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Origines, revendications, évolution:  trois points pour comprendre le mouvement de contestation étudiant

Des étudiants lyonnais réunis devant le Crous, le 12 novembre.

Des étudiants lyonnais réunis devant le Crous, le 12 novembre. - Philippe Desmazes - AFP

Dégel des bourses, augmentation des APL, les revendications des syndicats étudiants sont nombreuses et la mobilisation pourrait prendre une ampleur plus importante au fil des prochaines semaines.

Six jours après l'immolation d'un jeune homme à Lyon, le monde étudiant se mobilise, alors que les associations alertent à l'unisson sur la précarité à laquelle doivent faire face ces derniers.

En difficulté financière, la victime avait en effet perdu sa bourse en "triplant" sa deuxième année de licence à l'université Lyon 2 - le jeune homme a expliqué son geste dans un message lu mardi par une camarade lors d'un rassemblement sur le lieu de son acte. "Cette année (...) je n'avais pas de bourse mais même quand j'en avais, 450 euros par mois, est-ce suffisant pour vivre?", demandait l'étudiant avant de passer à l'acte.

Le drame a permis de mettre en lumière la situation de milliers d'étudiants, qui se sont rassemblés, mardi, devant les Crous de nombreuses villes. Dans la soirée, la grille d'un bâtiment du ministère de l'Enseignement supérieur à Paris a été endommagée. Un temps occupé, le campus de Bron de l'université Lyon 2 a été évacuée mercredi en milieu de soirée. 

  • Des revendications claires

La question de la motivation et de la continuité d'un tel mouvement se pose. Sur BFMTV, les représentants de plusieurs syndicats se sont faits mercredi les échos des revendication estudiantines: outre le dégel des bourses, ces derniers exigent également une augmentation des APL, ainsi qu'un investissement massif de l'État dans les universités.

Contacté par BFMTV, le sociologue et professeur des universités Erik Neveu souligne que "l'immolation par le feu, par sa violence, sa dimension traumatisante, crée une onde de choc puissante". "D'autant que le message laissé par cet étudiant est sans équivoque sur les motivations sociales et politiques de son geste", ajoute-t-il. 

"Ce qu'on peut rappeler c'est que beaucoup d'étudiants vivent en effet dans des conditions de grande précarité matérielle, le système des bourses étant d'une part en retard sur les besoins, sur le coût de la vie, et sur le prix du logement, pesant dans les grandes villes universitaires. Prés d'un étudiant sur deux (46%) réalise de petits boulots durant sa scolarité", développe encore Erik Neveu.
  • Vers une convergence des luttes?

Pour autant, les contours de la mobilisation ne semblent pas entièrement définis pour le moment. "Aujourd'hui, il n'y a pas eu d'assemblée générale. Pour les mobilisations étudiantes, cela peut prendre plusieurs jours. Le fait que cela n’embraye pas dans les universités connues ne donne pas le sentiment que ça va prendre, mais il ne faut pas en préjuger", a estimé mercredi soir sur notre antenne le sociologue et spécialiste des mouvements sociaux Jean-François Amadieu.

Mercredi toujours, deux syndicats étudiants affichaient sur BFMTV leurs désaccords quant à l'idée de participer à la journée de grève du 5 décembre. D'un côté, la Fage (Fédération des associations générales étudiantes) ne souhaite pas s'y rendre, à l'inverse de l'Unef, qui a déjà prévu de longue date de grossir les rangs de la manifestation.

"La convergence des luttes est prophétisée, annoncée, redoutée ou souhaitée à chaque moment de mobilisation sociale. Les sociétés contemporaines sont profondément 'sectorisées', ce qui veut dire que ce qui se passe dans un univers social spécifique (université, industrie automobile, agriculture) y reste le plus souvent confiné parce que le monde social est ainsi organisé: a chaque petite 'boîte' ses institutions, son ministère, ses syndicats et organisations, ses lieux et outils d'échange et de négociation, éventuellement sa défiance des 'autres'", souligne encore Erik Neveu. 
  • "Le mouvement va continuer" 

Pourtant, le mouvement semble vouloir perdurer. "Le mouvement va continuer tant qu'il n'y aura pas de réponse satisfaisante à ce problème politique qui est la précarité, c'est le vrai sujet", prophétise Bastien Pereira Besteiro, enseignant à Lyon 2 et militant de Sud-Éducation.

Au point de devenir un point de crispation pour le gouvernement? "A l'instant, il est compliqué de répondre. Le monde universitaire n'est pas en ébullition. Mais c'est un univers social de plus où s'exprime le mécontentement, avec des motivations et des thématiques qui résonnent avec celles de beaucoup de salariés, personnels des hôpitaux, futurs retraités, participants d'un mouvement de gilets jaunes qui peut se réveiller, lycéens angoissés par les procédures d'orientation...", conclut Erik Neveu. 
Hugo Septier