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Entre crise et polémiques, Cannes déroule le tapis rouge

Le Palais des Festivals ouvrira mercredi ses portes à la 63e édition du Festival de Cannes, avec 19 films en compétition. Le jury présidé par Tim Burton doit remettre la Palme d'Or le 23 mai./Photo prise le 11 mai 2010/REUTERS/Eric Gaillard

Le Palais des Festivals ouvrira mercredi ses portes à la 63e édition du Festival de Cannes, avec 19 films en compétition. Le jury présidé par Tim Burton doit remettre la Palme d'Or le 23 mai./Photo prise le 11 mai 2010/REUTERS/Eric Gaillard - -

Le rideau se lève ce mercredi sur un 63e Festival international du film de Cannes qui devra compter cette année sur la...

par Wilfrid Exbrayat

CANNES (Reuters) - Le rideau se lève ce mercredi sur un 63e Festival international du film de Cannes qui devra compter cette année sur la crise, des films critiqués avant même leur projection et même les intempéries.

Un fort coup de vent a ravagé les plages de la Croisette la semaine dernière, sans menacer la tenue du festival, tandis qu'un film de la sélection suscite une controverse en France et qu'un cinéaste russe est sur la sellette dans son pays.

Après une édition 2009 "satisfaisante" selon ses organisateurs, le festival ressent cette année les premiers effets de la crise.

"C'est peut-être maintenant que nous les observons le plus fortement en matière de création", avait déclaré le mois dernier le délégué général Thierry Frémaux lors de la conférence de presse détaillant la sélection.

Thierry Frémaux note "pour la première fois" une légère baisse du nombre de longs métrages proposés: 1.665 contre 1.670 l'an passé.

Si la sélection officielle compte une cinquantaine de films comme à son habitude, le nombre de longs métrages en lice pour la Palme d'or, qui sera décernée le 23 mai par le jury présidé par le cinéaste Tim Burton, tend à diminuer.

Ils étaient en règle générale une vingtaine, avant de revenir à 20 l'an passé et de descendre à 19 cette année. La compétition, qui comptait 18 films, en compte un de plus depuis lundi, "Route Irish", de Ken Loach.

Mais ce n'est pas une tendance en soi pour Thierry Frémaux.

"ON NE L'AIME PAS!"

"Nous n'avons pu retenir qu'un seul film américain ("Fair Game", de Doug Liman, avec Naomi Watts et Sean Penn-NDLR) contre environ trois habituellement: la différence quantitative se situe là et nulle part ailleurs. C'est une question de millésime", a-t-il dit à Reuters.

"Aucune règle ne nous oblige à respecter un nombre précis et c'est heureux. Une sélection est un objet mouvant, qui décrit le visage de la création cinématographique mondiale".

Le délégué général avait admis en avril que le millésime 2010 s'appuyait sur "une sélection assez difficile à faire, assez longue à se mettre en place eu égard aussi aux conditions technologiques nouvelles".

La postproduction numérique, beaucoup moins lourde que celle que requiert un tournage "classique", permet de demander un visa pour la Croisette beaucoup plus tard, en février ou mars par exemple, alors qu'il faut prévoir cette démarche au moins six mois à l'avance habituellement.

Au final, 19 cinéastes sont là pour en découdre, dont Abbas Kiarostami, Takeshi Kitano, Mike Leigh, Nikita Mikhalkov et donc Ken Loach. L'Iranien Abbas Kiarostami et l'Anglais Mike Leigh ont déjà remporté la Palme d'or, le premier en 1997 avec "Le goût de la cerise", le second en 1996 grâce à "Secrets et mensonges". Ken Loach est également l'heureux détenteur de ce trophée, remporté en 2006 avec "Le vent se lève".

Le Japonais Takeshi Kitano avait présenté "L'été de Kikujiro" en 1999 en compétition. Nikita Mikhalkov revient quant à lui avec la suite de "Soleil Trompeur", présenté en compétition en 1994.

Montré en avant-première en Russie, l'?uvre divise la critique parce qu'elle présente Staline sous un jour favorable.

En sa qualité de président de l'Union des cinéastes russes, Nikita Mikhalkov est la cible d'une pétition signée par certains de ses confrères et sobrement intitulée "On ne l'aime pas !".

"Hors la loi", long métrage de Rachid Bouchareb qui représente l'Algérie, fait aussi beaucoup de bruit. Suite d'"Indigènes", montré à Cannes en 2006, le film a pour point de départ les massacres de Sétif par l'armée française en 1945, un épisode douloureux qui pose problème.

RETOUR DE L'AFRIQUE

"Il est de plus en plus fréquent que des polémiques entourent les films sélectionnés à Cannes. Le Festival est tellement médiatisé qu'il est une cible facile pour ceux qui souhaitent se faire entendre aux dépens des cinéastes", analyse Thierry Frémaux.

"Nous n'en sommes pas gênés dès lors que l'on respecte les ?uvres et surtout qu'on les a vues", ajoute-t-il. "Ça fait aussi partie de la tradition dont le Festival s'accommode".

Très discrète en compétition, la présence américaine est notable ailleurs dans la sélection, avec "You Will Meet a Dark Stranger", de Woody Allen, ou "Wall Street - l'argent ne dort jamais" d'Oliver Stone.

Le cinéma asiatique comble le vide américain en compétition: le Japon est présent avec Takeshi Kitano, la Chine avec Wang Xiaoshuai, le Thaïlande avec Apichatpong Weerasethakul.

La Corée du Sud confirme sa position dominante avec deux films: "The Housemaid", d'Im Sangsoo, remake d'un classique de 1960, et "Poetry", de Lee Chang-dong. Ce cinéaste, ex-ministre de la Culture, avait présenté "Secret Sunshine" en compétition en 2007.

La cuvée 2010 signe aussi le retour de l'Afrique, en compétition, grâce à Mahamat-Saleh Haroun, cinéaste tchadien, qui viendra défendre "Un homme qui crie".

Trois longs métrages, enfin, défendront les chances françaises, dont la dernière ?uvre de Bertrand Tavernier: "La princesse de Montpensier".

Edité par Elizabeth Pineau et Yves Clarisse