BFMTV

La photo au resto, une tendance qui agace les chefs

Image prise le 19 juin 2012, montrant un homme prenant en photo son plat dans un restaurant parisien.

Image prise le 19 juin 2012, montrant un homme prenant en photo son plat dans un restaurant parisien. - -

La tendance des clients à dégainer leur appareil photo irrite de plus en plus de grands chefs. Si certains sont tentés de les interdire dans leur établissement, ils restent conscients de la publicité qui leur est ainsi faite.

Les chefs ne flashent pas sur le "food porn". Comme dans certains musées, des logos d'appareils photos barrés commencent à fleurir sur les cartes des restaurants. En cause: la tendance croissante des clients à prendre leur plat en photo et à les partager sur les réseaux sociaux à l'aide de leur téléphone mobile.

Prendre le cliché le plus alléchant de son plat et le poster sur le web pour mettre l'eau à la bouche est devenu un phénomène Internet. En témoigne le nombre impressionnant de photos culinaires postées sur l'appli Instagram, ou le succès du réseau social français Food Reporter dédié à la photographie culinaire.

"On peut être copié"

Mais la tendance fait tiquer certaines toques. Pour divers motifs. Le savoir-vivre, pointe d'abord Alexandre Gauthier, chef étoilé dans le Pas-de-Calais qui a apposé les fameux logos sur ses menus. "On n'arrive pas à déconnecter les gens", déplore-t-il. Et puis, pour lui, ce n'est pas faire honneur à la dégustation: "On tweete, on like, on commente, on répond. Et le plat est froid!"

Gilles Goujon, trois étoiles au Michelin, souligne pour sa part que la photo gâche l'effet de surprise. Prenant l'exemple de son oeuf de poule "pourri" de truffes, il indique que "si les gens le prennent en photo coupé et l'envoient sur les réseaux sociaux, ça enlève la surprise!"

Jusqu'à la peur d'être copié par la concurrence. "On enlève un peu ma propriété intellectuelle, on peut être copié", insiste le chef audois de Fontjoncouse.

"Accélérateur de visibilité"

Alexandre Gauthier admet toutefois qu'il ne faut pas "cracher dans la soupe": "on est conscient de ce que ça apporte", admet-il. Car les réseaux sociaux sont aussi un formidable outil de promotion des établissements. "Les photos, c'est un accélérateur de visibilité et donc de chiffre d'affaires", argue de son côté Stéphane Riss, qui tient le blog Cuisiner en ligne.

Lui, analyse différemment l'agacement des chefs face aux photographies de ses clients: "il faut que les chefs soient au top tous les jours, car il suffit d'une erreur, et elle part sur Internet."

M. T. avec AFP