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Que risquent les parents qui ne remettraient pas leurs enfants en classe ce lundi?

Les écoliers pourront tous retrouver le chemin de l'école ce lundi 22 juin.

Les écoliers pourront tous retrouver le chemin de l'école ce lundi 22 juin. - XAVIER LEOTY © 2019 AFP

Si le retour en classe dans les écoles et collèges est présenté comme obligatoire, certains parents ont pourtant décidé que leurs enfants n'y remettraient pas les pieds avant l'été. BFMTV.com s'est demandé quelles pourraient être les conséquences de ce choix.

Parce qu'ils craignent un regain de l'épidémie de Covid-19 ou parce qu'ils n'ont pas réussi à s'organiser, certains parents ne remettront pas leurs enfants en classe ce lundi 22 juin, malgré les consignes officielles. Pour un peu plus d'un Français sur deux, la reprise de l'école quinze jours avant les vacances d'été est une mauvaise décision, selon un sondage Odoxa-Denstu Consulting pour Franceinfo et Le Figaro. Et selon cette même enquête d'opinion, seuls 45% des parents auraient décidé de remettre leurs enfants en classe.

Pourtant, le président de la République l'a affirmé: les crèches, écoles et collèges devront accueillir tous les élèves "de manière obligatoire" et "selon les règles de présence normales". Le protocole sanitaire a été allégé: plus de distanciation en maternelle, la limitation de 15 élèves par classe disparaît et les 4m2 par élève sont remplacés par un mètre de distance latérale entre deux enfants à partir du CP. Au collège, si le mètre de distance n'est pas possible, les enfants âgés de plus de 11 ans devront porter un masque.

Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation nationale, semble cependant conscient que tous les écoliers et collégiens ne retourneront pas en classe la semaine prochaine. "Notre but, c'est que le plus d'élèves possible reviennent", a-t-il déclaré sur France Info. Que risquent ainsi les familles qui sécheraient le retour à l'école? En réalité, pas grand chose.

Un mot d'ordre: la bienveillance

Pour Frédérique Rolet, secrétaire générale pour les collèges du Snes-FSU - le premier syndicat des enseignants du second degré - cette reprise se fera avant tout sous le signe de la bienveillance et de la tolérance. "Il paraît évident que ce ne sera pas la procédure habituelle en cas d'absence", indique-t-elle à BFMTV.com.

"En principe, au-delà de quatre demi-journées d'absence sans motif, on appelle les familles et un signalement doit être fait à l'inspection académique. Mais là, le contexte est particulier et inédit."

Selon le code pénal, un parent qui soustrait son enfant à ses obligations légales "au point de compromettre la santé, la sécurité, la moralité ou l'éducation" est puni de deux ans de prison et de 30 000 euros d'amende. Même point de vue pour Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT. "L'objectif, c'est que les enfants renouent un lien avec l'école, remarque-t-elle pour BFMTV.com. Pas de générer des conflits avec les familles." Mais dans tous les cas, les absents seront notés. "L'appel sera fait", notamment pour des questions de responsabilité juridique.

"Nous n'avons pas encore les consignes du ministère ou des rectorats, mais on imagine mal une sanction. L'idée serait plutôt de contacter les parents d'enfants absents pour leur expliquer l'importance de revenir à l'école."

Bruno Bobkiewicz, secrétaire national du syndicat de chefs d'établissement SNPDEN-Unsa, partage la même analyse. "Je trouverais normal qu'il ne se passe rien pour les élèves absents, affirme-t-il à BFMTV.com. Ce serait quand même scandaleux qu'on vienne leur chercher des poux dans la tête."

"On ne va pas essayer de boucler le programme"

Si certains parents s'interrogent sur les bien-fondé d'un retour en classe pour deux semaines, les enseignants sont quant à eux unanimes: les enfants y ont tout intérêt. "On va pouvoir faire le bilan de ce qui a été fait ou pas depuis la mi-mars, revoir et consolider certaines choses, cela permettra aussi de mieux préparer la rentrée de septembre", poursuit Frédérique Rolet, du Snes-FSU.

Pour les écoliers et collégiens, il s'agit de retrouver un rythme, un cadre, des horaires et des réflexes de travail. "On ne va évidemment pas essayer de rattraper le temps perdu ou de boucler le programme", pointe Catherine Nave-Bekhti, du Sgen-CFDT. Mais elle assure que du travail scolaire sera proposé, "les enseignants savent, avec un groupe d'élèves, poursuivre un parcours qui ait du sens". Sans compter la dimension sociale de l'école.

"Cela va permettre aux élèves de se projeter dans l'année suivante et d'être accompagnés pour ceux qui changent d'établissement, notamment les CM2 et les 3e. Une fin d'année scolaire, c'est aussi un moment fort et important pour les élèves, aussi bien entre eux qu'avec les enseignants. Finir en douceur, ça ne leur fera pas de mal."

"Techniquement, ça va être très difficile"

Si certains parents ne souhaitent pas remettre leurs enfants à l'école, certains établissements ne pourront de toute façon pas accueillir matériellement la totalité de leurs effectifs même s'ils le souhaitent. "Il y a des endroits où techniquement, ça va être très difficile", reconnaît Bruno Bobkiewicz, du SNPDEN-Unsa et proviseur d'un lycée à Vincennes, dans le Val-de-Marne.

"L'injonction nationale de scolarisation obligatoire est théorique. Car au-delà de la question du mètre de distance et même avec le port du masque, d'autres problèmes se posent. Il y a des établissements où la moitié de l'équipe de nettoyage est absente et ne peut pas travailler, notamment pour des questions de santé."

Son syndicat a ainsi recommandé à ses adhérents de faire "comme ils pouvaient". "À l'impossible, nul n'est tenu. Un proviseur ne pourra pas accueillir tous ses élèves s'ils n'a pas les conditions matérielles et s'il ne peut pas nettoyer ses locaux en pleine période de pandémie", ajoute Bruno Bobkiewicz, qui cite encore les problèmes de cantine et de transport scolaire qui viennent s'additionner à ceux du nettoyage.

"Ce sont les enfants qui trinquent"

Si Rodrigo Arenas, président de la FCPE, espère que tous les enfants pourront tout de même retourner sur les bancs de l'école lundi, il craint pour BFMTV.com que ce ne soit pas toujours le cas.

"Les familles sont à bout, elles se sont débrouillées comme elles pouvaient. Il y a des parents qui ont dû faire garder leurs enfants par les grands-parents, ceux qui ont décalé leurs vacances pensant que l'année scolaire était terminée, les divorcés n'habitant pas la même région avec les enfants qui se retrouvent à des centaines de kilomètres de leur école. Les familles ont fait ce qu'elles ont pu."

Ce représentant de parents accuse le gouvernement de ne pas donner les moyens suffisant pour mettre en pratique ses décisions et d'avoir désorganisé l'équilibre éducatif. "On accuse les parents de ne pas répondre aux messages des enseignants, les enseignants d'avoir décroché, ce n'est jamais de la faute des décideurs." Pour Rodrigo Arenas, les autorités sont pourtant les seules responsables si certains élèves ne retournent pas en classe lundi. "Et au final, ce sont les enfants qui trinquent."

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois Journaliste BFMTV