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Facebook entre « vanité et vacuité »

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Une sociologue publie un ouvrage sur les usages de Facebook. Un réseau social en plein boom qui concerne des millions de Français !

Etes vous sur Facebook ? Quels usages en faites-vous ? Et sinon pourquoi n'avez vous pas encore de profil ? Votre avis dans le forum ci-dessous

Selon les chiffres les plus récents et différentes sources, Facebook regrouperait entre 6 et 9 millions de membres en France (selon l'outil de ciblage des campagnes publicitaires sur Facebook). L'engouement pour ce réseau social est tel que les sociologues se penchent sur le phénomène Facebook avec curiosité. Nina Testut est sociologue et auteur de « Facebook, et moi, et moi, et moi ! » aux éditions Hoebeke. Elle dresse un bilan mi-amusée, mi-dépitée de l'utilisation qui est faite de ce qu'elle appelle un « amplificateur de narcissisme ».

Pourquoi un livre sur Facebook ?
« Ma première réaction a été de dire : J'aime pas Facebook, cette transparence, tout ce qui est donné à voir. Le projet est né comme ça. Après le propos a un peu évolué. Ça a été l'occasion de faire une immersion dans cet univers là. Découvrir ses codes, son langage, comment on se donne à voir sur Facebook et ce qu'on y fait. »

Comment définiriez-vous Facebook ?
« C'est un réseau social... c'est un petit peu un couteau suisse 2.0. Un agrégateur de contenu, on peut y avoir sa boite mail, on peut publier, on peut aussi gérer son réseau avec des gens « plus ou moins » amis. Il y a là un hold-up sémantique. C'est l'un des succès de Facebook, cette notion d'amis : en fait on vient parler de contacts. Dans mes amis Facebook, je vais avoir des amis effectivement proches, des connaissances, des rescapés de l'oubli, mon boss, un collègue, une tante... Autant de gens qui ne sont pas à proprement parler mes amis. Alors certes on peut hiérarchiser, créer différentes listes... mais ça a cet effet de faire un réseau aplati, en deux dimensions, avec tout le monde au même niveau. »

Pourquoi est-on sur Facebook ?
« Il y a un entraînement. L'outil est redoutable. On est parfois pris par la pression sociale. On reçoit dix, vingt invitations... on a envie d'y être. On peut aussi être contraint d'y être pour ne pas rater quelque chose, des événements par exemple. On peut être là pour gérer son réseau d'amis, on peut s'en servir comme de Meetic pour des rencontres amoureuses, on peut entretenir son réseau professionnel. En fonction de ces objectifs, on ne va pas se donner à voir de la même façon, mettre les mêmes infos, les mêmes photos. »

Tout le monde nous voit sur Facebook ?
« C'est moins vrai désormais. Quand une innovation arrive, il y a un temps d'apprentissage. Maintenant, on commence à avoir conscience que ce qui est mis en ligne peut être su de tous. Là où il y avait une certaine inadvertance, les gens commencent à contrôler plus précisément... mais c'est aussi parce qu'on en a beaucoup parlé. »

Y'a-t-il une part de narcissisme à être sur Facebook ?
« Narcissisme ? Mon dieu oui ! Ça dépend bien sûr des tempéraments. Facebook ne nous invente pas narcissique, drôle ou stupide. Mais c'est un amplificateur. Mais il y a une incitation à parler de soi, à se « publiciser ». Pour avoir un profil vivant, animé, on nous incite à nous exprimer, à changer notre « humeur du jour », à commenter les statuts des uns et des autres, à publier des photos. On est incité à le faire. On peut être narcissique... on va l'être un peu plus sur Facebook.
En fait, moi mon étonnement était sur la vanité de Facebook, au sens où on se donne à voir, et sur la vacuité aussi. Renseigner tout ça : « je change la caisse du chat, je suis sur le périph... » Quel intérêt ? Tout ça peut ressembler à l'ère du vide. Mais c'est aussi une façon d'exister. Narcissisme, individualisme : c'est un bon analyseur de l'époque. Mais Facebook n'invente rien et ne change pas pour autant les structures sociales. »

La rédaction-Bourdin & Co