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Mondial 2018: la chasse aux maillots à deux étoiles a déjà commencé

Depuis le titre mondial de l’équipe de France en Russie, les fans tentent de se fabriquer ou de se procurer le maillot avec deux étoiles par tous les moyens.

La France entière a encore des étoiles plein les yeux. Mais le maillot de l’équipe de France, lui, n’en a toujours qu’une seule. Nike, l’équipementier des Bleus, a déjà annoncé que la version à deux étoiles de la tunique des hommes de Didier Deschamps ne serait disponible que mi-août. Il y a quelques jours, la firme en avait fabriqué à peine 1500, distribués à quelques privilégiés triés sur le volet. Pour tous les autres, trop pressés d’attendre la livraison officielle, il reste le système D. A l’image de Lyron, juriste de 25 ans, ils sont nombreux à avoir fait ajouter par un artisan l’étoile supplémentaire tant désirée. "J’avais envie de l’avoir en vacances. De faire le fier. Là par exemple je suis en Allemagne, il y a des Allemands qui me félicitent. C’est une fierté".

Cette fierté-là a une petite histoire. En rentrant chez lui après la victoire contre la Croatie, il trouve un maillot par terre.

"Je suis fils de tailleur, depuis tout petit j’ai l’habitude de me faire broder mes initiales sur mes chemises ou mes costumes, raconte Lyron. J’ai tout de suite pensé à aller dans l’atelier qui me le faisait pour me faire broder une 2e étoile. On me l’a fait en 5 minutes chrono, puisqu’il y avait une machine à broder numérique. Le résultat est super réussi. Je l’ai mis l’après-midi même pour aller voir le défilé sur les Champs-Elysées. On a dû m’arrêter 30 fois pour me demander où j’avais bien pu acheter mon maillot".

Sur Twitter, il s’empresse de partager l’adresse de l’artisan, qui a fait de lui un double champion du monde pour la modique somme de 10 euros.

"Si vous avez brodé votre t-shirt dans votre salon, que vous ne le vendez pas, pourquoi pas"

Malgré le succès du tuyau à 1000 retweets, l’artisan en question a décidé d’arrêter de broder des étoiles aux impatients. "Tant que je ne sais pas si j’ai le droit de le faire, j’arrête. Je n’ai pas vraiment les moyens d’affronter un procès", a expliqué à l’AFP Florent Roina, le brodeur en question. "Au départ, je me suis dit qu’il y avait peut-être un bon filon, que je pouvais peut-être me faire un peu d’argent de poche pour l’été, reprend Lyron. Je lui ai même demandé s’il voulait bien me prêter sa machine. Mais comme il avait un peu peur, je n’ai pas eu envie de l’embarquer là-dedans". Car oui, dans ce cas, le risque est réel.

C’est l’avis de Maître Julien Lacker, spécialisé dans la propriété intellectuelle. "Si vous avez brodé votre t-shirt dans votre salon, que vous ne le vendez pas, pourquoi pas. C’est un peu comme acheter un jean et en faire un short. Ce n’est pas un usage commercial. Après, il y a les gens qui se font de la publicité, qui disent 'on va vous transformer votre maillot'. Changer le produit de manière industrielle et en faire un business, là c’est problématique", prévient l'avocat.

Un business qui peut coûter très cher, puisque la peine maximale pour "contrefaçon de marque" peut aller jusqu’à sept ans de prison et 750.000 euros d’amende.

Sur des sites de contrefaçon, "aucun moyen de savoir lequel est le vrai et lequel est le faux"

Evidemment, difficile d’imaginer qu’on puisse en arriver là avec ce genre de cas. "Pour les affaires de contrefaçon de marque, c’est très rare d’aller au pénal, fait remarquer Julien Lacker. La pratique, c’est que ce genre de litige se règle par lettre de mise en demeure, et si la personne arrête, on en reste là. On ne va pas faire un procès qui va durer un an, ce serait contre-productif. C’est un peu comme pour les majors et le téléchargement illégal: vous êtes obligé d’attaquer votre client, ce n’est pas très bon".

Mais il n’y a pas que les petites combines avec les artisans de quartier, dès lors qu’on part à la chasse aux étoiles. Les fans de foot qui aiment garnir leurs armoires de maillots du monde entier ont parfois du mal à se résoudre à dépenser entre 80 euros (pour la version réplicat) à 140 euros (pour la version officielle) d’un maillot de Pogba ou de Mbappé.

C’est le cas de Martin qui, comme les autres connaisseurs, sait sur quel site trouver un maillot de l’équipe de France avec deux étoiles. Le tout pour 17 euros l’unité: un faux, évidemment.

"On les reçoit sous blister Nike, il y a des étiquettes comme si tu l’achetais en boutique, raconte ce community manager de 27 ans. Sur les boutons en haut du col, il y a la catchline de la FFF, 'nos différences nous unissent'. Si vous mettez les deux côte à côte et que vous n’êtes pas expert, il n’y a aucun moyen de savoir lequel est le vrai et lequel est le faux. Avant la Coupe du monde, j’avais commandé la version une étoile. Et j’ai reçu un mail en anglais quelques heures après le coup de sifflet final de France-Croatie, qui expliquait que le maillot deux étoiles était disponible".

"Cela fait 20 ans qu’on l’attend, donc il a un côté collector"

Dans ce cadre-là, le risque légal est bien sûr plus grand. "Par rapport à Nike, qui n’est pas titulaire de la marque avec le coq et l’étoile, ce serait de la concurrence déloyale. Et par rapport à la FFF qui, elle, est titulaire de la marque, ça serait potentiellement de la contrefaçon, confirme Julien Lancker. Des infractions comme ça, sur des faux produits complets, ce sont les quelques cas où l'on va au pénal. C’est de la contrefaçon comme il y en a tous les jours, mais à propos d’un produit qui a une notoriété tout d’un coup. On ne reproduit que les choses intéressantes. Les douanes françaises travaillent sur ces produits contrefaits, mais elles ont plus de chance sur les gros containers que sur des envois individuels".

D’ailleurs, le site fréquenté par Martin a déjà tout prévu. "J’ai eu des amis dont le colis s’est retrouvé 'tanké' à la douane en France, raconte-t-il. Si vous ne prenez pas contact avec la douane, il ne se passe rien, le colis est détruit et basta. Et quand ça arrive, le site est au courant et rembourse la commande sans discuter, ou alors il renvoie un maillot". Le sien, floqué de deux étoiles, devrait arriver en fin de semaine prochaine. "Cela fait 20 ans qu’on l’attend, donc il a un côté collector qui fait que ce sera vraiment le truc de l’été, assure Martin. Peut-être que dans trois semaines je n’en aurai plus envie, mais là il fallait marquer le coup. Il y en a même un que je vais faire encadrer".

Antoine Maes