trente ans lorsque l’homme a mis le pied sur la Lune. J’ai assisté à cet événement, mais ça n’a pas eu énormément d’impact sur nos productions. Le tout premier héros de l’animation japonaise, c’était un robot. Je dirai plutôt que les Japonais étaient davantage intéressés par la robotique et les humanoïdes que l’immense univers des extraterrestres.

Vous avez été character designer sur Capitaine Flam. Comment êtes-vous arrivé sur le projet? Comment s’est déroulée la conception des personnages de la série?

C’est le studio Toei qui a développé ce projet et a jeté son dévolu sur l’œuvre [écrite par le romancier américain Edmond Hamilton, NDLR]. Une fois que le projet a été officialisé, les gens de Toei sont venus me voir pour me proposer le projet. J’ai aussitôt accepté. Je me suis à développer les personnages. J’ai fait des recherches sur l’œuvre originale pour comprendre l’univers de Flam.

Dans Capitaine Flam, les hommes ont pour la plupart des moustaches et les femmes sont souvent blondes. Pourquoi?

C'est des idées de l’époque… Il y a 38 ans, nous n’avions pas accès aux teintures pour les cheveux. Au Japon, tout le monde avait quasiment les cheveux noirs. Pour donner une image de l’étranger, on s’est inspiré des actrices que l’on voyait au cinéma: elles étaient souvent blondes… Idem pour les moustaches. C’était aussi une manière de montrer des personnages plus âgés et plus matures que ce que l’on voyait dans l’animation japonaise.

A la même époque, vous avez travaillé sur plusieurs adaptations animées de mangas de Leiji Matsumoto, le créateur d'Albator… Comment s’est déroulée votre collaboration?

C’est vrai que j’ai beaucoup travaillé sur des adaptations d'histoires de Leiji Matsumoto… J’avais lu ses mangas. Malheureusement les postes que j’ai occupés sur ces projets - animateur ou directeur de l’animation selon certaines époques - ne m’ont pas permis de le rencontrer.

En 1997, vous avez été animateur sur Perfect Bue de Satoshi Kon, considéré aujourd’hui comme un classique du cinéma d’animation japonais. Quels souvenirs avez-vous du tournage?

J’ai travaillé épisodiquement en tant qu’animateur sur plusieurs de ses œuvres. Sauf sur le dernier [Yume Miru Kikai, NDLR], qui n’a malheureusement pas été terminé. J’étais censé travailler sur de nombreuses scènes de ce projet. Malheureusement, il est décédé avant de le terminer [en 2010, des suites d’un cancer du pancréas, NDLR].

Quel regard portez-vous sur le cinéma d’animation japonais contemporain?

C’est une question un peu difficile, parce que plusieurs facteurs entrent en compte. Je pense que, d’un point de vue technique, l’animation a fait de gros progrès depuis l’époque où j’ai commencé. En terme de production, de quantité de séries, cela a beaucoup évolué. En terme de contenus, on peut se poser des questions. Le cinéma offre un peu plus de liberté créative que la télévision, pour des raisons économiques principalement. Si un sujet marche, on a tendance à décliner la formule en séries. Peut-être qu’à cause de cela, on a presque envie d’arrêter de regarder de l’animation… Au cinéma, heureusement, il y a encore un peu plus de diversité. Maintenant, il faudrait éviter que le cinéma imite les séries TV et que le succès de Your Name ne soit pas le prétexte à produire des Your Name bis…

Quelle est l’œuvre dont vous êtes le plus fier?

Chacune de mes œuvres est une partie de moi-même, comme un enfant. C’est très difficile de départager ses enfants… Pour revenir à Capitaine Flam, j’ai eu dû mal au début à percevoir la série et les personnages. J’ai beaucoup souffert et je me suis accroché. Savoir que la série a beaucoup plu à l’étranger et notamment en France est un sentiment incroyable. Capitaine Flam représente quelque chose de très important pour moi.

L’intégrale de la série Capitaine Flam est disponible en coffret DVD et Blu-ray. Le 3ème tome est sorti le 5 juillet. 

Jérôme Lachasse