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Moins de la moitié des LGBT assument leur sexualité sur leur lieu de travail

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- - ANDREI PUNGOVSCHI / AFP

Révéler son orientation sexuelle au travail n'est pas chose aisée et une majorité de gays, bisexuels ou transgenres choisissent de garder le silence par peur de subir des discriminations.

Sortir du placard en 2018, une banalité? Bien au contraire: assumer son homosexualité auprès de son entourage, proches comme collègues de travail, pose toujours problème à une partie de la communauté LGBT. C'est la conclusion d'une étude menée par l'Ifop et Tell Me The Truffe, première agence de communication dédiée à la diversité, et publiée ce jeudi à l'occasion de la journée internationale du coming out. 

En ressort que l'endroit où il est le plus difficile d'assumer sa sexualité est le milieu professionnel. Moins d'un LGBT sur deux a fait part de son orientation sexuelle à au moins l'un de ses collègues de bureau. S'il s'agit de son supérieur hiérarchique, ce chiffre tombe même à 39%.

"Monsieur et Madame" sur l'enveloppe

Un secret qui a bien des conséquences pratiques sur la vie du salarié gay, bisexuel ou transgenre: un tiers d'entre eux confie ainsi avoir déjà renoncé à participer à un événement d'entreprise où les conjoints étaient invités. La même proportion refuse d'indiquer le nom de son conjoint sur son formulaire de mutuelle. 

"Les occasions formelles ou informelles qui peuvent être ressenties comme des moments d’exclusion dans l’entreprise sont nombreuses: l’organisation d’un arbre de Noël, d’une soirée dansante ou ne serait-ce qu’une anodine invitation marquée 'Monsieur et Madame'. (...) Créer un climat d’acceptation est un enjeu clef pour l’entreprise" estime David Herz, co-fondateur de Tell Me The Truffe.

C'est peut-être la raison de ce silence, de nombreuses personnes LGBT déclarent ressentir un changement d'attitude à leur égard sur leur lieu de travail une fois leur orientation sexuelle connue. Ainsi, un cinquième d'entre eux se sont sentis discriminés lors de leur recherche d'emploi.

Une fois dans l'entreprise, ce sentiment persiste pour un quart d'entre eux. Et c'est pire pour les femmes homosexuelles, qui sont 42% à se sentir l'objet de discriminations au bureau. 

Plus facile de le dire à ses amis qu'à sa famille

Si l'on élargit le spectre pour se pencher sur la façon dont les gays, bi et transgenres évoquent leur sexualité avec leur entourage, 71% des LGBT disent avoir révélé leur orientation sexuelle à au moins un proche. Il est dans l'ensemble plus facile de faire son coming out devant ses amis (68 % des LGBT) que devant sa famille (57% l'avouent à leur mère, à leur frère ou à leur sœur, 55% à leur père).

Contrairement à ce que l'on pourrait présumer, les employés et travailleurs issus de la classe ouvrière ont moins de mal à avouer leur homosexualité à leurs parents que les cadres et professions intellectuelles supérieures. En revanche, le coming out est bel et bien plus aisé en ville qu'en milieu rural. 

A noter: assumer d'être bisexuel serait encore plus compliqué que d'assumer son homosexualité. Ainsi, si 94% des homosexuels l'ont avoué à au moins un de leurs proches, ce chiffre tombe à 59% chez les bisexuels. 

"Il semble qu’une forme de normativité soit en train de s’installer au sein des sexualités considérées comme alternatives. L’homosexualité s’accepte de plus en plus. Les autres formes de sexualité semblent, elles, faire encore l’objet d’un tabou" explique Elie Sic-Sic, président de Tell Me The Truffe.

*Enquête menée auprès d'un échantillon de 994 femmes et hommes, homosexuels, bisexuels ou transgenres, extrait d'un échantillon de 12.737 personnes représentatifs de la population. Au sein de cet échantillon ont été interrogés 397 homosexuel(le)s, 582 bisexuel(le)s et 15 transgenres.

Claire Rodineau