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L'Ifop s'explique après un sondage polémique sur l'habillement des lycéennes

L'institut de sondage Ifop a déclenché l'ire des associations féministes et de nombreux internautes en publiant une enquête sur le taux d'acceptation de certaines tenues féminines. L'institut défend son approche.

Sondage biaisé destiné à renforcer les stéréotypes sexistes? Ou enquête anglée illustrant l'avis contrasté des Français sur les tenues des lycéennes? Publié mardi par Marianne, un sondage réalisé par l'Ifop a suscité l'ire de plusieurs commentateurs, en particulier dans la sphère féministe. Invité de BFMTV ce mercredi, le directeur du pôle politique et actualité à l'Ifop, François Kraus, a défendu le travail de sa maison.

Comme l'explique Marianne en introduction de son article, l'étude a été commandée dans la foulée d'une mobilisation, le 14 septembre, lancée par des lycéennes sur les réseaux sociaux. Visant à dénoncer les règles vestimentaires de leurs établissements scolaires, certaines se sont donc affichées en crop top, mini-jupe ou avec un décolleté.

"Ce sondage (...) n'est pas né de la polémique autour de la 'tenue républicaine' de (Jean-Michel) Blanquer, mais du mouvement du 14 septembre", a insisté ce mercredi François Kraus. "L'objet de cette enquête, que nous avions initialement proposée à Libération, (...) c'était de mesurer si les lycéennes avaient le soutien des Français sur ces sujets."

"Sondage de la honte"

Le journal Libération a d'ailleurs publié un billet dénonçant les procédés de l'Ifop. Sur BFMTV ce mercredi, Céline Piques, porte-parole de l'association Osez le féminisme, a reproché à l'institut de sondage de s'être appuyé sur un "biais méthodologique".

"Je pense que c'est vraiment le sondage de la honte. Il y a vraiment un problème de méthodologie, puisque les questions, comme vous le dites, vont toujours dans le même sens, c'est-à-dire qu'on interroge sur la tenue des filles", estime-t-elle.

Pour sa défense, François Kraus précise que dans le cadre de la mobilisation du 14 septembre, il n'y avait pas eu de "revendication sur les vêtements masculins". "C'est pour ça que nous n'avons testé que les tenues féminines", poursuit-il, avant d'ajouter que "le mouvement du 14 septembre est un mouvement anti-sexiste et qui porte sur le droit des femmes à la liberté vestimentaire". À tel point qu'il avait été soutenu par Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté.

"De même que l'on fait des enquêtes sur des mouvements sociaux, comme les gilets jaunes, la retraite, la SNCF, là on a juste voulu savoir si les Français soutenaient ou pas ce mouvement de lycéennes", insiste le sondeur. "On ne peut pas poser des questions sur des sujets qui ne se posent pas."

Règlements intérieurs

Céline Piques estime pour sa part que l'enquête aurait dû porter essentiellement sur les règlements intérieurs scolaires qui, dans certains établissements scolaires, sont "illégaux et discriminatoires par rapport aux filles" d'après la militante féministe. "Ce sondage est orienté et il renforce la culture du viol", juge-t-elle.

Céline Piques présume que si l'enquête avait porté davantage sur la légitimité des règlements intérieurs qu'elle incrimine, les réponses des Français interrogés auraient été différentes. D'après elle, le sondage reflète un sexisme plus largement répandu dans le pays qu'il ne l'est en réalité.

"Le débat est justement là: pourquoi interrogeons-nous la tenue des filles et pas la tenue des garçons? (...) Quand on fait dix questions comme ça, qui vont dans le sens de la culture du viol, dans le sens des stéréotypes sexistes, on obtient des résultats qui vont dans le sens du sexisme."

Sujet au cœur du débat public

Dans son article initial, Marianne tend à analyser les différentes nuances de l'opinion française sur un sujet qui s'est trouvé au cœur du débat public - en ont témoigné les nombreuses réactions aux propos de Jean-Michel Blanquer sur la "tenue républicaine" à observer en milieu scolaire. L'auteur de l'article s'est également expliqué sur le but recherché.

Par exemple, lorsque 62% des personnes interrogées se prononcent pour l'interdiction des "hauts avec décolleté plongeant", Marianne observe que le clivage générationnel est beaucoup moins prégnant sur ce choix vestimentaire que sur le crop top.

Un signe, selon François Kraus, "des difficultés culturelles à 'dés-érotiser' une poitrine féminine qui paraît sans doute à beaucoup comme une partie du corps susceptible de surexposer les lycéennes à des formes d’agression sexuelle".

Dans l'article, le sondeur souligne par ailleurs que le crop top suscite un fort rejet essentiellement "dans les catégories de Français où le conservatisme en matière de mœurs est généralement le plus répandu". Et l'hebdomadaire de préciser qu'il s'agit là des plus 65 ans (70% en faveur de l'interdiction), les sympathisants LR (67%), les musulmans (66%) et les catholiques (59%).

"Le rejet que suscite le crop top semble l’expression d’un puritanisme qui impose aux femmes - et seulement à elles - de cacher leur chair du regard des autres au nom d’un principe de 'décence' que l’on retrouve également, chez certains, envers les cheveux", explique François Kraus.
Jules Pecnard Journaliste BFMTV