BFMTV

Un accord symbolique contre la diffusion de publicités sexistes dans les rues de Paris

Mobilisation du collectif Les Effronté-e-s devant la Mairie de Paris le 28 mars 2017 contre la publicité sexiste

Mobilisation du collectif Les Effronté-e-s devant la Mairie de Paris le 28 mars 2017 contre la publicité sexiste - Les Effronté-e-s

Vers la fin de la publicité sexiste à Paris? Le concessionnaire en charge du réseau municipal d'affichage s'est engagé avec la mairie à ne diffuser aucune publicité sexiste ou discriminatoire. Un contrôle que l'entreprise assure avoir déjà mis en place depuis plusieurs années, mais qui ne s'appliquera pas à ses concurrents dans le métro ou à l'arrière des bus.

La fin des pubs sexistes à Paris? Les publicités diffusées sur le réseau municipal d'affichage ne devront plus comporter aucune publicité sexiste ou discriminatoire, a décidé mardi le Conseil de Paris à l'occasion du vote attribuant à Somupi, filiale de JC Decaux et du Groupe Publicis, seul candidat, le marché du mobilier urbain d'information. Sont également concernées les "représentations dégradantes, dévalorisantes, déshumanisantes et vexatoires des femmes et des hommes et des rapports entre eux".

La maire socialiste Anne Hidalgo s'est dite "fière que Paris interdise les publicités sexistes ou discriminatoires".

"Aux côtés de villes comme Londres et Genève, qui ont déjà mis en place des dispositifs de contrôle comparables, Paris montre la voie en décidant d'actionner tous les leviers en sa possession pour empêcher la diffusion, la promotion et la valorisation d'images dégradantes pour certaines catégories de citoyens", a souligné la maire de Paris dans un communiqué.

"Une victoire pour toutes et tous!"

Un sentiment partagé par Nicolas Bonnet Oulaldj, le président du groupe communiste - Front de Gauche à la mairie de Paris, qui s'est lui aussi dit "fier d'avoir porté cet amendement à la convention entre JC Decaux et Paris". 

"Nous ne pouvions tolérer plus longtemps que des insultes sexistes soient placardées sur nos murs dans le seul intérêt consumériste! Une victoire pour toutes et tous!", a-t-il publié sur sa page Facebook.

Selon Hélène Bidard, adjointe chargée de l'égalité femmes-hommes, de la lutte contre les discriminations et des droits humains, "les conséquences de ces représentations dégradantes ont un impact important sur les femmes, notamment les plus jeunes. Elles entretiennent le sexisme ordinaire et participent à la banalisation d'une certaine forme de violence subie au quotidien". Sur son compte Twitter, elle a crié "victoire".

"Nous souhaitons une loi contre le sexisme"

Une mesure saluée par les militantes qui dénonçaient régulièrement le sexisme des publicités. "Les Effronté-e-s s'applaudissent d'une nouvelle victoire contre le sexisme validée par le Conseil de Paris, nouvelle étape contre le sexisme de plus en plus violent des campagnes publicitaires", a salué le collectif qui a manifesté devant la mairie de Paris juste avant le vote.

Mais comme l'assure à BFMTV.com Fatima Benomar, sa porte-parole, ce n'est qu'une "première victoire". La militante souhaite qu'une telle initiative puisse être prise au niveau national.

"Ce que nous souhaitons, c'est une loi contre le sexisme qui puisse réguler et sanctionner la publicité, qui va toujours plus loin dans l'outrance, mais aussi plus largement toute expression de ce sexisme décomplexé. Et pourquoi pas avec Anne Hidalgo comme marraine."

Un comité de déontologie interne

Du côté de JC Decaux, Albert Asséraf, son directeur général stratégie, assure que ce processus de contrôle était déjà en place.

"Depuis 2004, nous avons un comité de déontologie interne composé de sept membres, dont quatre femmes et trois hommes", indique-t-il à BFMTV.com. "Ce comité valide ou non les publicités qui peuvent avoir un caractère déontologique selon une charte éthique".

En cas de doute, JC Decaux peut être amené à discuter avec l'annonceur, voire à demander l'avis de l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) en cas de sujet "sensible". Un contrôle en amont que l'entreprise assure appliquer à Paris mais aussi dans toute la France.

Récemment, plusieurs publicités ont suscité la controverse. Au début du mois de mars, Saint Laurent a été sommé de retirer des affiches de publicité jugées "dégradantes". L'ARPP avait reçu près de 200 plaintes concernant la dernière campagne d'affichage de la marque de luxe. La polémique avait embrasé les réseaux sociaux et des militantes féministes avaient manifesté devant un magasin de l'enseigne.

Pourtant, certaines affiches de la campagne Saint Laurent ont été diffusées sur des kiosques à journaux, dont l'affichage publicitaire dépend de Mediakiosk, elle-même propriété de JC Decaux. Jean-Paul Abonnenc, directeur général de Mediakiosk joint par BFMTV.com, reconnaît qu'il y a eu un "problème" et évoque un souci de "délai".

"L'affiche est arrivée trop tard et a échappé au processus de pré-validation qui n'a pas pu être opéré. Il est clair que cette campagne a posé problème, les visuels sont en contradiction avec les règles de la profession. Le problème a été identifié, nous allons redoubler de vigilance pour que la transmission d'affiche se fasse suffisamment en amont", se défend-il.

L'ARPP confirme à BFMTV.com que "l'affichage parisien était opéré par la société concessionnaire Mediakiosk et dans les aéroports ADP (groupe JCDecaux)".

Quant aux entreprises qui diffusent des publicités sur d'autres supports, comme dans le métro parisien ou sur les bus de la capitale, elles ne sont pas concernées par cette obligation de non diffusion de stéréotypes sexistes ou de représentations dégradantes.
Céline Hussonnois-Alaya