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Cannes: Epure et contemplation chez Xavier Beauvois

Le réalisateur Xavier Beauvois (au centre)entouré des acteurs Lambert Wilson (à gauche) et Michael Lonsdale lors de la présentation de "Des hommes et des dieux" au Festival de Cannes, dernier des trois films français en compétition. /Photo prise le 18 mai

Le réalisateur Xavier Beauvois (au centre)entouré des acteurs Lambert Wilson (à gauche) et Michael Lonsdale lors de la présentation de "Des hommes et des dieux" au Festival de Cannes, dernier des trois films français en compétition. /Photo prise le 18 mai - -

CANNES - Quelque part dans les montagnes du Maghreb, une communauté monastique chrétienne partage la vie de tous les jours de la population locale...

CANNES (Reuters) - Quelque part dans les montagnes du Maghreb, une communauté monastique chrétienne partage la vie de tous les jours de la population locale musulmane jusqu'à ce que la guerre civile vienne rompre cette harmonie.

Le contexte de "Des hommes et des dieux", dernier des trois films français en compétition pour la Palme d'or du 63e Festival de Cannes, s'inspire de la guerre qui opposa le gouvernement algérien au Groupe islamique armé (GIA) pendant plus de dix ans.

Tout comme les moines que le réalisateur Xavier Beauvois met en scène sont inspirés de ceux de Tibéhirine, enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère, situé près de Médéa, à 100 km d'Alger, dans les montagnes de l'Atlas.

En mai, les médias algériens avaient fait état de la découverte de leurs dépouilles, les circonstances de leur mort n'ayant jamais été clairement élucidées.

Xavier Beauvois, lauréat du Prix du Jury en 1995 pour "N'oublie pas que tu vas mourir", ne prend pas parti en faveur de telle ou telle hypothèse dans son film.

"Ce n'est pas vraiment un fait divers mais un drame; c'est l'histoire de ces hommes qui m'intéressait, qui ils étaient", a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse.

"Je suis plutôt pour la version de la bavure de l'armée (algérienne-NDLR) mais on ne sait pas où on s'aventure et j'ai préféré profiter de cette circonstance folle de la neige."

De fait, le film montre seulement la plupart des moines, enlevés une nuit par des hommes armés, être ensuite emmenés dans les montagnes, sous la neige. C'est la dernière séquence d'un film qui tient parfois de l'épure, sujet oblige.

Pudeur et retenue sont les maîtres mots de ce long métrage, comme de deux ou trois autres de la sélection, servi par une distribution éclatante où l'on distingue entre autres Lambert Wilson et Michael Lonsdale.

LES SPECTATEURS, DES GENS INTELLIGENTS

Ainsi, à mesure que la violence se rapproche du monastère, les moines, totalement intégrés à la population locale à laquelle ils fournissent en particulier des soins médicaux, se demandent s'il leur faut partir ou rester.

La caméra de Xavier Beauvois scrute alors les visages, tourmentés par le choix décisif que doivent faire ces moines et frères convers, dont certains sont écartelés entre, simplement, la peur de mourir et leur devoir moral.

Une fois prise en commun la décision de rester, les religieux s'abstiennent de toute ingérence, soignant les blessés de toutes parts, y compris un membre du GIA, ce que leur reproche amèrement un commandant de l'armée.

"Les moines se sont attachés à être extrêmement neutres, à ne pas prendre parti. Ils savaient que la seule façon pour eux de rester était de ne pas prendre parti", a expliqué le scénariste Etienne Commar, lors de la conférence de presse.

Lambert Wilson, qui interprète le chef de cette communauté monastique, juge que "Des hommes et des dieux" est avant tout un film d'amour, détaché des dogmes.

"Le film a le pouvoir d'aider les gens car il sort du contexte petit de la religion et il montre que nous sommes sur terre uniquement pour nous apporter de l'amour les uns les autres, pour être compassionnel", a-t-il dit.

De la vie monastique, le film de Xavier Beauvois emprunte le rythme et est rien moins que contemplatif, dans certains plans généraux de l'Atlas ou dans les séquences de liturgie, un élément qui pourrait amener le grand public à bouder le film.

"Nous sommes dans une société de pub, de clips. Il faut aller vite, être court-termiste", s'est insurgé le cinéaste.

"Je prends les spectateurs pour des gens intelligents; je pense qu'ils sont tout à fait capables d'aller vers le film".

Wilfrid Exbrayat, édité par Yves Clarisse