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Rencontres photographiques d'Arles: la fin d'une ère

Kudzanai Chiurai, Revelations VIII, 2011. Cette photo figure dans la sélection du prix Découverte.

Kudzanai Chiurai, Revelations VIII, 2011. Cette photo figure dans la sélection du prix Découverte. - -

Depardon, Clergue, Parr, Lacroix... Le festival de photographie des Rencontres d'Arles, qui aura lieu du 7 juillet au 21 septembre, vient de dévoiler son programme. Une édition tout particulière puisque c'est la dernière de son actuel directeur, qui a annoncé sa démission.

Difficile de ne pas voir la fin d'un cycle dans ces 45e Rencontres d'Arles. Le festival de photographie reconnu dans le monde entier a présenté son programme ce 14 avril, le dernier mené par cet ancien compagnon de route qu'est François Hébel, son actuel directeur, pour quelques semaines tout du moins.

Hervé Schiavetti, maire d'Arles, Jean-Noël Jeanneney et Frédéric Hébel présentant le programme à Paris, le 15 avril.
Hervé Schiavetti, maire d'Arles, Jean-Noël Jeanneney et Frédéric Hébel présentant le programme à Paris, le 15 avril. © -

Sous le nom de "Parade", les Rencontres veulent présenter une édition exceptionnelle mêlant aussi bien de vieux habitués que de nouvelles têtes, avant de prendre un nouveau départ. Le président, Jean-Noël Jeanneney, l'admet: "Nous abordons un tournant périlleux. Une ère s'achève avec le départ de François Hébel, qui a non seulement sauvé le festival mais aussi décuplé son public. D'immenses défis attendent son sucesseur."

Le vent en poupe

Il est vrai que dans notre monde d'images, le succès du festival, ces dernières années, ne se dément pas. L'événement semble en bonne santé financière, même si le président admet qu'elle est fragile. Les Rencontres emploient dorénavant 360 personnes (dont 200 chômeurs en tant que gardiens d'exposition) et se finance à 40% par ses visiteurs.

L'édition 2013 avait attiré 96.000 visiteurs dans la cité médiévale, soit 11.000 de plus que l'année précédente. Mieux: le festival sait séduire un nouveau public tout en conservant ses habitués, comme en témoigne le nombre de primo-visitants en 2013. Les organisateurs revendiquent 30% de nouveaux visiteurs.

François Hébel à Arles, le 11 juillet 2008.
François Hébel à Arles, le 11 juillet 2008. © -

Fin de partie, donc, pour François Hébel, directeur depuis 2002. Il a annoncé qu'il jetait l'éponge en novembre dernier à cause de tensions avec un mécène, la fondation Luma qui contribue au financement.

Dernier flamboyant tour de piste

Pour lui, cette 45e édition a donc un goût particulier, celui du dernier tour de piste: "C'est un programme complètement décousu au sens où il rassemble des invitations que j'avais déjà lancées par le passé mais qui n'avaient pu se concrétiser." Aux côtés de ces nouvelles têtes, les compagnons de toujours, habitués de la cité classée au patrimoine mondial de l'humanité.

C'est, en tout cas, le sens que donne François Hébel au mot "parade": le retour sur scène un peu foutraque des comédiens venus saluer leur public. "C'est ce qu'exprime cette affiche: confusion et souvenirs des années passées", explique le directeur.

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a su s'y prendre pour donner à ce dernier tour de piste un peu de grandeur. Raymond Depardon sera présent pour un grand projet participatif sur les 40.000 monuments aux morts de France. Lucien Clergue, fondateur du festival en 1970, sera là pour une retrospective accompagnée d'entretiens vidéos sur les personnalités qui auront inspiré son travail photographique.

''Un gigantesque cabinet de curiosités''

Le commissaire de l'édition de 2008, Christian Lacroix, sera cette fois invité à montrer au public sa version de l'Arlésienne, tandis que Martin Parr exposera sa collection de livres de photographie chinoise. Erik Kessels s'intéressera quant à lui à ceux qui documentent minutieusement leur quotidien en images, et William Hunt, aux foules américaines.

Parmi les nouveaux venus, on peur noter la présence de Vincent Pérez, plus connu pour sa carrière cinématograhique mais pourtant, François Hébel l'assure, excellent photographe. Il exposera des portraits de comédiens. David Bailey viendra faire sa première exposition en France depuis 30 ans.

Le travail de Vik Muniz, qui déchire photographies et cartes postales pour composer des portraits de familles, fera également partie des 50 expositions promises.

La question du lieu, particulièrement sensible aux Rencontres, fera aussi de cet événement une édition unique en son genre puisqu'elle investira un immeuble de bureaux prêté par la mairie. Un lieu inhabituel pour le festival, habitué aux friches industrielles de la SNCF, et difficile à investir. L'immeuble sera plongé dans le noir, grimé en une sorte de labyrinthe: "Nous voulons créer une sorte de gigantesque cabinet de curiosités", explique François Hébel. "Les Rencontres ne pourront l'occuper que cette année. On y déambulera et on y découvrira, par hasard, les livres chinois de Martin Parr, ou d'autres surprises."

Des surprises bien alléchantes sur le papier, mais qui restent à apprécier sur les cimaises.

>> Dans le rétro: Arles 2013

Olivier Laffargue