BFMTV

Surpopulation carcérale: situation critique dans les maisons d'arrêt

Une cellule de prison avec des lits superposés.

Une cellule de prison avec des lits superposés. - PATRICK KOVARIK / AFP

Pendant que les matelas au sol s’entassent dans certaines prisons, Jean-Jacques Urvoas cherche une solution pour enrayer la surpopulation carcérale. Le ministre de la Justice promet 80 % de détenus en cellules individuelles dans les prochaines années.

En août 2016, les prisons françaises comptent en moyenne 117 détenus pour 100 places opérationnelles. Plus de 1.500 prisonniers dorment à même le sol, tandis que les lits superposés s’entassent. Résultat, Jean-Jacques Urvoas promet un plan qui doit aboutir sur un plus grand encellulement individuel. Le ministre de la Justice veut construire entre 10.300 et 16.100 cellules.

Un besoin croissant en places

Depuis 1990, le nombre de détenus évoluent plus vite que le nombre de place disponibles en prison. La part de personnes incarcérées dans la population française a tendance à augmenter: en 2000, on comptait 85 personnes en détention pour 100.000 personnes, 102 en 2014.

De plus, chaque année, le nombre de placements en détention dépasse le nombre de libérations, à l’exception de 2009. Ainsi, les places qui se libèrent ne sont pas suffisantes pour accueillir les nouveaux prisonniers.

La situation critique des maisons d’arrêt

Cependant, tous les établissements carcéraux ne sont pas touchés de la même manière par la surpopulation. En août 2016, la densité dans les maisons d’arrêts s’élève à 140 détenus pour 100 places. Elles reçoivent les prévenus et condamnés dont la peine n’excède pas deux ans. Les autres types d’établissements, qui accueillent des peines plus longues, ont tous une densité inférieure à 100% et disposent donc de places vacantes.

Pour la gauche, c’est l’instauration des peines planchers qui a multiplié les détentions de courte durée. Depuis la loi Dati de 2007, les peines inférieures à un an représentent 36% des condamnations, tandis que les peines de 1 à 3 ans augmentent. Même si la durée des peines tend à s’allonger (la durée moyenne de détention est passée de 8 mois en 2007 à 11 en 2014), la majorité des détentions se déroulent en maisons d’arrêt, toujours plus encombrées.

Les prisons de Marseille et Paris débordées

Tout le territoire n’est pas concerné par la surpopulation carcérale. C’est surtout les grandes villes, avec une forte densité de population, comme Paris ou Marseille, qui sont particulièrement affectées. Toulon, dans le Var, détient le record, avec une densité de 188%: il y a presque 2 détenus pour une seule place opérationnelle. Au contraire, dans la maison d'arrêt d'Aurillac, près de Lyon, il y a 38 places vides.

La surpopulation touche surtout les hommes adultes. Dans les établissements pour mineurs, en moyenne, la densité ne s’élève qu’à 66 détenus pour 100 places décentes. En France, les places pour femmes sont occupées à 92%.

Lutter contre la surpopulation carcérale, une urgence pour le gouvernement

Les récentes mutineries dans les prisons de Vivonne et d'Angers marquent la montée des tensions au sein des prisons surpeuplées. Les prisons enregistrent davantage de fautes graves (tentative d’évasion, trafic de stupéfiant, violences) ces dernières années. La surpopulation carcérale a des conséquences néfastes sur le bien-être des prisonniers et des surveillants.

La réponse la plus évidente consiste à créer de nouvelles cellules, comme l’a annoncé Jean-Jacques Urvoas ce mardi. Une autre solution consiste à proposer des peines alternatives à l’emprisonnement. Les juges y ont de plus en plus recours. En 2001, seulement une dizaine personnes avaient été placées sous surveillance électronique, elles sont désormais plus de 10.000. Ces aménagements de peine permettent de libérer de précieuses places dans les prisons.

Cependant, ces peines alternatives demandent du temps pour être mise en place et ne peuvent être appliquées systématiquement. L’incarcération reste la réponse pénale la plus fréquente.

Emeline Gaube