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UOIF: à Lille, le rassemblement musulman de la polémique

Le président de l'UOIF, Amar Lasfar, le 18 avril 2014.

Le président de l'UOIF, Amar Lasfar, le 18 avril 2014. - Jacques Demarthon - AFP

Considérés par ses détracteurs comme des "prêcheurs de haine" homophobe ou antisémite, l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) a été contrainte de déprogrammer trois orateurs invités au rassemblement qu'elle organise, ce dimanche, à Lille.

C'est un rassemblement musulman précédé par la polémique. Face à la controverse et après les avertissements de Bernard Cazeneuve, les organisateurs de la rencontre de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) ce dimanche à Lille ont finalement déprogrammé trois orateurs étrangers dont la présence annoncée avait été vivement contestée.

Le Syrien Mohamed Rateb Al-Nabulsi, le Marocain Abouzaïd Al-Mokri et le Saoudien Abdallah Salah Sana'an "sont déprogrammés en réponse à la polémique et dans un souci d'apaisement", a indiqué, mardi dernier, le président de l'UOIF, Amar Lasfar.

Cazeneuve a menacé de "poursuites immédiates"

Un peu plus tôt, le ministre de l'Intérieur avait promis "une totale vigilance" sur les propos qu'auraient tenus les intervenants de la rencontre organisée par l'UOIF, réputée proche des Frères musulmans.

"Tout propos tombant sous le coup de la loi donnera lieu à des poursuites immédiates et fera l'objet des sanctions appropriées. Chacun doit se tenir au strict respect des principes de droit et des principes républicains. L'Etat y veillera", avait assuré Bernard Cazeneuve.

Plusieurs personnalités politiques à droite et à gauche, dont Nicolas Dupont-Aignan (DLF) et Laurence Marchand-Taillade (PRG), s'étaient indignées de l'invitation d'orateurs prêchant selon eux la "haine" à cette réunion. Le Front national avait pour sa part demandé dans un communiqué une "interdiction d'entrée sur le territoire national pour les trois prédicateurs syrien, marocain et saoudien invités à Lille".

Un manque de vigilance, ou un côté sulfureux?

"Nous sommes très vigilants quant à tout discours qui se tient dans la manifestation, mais je ne peux pas me livrer à une censure préalable", avait pour sa part déclaré lundi le président de l'UOIF, Amar Lasfar, estimant qu'il revenait à la police de "faire son travail si elle estime qu'untel ou untel pose problème à la République". 

Alors, faut-il y voir un manque de vigilance ou un révélateur du caractère sulfureux de l'organisation? "Vu le contexte international et les attentats de 2015, l'UOIF a peut-être péché par manque de prudence", analyse auprès de l'Agence France-Presse (AFP) Bernard Godard, ancien "Monsieur islam" de la Place Beauvau.

"Cette organisation prétend promouvoir un 'islam de France' mais ne cesse de faire la part belle à des personnalités étrangères comme Youssef al-Qaradaoui (prédicateur qatari dont la venue à un congrès de l'UOIF avait été annulée en 2012, NDLR)", accuse de son côté le politologue Haoues Seniguer.

Proximité avec les Frères musulmans

Née en 1983, l'UOIF, qui revendique la tutelle sur 250 associations et des dizaines de mosquées, a toujours clamé défendre une lecture "authentique et ouverte" de l'islam. Plutôt conservatrice sur les questions de moeurs, elle abrite aussi un petit courant plus libéral, incarné par l'imam de Bordeaux Tareq Oubrou.

Elle affirme n'avoir aucun lien organique avec les Frères musulmans fondés en Egypte en 1928, ce mouvement réformiste considéré comme l'étendard d'un islam politique. Plusieurs de ses dirigeants ne font toutefois pas mystère d'une proximité au moins spirituelle avec les "Frères" ou de l'influence qu'a pu avoir sur eux la pensée de leur fondateur Hassan al-Banna, grand père de l'islamologue suisse Tariq Ramadan. Aucun ne se réclame de Sayyid Qotb, figure radicale des "Frères" qui fut considérée comme un théoricien du jihad.

Du FN jusqu'à Manuel Valls

L'UOIF "agit depuis des décennies pour une intégration paisible de l'islam et des musulmans de France", a protesté l'organisation en réaction à la polémique lilloise.

Il semble toutefois loin le temps où un ministre de l'Intérieur - Nicolas Sarkozy en 2003 - adoubait l'UOIF au sein du Conseil français du culte musulman (CFCM) naissant puis se rendait à la rencontre annuelle du Bourget près de Paris, la grande vitrine de l'organisation. Le Front national n'est plus le seul parti à demander son interdiction. Sans citer l'UOIF, le Premier ministre Manuel Valls a plusieurs fois dit vouloir "combattre" l'influence et le discours des "Frères". 
la rédaction avec AFP