BFMTV

Qui était Christine Renon, directrice d'école à Pantin qui s'est suicidée dans son établissement?

Lundi 23 septembre, la directrice d'école Christine Renon a été retrouvée morte dans le hall de son établissement. Ses collègues n'ont pas vu venir le geste de désespoir de cette femme de 58 ans, décrite comme "rigolote", "bonne vivante" et "dévouée" à son travail.

"Epouvantablement fatiguée" et "épuisée". C’est par ces mots d’usure que Christine Renon se décrit dans une lettre d’adieux adressée à une trentaine de ses collègues de l’Éducation nationale. Cette directrice d’une école maternelle à Pantin a rédigé et envoyé ce courrier samedi 21 septembre, avant de se suicider dans le hall de son établissement où elle a été retrouvée le lundi suivant.

"J’ai une boule dans la gorge depuis ce matin et envie de pleurer, je suis tellement fatiguée! Je me demande si je ne ferais pas une petite déprime", écrit-elle dans sa lettre qui incrimine le fonctionnement de l’Éducation nationale, cause principale de ses maux.

"Bonne vivante", "dévouée" à son travail

Entre les lignes, le mal-être est saisissant, pourtant selon ses paires rien ne laissait présager un tel geste de sa part. A 58 ans, Christine Renon "était très communicante et toujours très drôle", livre à BFMTV Sandrine, elle aussi directrice d’école à Pantin et membre du syndicat Snuipp. "C’était une bonne vivante, une rigolote. Physiquement, c’était un roc", abonde une de ses anciennes collègues dans les colonnes de Libération.

Cette enseignante "très expérimentée et très dévouée", célibataire et sans enfant, "pour qui son travail était toute sa vie", avait par ailleurs enduré "de fortes lésions personnelles et sentimentales", glisse à l’AFP une source proche de l'enquête, évoquant notamment des décès dans son entourage.

Mais son ancienne partenaire de travail refuse qu’on l’assimile à "une dépressive sans enfant, fragilisée par le décès de ses parents. Non! Elle n’était pas chétive ni fragile. Mais alors pas du tout", soutient-elle. La fonctionnaire a d’ailleurs "toujours fait pour le mieux pour les élèves, les enseignants, les parents", écrit-elle: "J’ai essayé de me rendre disponible au maximum, j’ai toujours répondu positivement à un service que l’on me demandait."

"Les soucis se sont accumulés"

"Combien de fois je l’ai vu acheter avec son argent des fournitures scolaires, fatiguée de réclamer", se souvient auprès du quotidien la mère d’une ancienne élève. "Je sais une chose. Christine a donné sa vie pour l’Education nationale. Elle avait un combat, ses élèves", continue un enseignant.

Mais après trente années d’exercice en Seine-Saint-Denis, "les soucis se sont accumulés" pour celle qui signe sa lettre du nom d’une "directrice épuisée". Le manque de soutien de la part de l'Etat, le rythme scolaire des enfants, le manque d'outils de travail ou encore les pratiques "chronophages" ont eu raison d’une directrice "éprouvée" par sa profession.

Par ses derniers écrits, Christine Renon lève le voile sur le malaise qui gangrène la profession de directeur d’école. Ce jeudi, 200 écoles de Seine-Saint-Denis en grève sont fermées pour rendre hommage à une collègue dévouée et protester contre des conditions de travail jugées délétères

Ambre Lepoivre