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Orque et béluga dans la Seine: pourquoi des cétacés ont-ils été observés dans le cours d'eau?

Des images de l'orque le 5 avril 2022 dans la baie de la Seine

Des images de l'orque le 5 avril 2022 dans la baie de la Seine - BFMTV

Une baleine blanche a été vue dans le fleuve du Bassin parisien, alors qu'il préfère habituellement les eaux arctiques. Il y a quelques semaines, une orque avait déjà aperçue dans la Seine.

Avec une orque, puis un béluga, la Seine a accueilli des occupants étonnants ces derniers mois. En l'espace de quelques semaines, les deux cétacés ont été observés dans le cours d'eau, bien loin de leur lieu de vie habituel. Un phénomène "inédit", estime la présidente de l'association Sea Sherpherd Lamya Essemlali, auprès de BFMTV.com.

Le béluga, aussi appelé baleine blanche, est en effet habitué à des latitudes "beaucoup plus arctiques", explique Léa David, chercheuse à l'ÉcoOcéan Institut de Montpellier, spécialisée en écologie marine, pour BFMTV.com.

"C'est très étonnant de le voir aussi bas", alors qu'il préfère plutôt les côtes norvégiennes et ne fréquente pas de fleuve en général, en dehors du Saint-Laurent, au Canada, selon la chercheuse.

Même chose pour l'orque qui avait été coincée dans l'embouchure de la Seine pendant deux mois, ce type de cétacés ne s'observant habituellement pas en eau douce, d'après Léa David.

Des "sonnettes d'alarme"

Comment expliquer leur présence dans cet environnement? "C'est un grand mystère. Personne n'a de réponse définitive", prévient la présidente de Sea Shepherd. Mais plusieurs hypothèses sont étudiées.

Dans un communiqué, l'observatoire des mammifères et oiseaux marins Pelagis, chargé de l'expertise de l'animal, estime que le béluga s'est sans doute perdu pour des "raisons multiples", évoquant pêle-mêle "l’état de santé, l’âge (les subadultes se dispersant plus facilement), l’isolement social, les conditions environnementales, etc."

La chercheuse Léa David note de son côté que le béluga, tout comme l'orque, ont été découverts seuls, sans leur congénères. Pour elle, il est fort probable que le béluga soit "malade", ce qui expliquerait qu'il soit "perdu", "déboussolé" et qu'il ait perdu son groupe.

Le cétacé pourrait aussi être un "pionnier", poussé au voyage soit par envie de découvrir un nouveau territoire, "comme un humain", ou encore "poussé par la faim", avance la scientifique.

"Ces dernières années, en Islande, on voit des orques qui meurent de faim parce qu'il y a moins de proies accessibles en raison du changement climatique", s'inquiète-t-elle, se souvenant aussi avoir observé une famille d'orques et une baleine grise, en Méditerranée, loin de leur habitat naturel. "Ce sont des sonnettes d'alarme", estime-t-elle.

Un "événement ponctuel" traumatisant?

La présidente de l'association Sea Shepherd penche plutôt pour un "événement ponctuel" traumatisant qui expliquerait que l'animal se soit isolé des siens. L'orque comme le béluga ont par ailleurs été observés "dans la même embouchure au Havre", souligne Lamya Essemlali. "Cela pose évidemment question", estime-t-elle.

Pour elle, les deux cétacés se sont peut-être perdus, victimes de "pertubations sonores" dans l'embouchure du Havre, alors que des éoliennes sont actuellement en construction dans la région.

"Le trafic (maritime) va s'intensifier. On craint que ça ne devienne une zone piégeante", lance la président de l'ONG, alors que les cétacés sont "extrêmement sensibles" aux bruits.

Une "opération de nourrissage" du béluga prévue

Pour l'heure, priorité est au sauvetage du béluga. "On veut éviter qu'il meurt de faim", indique Sea Shepherd qui prévoit une "opération de nourrissage", alors que l'animal montre déjà des signes d'amaigrissement.

"Des clichés et vidéos précis ont pu être pris et permettent de penser que (l'état sanitaire de l'animal) est préoccupant", rapportait jeudi la préfecture de l'Eure dans un communiqué.

L'orque observée dans la Seine il y a plusieurs semaines est mort mi-juillet après être resté bloqué dans le fleuve pendant deux mois. Les secours n'ont pu que constater son décès après plusieurs tentatives de sauvetage.

Juliette Desmonceaux