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Yannick Alléno accusé de faire vivre un "cauchemar" à ses salariés

Yannick Alléno le 21 octobre 2014 à Paris

Yannick Alléno le 21 octobre 2014 à Paris - Patrick Kovarik - AFP

"Pressions", "agressions physiques" et "conditions de travail dignes du XIXe siècle"; des employés dénoncent les méthodes du chef du Pavillon Ledoyen, trois étoiles au guide Michelin.

Au Pavillon Ledoyen, l'ambiance côté cuisine ne semble pas aussi détendue qu'en salle. Parvenu à obtenir trois étoiles au guide Michelin en seulement sept mois, le restaurant ne désemplit pas. Pourtant, en coulisses, les employés feraient les frais du nouveau chef Yannick Alléno, arrivé à la tête de la maison en juillet dernier."Ça a été l'hécatombe. Dans les cuisines, il ne reste pratiquement plus personne de l'ancienne équipe. Ils les ont tous fait craquer pour les mettre à la porte", raconte l'un d'eux à francetv info, qui a mené une longue enquête en coulisses. "Depuis qu'Alléno a obtenu trois étoiles, il passe partout à la télévision. Moi, ça me dégoûte complètement, poursuit le commis. Je veux que les gens apprennent que derrière tout ça, les salariés vivent un cauchemar".

"Il m'a mis un coup de genou dans la cuisse"

Selon plusieurs témoignages recueillis par FTVI, le chef n'hésiterait pas à user d'un management très dur, allant de l'humiliation jusqu'à la violence physique. "Il l'a attrapé au niveau de l'épaule et lui a mis un coup de genou dans la cuisse", avoue une commis au sujet d'une altercation entre le chef et l'un de ses cuisiniers. Le maestro aurait par la suite convoqué son employé pour lui demander sa démission. De son coté, Yannick Alléno assure à francetv info, n'avoir "jamais porté atteinte physiquement" au cuisinier: "On était dans un climat social compliqué au mois de juillet. Mais je suis strict au niveau légal et je suis très attentif au bien-être de mes employés."

Problème, le témoignage de cet employé n'est pas un cas isolé. "Il a pété les plombs et m'a mis un chassé (un coup de pied) dans la cuisse", raconte un autre commis à FTVI, responsable ce jour-là d'un mauvais assaisonnement. D'autres évoquent le nettoyage des cuisines du Pavillon Ledoyen, souhaité par le chef et son second: "Ils les faisaient tout frotter à l'acide, confesse un serveur. Ils passaient le plus clair de leur temps à nettoyer." "L'acide rongeait tellement les gants qu'on a vite fini les stocks. Le chef ne voulait plus en acheter d'autres. J'ai fini avec les chairs à vif, au niveau des articulations et entre les doigts" ajoute une commis.

"On n'avait pas le droit de manger, ni d'aller fumer"

Par ailleurs, le chef n'hésiterait pas, selon certains témoignages, à pousser ses employés à travailler sans relâche: "La restauration est un milieu où on ne compte pas ses heures, mais là, c'était vraiment trop. C'était infernal, Je commençais à 8 heures pour finir à 1 heure du matin. On n'avait pas le droit de manger, ni d'aller fumer", selon une commis. Alerté, le syndicat de la maison dénonce depuis le 26 septembre dernier "les pressions", "les agressions physiques" et "les conditions de travail dignes du XIXe siècle" que subissent les employés du Pavillon Ledoyen.

Élu "Cuisinier de l'année" par le guide Gault & Millau 2015, Yannick Alléno pourrait prochainement avoir à se justifier puisque l'un des employés a décidé de "ne plus se laisser faire" en allant aux prud'hommes.

Romain IRIARTE