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Harper Lee et Mark Twain bannis des classes de Virginie pour avoir utilisé le mot "nègre"

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur et Les Aventures de Huckleberry Finn, deux des plus grands chefs-d'œuvre de la littérature américaine, seraient-ils racistes? 

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur et Les Aventures de Huckleberry Finn, deux des plus grands chefs-d'œuvre de la littérature américaine, seraient-ils racistes?  - -

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur et Les Aventures de Huckleberry Finn ont été retirés des classes après la plainte d'une mère de famille, choquée de lire autant d'injures racistes dans les livres de son fils.

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur et Les Aventures de Huckleberry Finn, deux des plus grands chefs-d'œuvre de la littérature américaine, seraient-ils racistes? C'est la question qu'a voulu poser une mère américaine, outrée par la récurrence du mot "nègre" dans les livres qu'on demandait à son fils de lire pour l'école. 

250 injures racistes

Cette dernière a relevé 250 injures à caractère raciste dans les deux livres, dont de nombreuses occurrences du mot nigger (nègre). C'est son fils qui lui aurait confié avoir été choqué de trouver de tels termes dans ces classiques qu'on lui demandait de lire en classe. 

"Je ne conteste pas le fait qu'il s'agisse de grande littérature" a-t-elle expliqué au conseil scolaire du comté d'Accomac, en Virginie, "mais vous ne pouvez pas ignorer le vocabulaire agressif et les injures racistes qui y sont employés".

Selon la mère de famille, citée par le Washington Post, dans le contexte politique actuel, ce genre de vocabulaire divise encore davantage une société américaine déjà clivée. "Qu'enseignons-nous à nos enfants? Nous leur enseignons que ces mots sont acceptables. Ils ne le sont pas", a-t-elle poursuivi. 

Retirés des programmes et bibliothèques pendant 5 jours

En attendant qu'un comité décide de leur avenir, les livres ont d'abord été retirés des programmes et bibliothèques scolaires pendant 5 jours du comté d'Accomac, provoquant l'ire de la Coalition nationale américaine contre la censure. Dans une lettre envoyée à l'État de Virginie, l'association a estimé:

"Bien que déroutantes, ces injures dépeignent de façon réaliste l'histoire américaine et à ce titre, elles devraient être débattues en classe avec un professeur."

Finalement, à l'issue d'un vote du conseil scolaire, les deux livres ont été réintroduits dans les programmes. 

Deux classiques souvent remis en cause

C'est loin d'être la première fois que la présence de ces deux classiques dans les salles de classe est remise en cause. Selon l'American Library AssociationLes Aventures de Huckleberry Finn, qui narre le grand voyage vers la liberté de "Huck" et de l'esclave Jim, est même le livre qu'on souhaite le plus souvent banni des bibliothèques du pays. 

Le livre de Harper Lee, Prix Pulitzer 1961 et dénonciation en règle de la ségrégation dans les États du sud, est lui aussi régulièrement taxé de racisme pour son utilisation assez décomplexée du "N-word" - pourtant partie intégrante du vocabulaire de l'Amérique raciste dépeinte dans le livre. En 2006, un élève du comté de Montgomery en a même référé au Conseil scolaire pour demander que soit donné un cours sur le terme "nègre" en préalable de la lecture de l'œuvre.

Plus largement, les œuvres littéraires sont fréquemment au cœur de polémiques sur la liberté d'expression et le premier amendement outre-Atlantique. Comme l'explique The Guardian, pour le seul mois de septembre, des demandes ont été déposées pour exclure des programmes Le Monde de Charlie, de Stephen Chbobksy et Max et les Maximonstres, de Maurice Sendak. L'un parce qu'il contiendrait des scènes de "sexe explicite", l'autre car il serait "trop effrayant". Une semaine des livres interdits a même été mise en place pour promouvoir la lecture de ces ouvrages mis au ban.

"Oublier l'histoire"

James Larue, le président de l'American Library Association, s'est dit conscient du challenge que représente la lecture de ces deux livres aux problématiques complexes dans le cadre scolaire. Mais pour lui, plutôt que de les censurer, il est absolument nécessaire que les écoles les expliquent aux élèves, tout en rappelant le contexte bien particulier dans lequel ils ont été écrits - l'un en 1884, l'autre en 1960. 

Pour lui, les cacher revient en tout cas à "oublier l'histoire". Il conclut: "L'Amérique est toujours aussi mal à l'aise quand il s'agit d'aborder son histoire raciale."

Claire Rodineau