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Covid-19: à quoi vont ressembler les concerts expérimentaux annoncés par Roselyne Bachelot?

Des spectateurs portent un masque pendant le concert de Tim Bendzko, à Leipzig, le 22 août 2020. (photo d'illustration).

Des spectateurs portent un masque pendant le concert de Tim Bendzko, à Leipzig, le 22 août 2020. (photo d'illustration). - HENDRIK SCHMIDT / DPA

La ministre de la Culture a annoncé que des expérimentations allaient être menées à Paris et Marseille au cours des prochaines semaines, sous réserve de l'évolution de la situation sanitaire.

"Sous réserve d'une situation sanitaire catastrophique", des "expérimentations" pour des concerts debout devraient se tenir dans les prochaines semaines à Paris et à Marseille, a annoncé lundi soir la ministre de la Culture Roselyne Bachelot sur la chaîne LCI.

L'objectif est de trouver un modèle viable permettant aux salles de spectacle de rouvrir, en dépit de l'épidémie de Covid-19 et des contraintes sanitaires qui en découlent.

"Je suis très optimiste pour les festivals assis (...). Pour les spectacles debout, c'est plus compliqué, c'est pour cela que je mène des expérimentations et ces expérimentations sont destinées à bien tester ce qui se passe", a déclaré Roselyne Bachelot.

Selon Le Parisien, il avait un temps été envisagé de réaliser une expérimentation avec 1300 personnes vendredi à l'occasion des Victoires de la Musique, mais ce test n'a pas été accepté par la préfecture des Hauts-de-Seine.

Le but est d'"arriver à se mettre en situation réelle pour pouvoir modéliser et surtout s'adapter puisqu'on a quand même l'impression que cette pandémie va avoir un effet assez long et assez fort sur le secteur", fait valoir sur BFMTV Jean-Paul Roland, directeur du festival des Eurockéennes de Belfort et référent du projet pour le Prodiss, syndicat patronal du spectacle musical et fer de lance du projet expérimental parisien.

En décembre, un concert-test sur ce principe avait été organisé à Barcelone, en Espagne. Aucune contamination n'avait été relevée, rapportait France Inter. Interrogée sur ce thème sur Franceinfo le 8 janvier dernier, Roselyne Bachelot s'était déclarée "très attentive".

• Quand se tiendront les expérimentations?

Les concerts devraient se dérouler en mars et avril. A Paris, le concert envisagé se tiendra à l'Accor Arena. A Marseille, ce sont deux concerts qui sont envisagés, dans la salle du Dôme, dans le courant de la deuxième quinzaine de mars, a indiqué lundi soir Roselyne Bachelot.

A Paris, il s'agira d'un concert en "jauge debout", et à Marseille, ce seront des concerts "assis avec la possibilité de se lever", a détaillé la ministre.

"C'est un sujet qui nous tient beaucoup à coeur parce qu'on a tous besoin de reprendre des activités culturelles et on est persuadé que si c'est un peu évalué et un peu encadré, ça peut être fait sans représenter un sur-risque important pour les spectateurs, défend Pierre Tattevin sur notre antenne, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Rennes, qui travaille lui-même sur une expérimentation en Bretagne, qui porte quant à elle sur la reprise des festivals en plein air.

• Combien de personnes participeront?

La jauge sera différente à Paris et à Marseille. Dans la capitale, quelque 5000 personnes prendront part à l'expérimentation, et un "groupe test" sera constitué à côté de ce public. A Marseille, un millier de personnes seront présentes lors de chaque concert.

"Ce n'est pas un concert, c'est une expérience médicale autour d'un concert, et donc les spectateurs seront plutôt volontaires avant d'être spectateurs", soulignait Jean-Paul Roland ce mardi sur notre antenne.

• Sous quelle égide est réalisée l'expérimentation?

Outre le patronage du ministère de la Culture, plusieurs acteurs sont impliqués. On compte ainsi le Prodiss, l'un des initiateurs, mais également l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) pour l'expérimentation parisienne, et l'Inserm pour son pendant marseillais.

Le Syndicat national des musiques actuelles (SMA) ainsi que le collectif "Do3Me", sont également à l'initiative à Marseille. Un collectif composé de médecins et acteurs de l'événementiel qui s'est monté pendant le premier confinement, indique 20 Minutes, qui avait donné la parole en janvier à un membre de la structure:

"Notre objectif est d’apporter la preuve scientifique de ce qu’on pense. On pense en effet que dans une salle de spectacle, avec des protocoles sanitaires préventifs très stricts, il n’y a pas plus de chance qu’ailleurs d’être infecté par le coronavirus", avait soutenu le Dr Vincent Estornel auprès du quotidien, médecin généraliste.

En amont des concerts, tous les participants subiront un test, mais si des tests devaient se révéler positifs, ces derniers "ne seront pas filtrés parce qu'il faut se mettre en situation où il y aura un brassage", a fait valoir Roselyne Bachelot.

"Le public sera choisi parmi une population étudiante sans pathologie ni comorbidité", a précisé le Dr Vincent Estornel, cité par Le Parisien.

Après l'événement, d'autres tests seront réalisés pour évaluer les éventuelles contaminations. Des masques et du gel hydroalcoolique seront également distribués pour l'occasion.

Dans une note adressée fin janvier aux députés pour présenter l'initiative, que BFMTV.com s'est procurée, le Prodiss mettait en avant plusieurs pistes, telles que le port du masque obligatoire, le suivi sur 14 jours des participants, l'activation de TousAntiCovid mais également la présentation d'un test PCR négatif réalisé 72 heures avant le concert - piste qui semble-t-il n'a pas été retenue.

"Le protocole est en train d'être écrit, entre 3000-5000 personnes, les médecins vont pouvoir nous le dire. L'arrivée des variants a bousculé ça donc si on y arrive en mars voire début avril, je serai de mon côté très heureux", confiait Jean-Paul Roland sur BFMTV ce mardi matin.

In fine, cette expérimentation "permettra de savoir s'il y a risques ou absence de risques car, selon nous, à l'avenir, nous ne pourrons pas tester tout le monde à l'entrée, ce serait trop coûteux", a commenté auprès de l'AFP Aurélie Hannedouche, du SMA.

A Marseille, ce seraient les rappeurs d'IAM qui seraient à l'affiche des deux concerts, indique Le Parisien. A Paris, aucune tête d'affiche n'est à ce jour confirmée, mais le nom d'Indochine circule.

"On a beaucoup d'artistes qui nous contactent pour y participer", admet Jean-Paul Roland. Toutefois, à Paris, "rien n'est signé ni acté de ce côté-là".

Un colloque scientifique européen est prévu à Marseille le 8 avril, pour confronter les études et "bâtir "un modèle résilient" pour le monde du spectacle, a précisé Roselyne Bachelot. En attendant, une réunion est prévue ce jeudi concernant les festivals d'été.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV