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Sondage sur les "tenues correctes": la directrice de la rédaction de Marianne défend sa démarche

Après la polémique suscitée par le sondage publié par Marianne, Natacha Polony s'explique. "Nous avons trouvé les réponses intéressantes", sur un thème au centre du débat public, explique-t-elle.

Face au tollé suscité par la publication d'un sondage sur les tenues des lycéennes, Natacha Polony, directrice de la rédaction de Marianne, a défendu ce mercredi la démarche sur le plateau de BFMTV.

"Ce n’est pas parce qu'un institut de sondage fait un sondage qu’il plébiscite les réponses apportées. Quand on constate de 55% des Français sont pour la peine de mort, l’institut de sondage et le média qui le relaie ne sont pas pour la peine de mort. Là, c’est la même chose. Il se trouve que nous avons trouvé les réponses intéressantes car le sondage nous apprend que les femmes sont plus enclines à vouloir limiter les tenues des jeunes filles au lycée", justifie Natacha Polony.

Le sondage controversé a été réalisé dans le sillage des mobilisations de collégiennes et lycéennes contre "la tenue correcte" imposée aux filles dans certains établissements. Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer avait lui préconisé de s'habiller de "façon républicaine" à l'école.

L'Ifop a demandé à plus de 2000 personnes si elles souhaitaient "que les lycées publics interdisent aux filles le port" d'une série de vêtements "dans l'enceinte de leur établissement", dont le "no bra", présenté comme un "haut sans soutien-gorge au travers duquel la pointe de ses tétons est visible", les hauts "avec décolleté plongeant" ou encore les "crop top" ("tee-shirt laissant apparaître le nombril").

Résultat: "55% des Français souhaitent interdire le crop top pour les jeunes lycéennes" et "66% le 'no bra'", a rappelé l'institut sur Twitter, s'appuyant sur des dessins représentant des poitrines plantureuses partiellement dénudées.

"Analyse sur le contrôle du corps des femmes"

"Quand j’ai vu ce résultat, je me suis demandé ce qui poussait les femmes à être plus restrictives. Est-ce que c’est parce qu’elles ont intériorisé ce qui serait une sorte de danger? Est-ce que c’est parce qu’elles estiment choquant qu’une fille puisse mettre en avant sa jeunesse? C’est ce que j’ai envie de comprendre", développe la direction de rédaction de Marianne.

Et de poursuivre: "C’est pour cela que nous avons publié le sondage et que nous avons essayé de le décrypter. L’article qui l'accompagne apporte une analyse sur la question du contrôle du corps des femmes, par qui il se met en place."

Reste que ce sondage a suscité mardi et mercredi une vague de réactions outrées sur les réseaux sociaux. Le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a notamment fustigé sur Twitter "Marianne, le journal anti-dictature vestimentaire des islamistes" qui "se lance dans les sondages propagande pour la dictature des puritains".

"Vous êtes à gerber IfopOpinion et MarianneleMag", a de son côté réagi la militante féministe Caroline de Haas, dénonçant la "sexualisation du corps d'enfants et de très jeunes filles" et la récupération du "hashtag de la mobilisation" lycéenne (#14septembre et #balancetonbahut) "pour partager ces horreurs".

"Conforme au débat public en cours"

Dans la foulée, l'Ifop s'est justifié dans un communiqué, rappelant qu'il mesure "depuis plusieurs décennies le soutien des Français aux mouvements sociaux". Réaliser un tel sondage "est apparu à la fois pertinent" et "conforme aux termes du débat public en cours", a expliqué l'Institut, précisant que les pictogrammes controversés n'ont pas été soumis aux sondés.

Mais pour Léonor Guénoun, militante au collectif #NousToutes invitée ce mercredi soir sur BFMTV, "la formulation et la manière d’illustrer ce sondage est choquante et peu utile pour faire avancer le débat".

Ambre Lepoivre avec AFP Journaliste BFMTV