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Pour la première fois, du liquide rouge plutôt que bleu pour représenter le sang des règles

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Une marque britannique de protections périodiques représente pour la première fois dans une publicité le sang des menstruations avec la couleur rouge.

Du liquide rouge versé sur une serviette hygiénique, un filet de sang coulant le long de la cuisse d'une femme: pour la première fois, une publicité pour protections périodiques montre du sang rouge et non le liquide bleu traditionnellement utilisé dans les spots publicitaires pour représenter les règles des femmes.

"Les règles, c'est une chose normale"

Le dernier spot de la marque Bodyform, filiale britannique de l'Américaine Nana, prend pour slogan "Le sang, c'est normal", comme le rapporte le Huffington Post. Dans sa version néerlandaise, une scène supplémentaire montre une femme qui demande à la cantonade lors d'un dîner en présence d'hommes si l'une de ses voisines peut lui donner une serviette. Une autre image montre également une jeune fille en train de changer de protection.

"Contrairement à ce que tout le monde croit, les femmes ne saignent pas en bleu mais en rouge. Les règles, c'est une chose normale. Les montrer devrait l'être tout autant", lance la marque en légende de sa publicité diffusée sur les réseaux sociaux.

Ce n'est pas la première fois que la marque britannique opte pour ce positionnement. L'année dernière déjà, du sang rouge était montré dans ses publicités pour protections hygiéniques, bien qu'il s'agissait de blessures de femmes athlètes en plein effort. 

"On peut parler de nos problèmes digestifs, pas des règles"

Mais en France, dans les publicités, le sang est toujours bleu. Comme l'a rappelé à Télérama la productrice Juliette Boutillier, qui a réalisé un documentaire sur les menstruations, Rouge comme les règles diffusé sur France Culture, "le tabou des règles" a toujours de nombreuses "incidences sur les femmes" et reste "compliqué à évoquer".

Ce que confirme Camille Emmanuelle, auteure de Sang Tabou: essai intime, social et culturel sur les règles. "On peut très bien parler à table de nos allergies anti-gluten, de nos problèmes digestifs, mais pas des règles."

"On n'en parle pas pour plusieurs raisons", confiait-elle sur RMC. "Nous sommes les héritières d'une vision des règles absolument catastrophique pour des raisons historiques, médicales et religieuses. Les règles, c'est l'impureté, la saleté, c'est la honte. Même si on s'est débarrassé de tout ça, la révolution sexuelle est quand même récente. On a des archétypes mentaux qui ont été formatés sur cette vision-là."

Une femme occidentale sur deux dit même avoir honte ou être mal à l'aise lorsqu'elle achète des protections périodiques, confiait sur France 24 Élise Thiébaut, auteure de Ceci est mon sang

Ces dernières années, différentes initiatives ont pourtant vu le jour afin de rappeler que les règles sont un processus naturel. En Australie, trois chanteuses-comédiennes ont diffusé l'année dernière un clip humoristique visant à les dédramatiser. En Inde, une publicité s'était également amusée à ridiculiser les superstitions autour des règles, comme de ne pas toucher le bocal à cornichons. Et il y a quelques jours, des militantes du collectif féministe Insomnia ont teint en rouge les eaux d'une quinzaine de fontaines parisiennes afin de sensibiliser sur le tabou des règles.

Céline Hussonnois-Alaya