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Victime d'homophobie, il est contraint de quitter son lycée

Hugo, 16 ans, a dû quitter son lycée privé après avoir subi le harcèlement de plusieurs de ses camarades. Il a porté plainte.

Insultes homophobes, harcèlement sur les réseaux sociaux, dans les toilettes du lycée... Le quotidien d'Hugo était devenu insupportable. L'adolescent de 16 ans, scolarisé depuis septembre 2017 au lycée privé catholique Jeanne-la-Lorraine du Raincy, en Seine-Saint-Denis, a décidé de quitter l'établissement après avoir été harcelé pendant des mois par plusieurs de ses camarades de classe. Il est sans cesse moqué pour son homosexualité: "On a ouvert ma porte aux toilettes, demandé des choses sexuelles… Pour la première fois, j'ai pleuré à l'école. J'ai appelé mon père et demandé qu'il vienne me chercher", raconte le jeune homme à BFM Paris. 

Au lycée, certains professeurs "étaient au courant puisqu'ils se moquaient de moi en cours". Mais selon Hugo, ses harceleurs s'arrangeaient pour le faire "avec les enseignants qui avaient des difficultés à imposer leur autorité et d'autres problèmes à gérer". Certains camarades constatent qu'Hugo va mal: "Il faisait des crises d'épilepsie, il ratait souvent les cours. Cette année il pensait que ça irait mieux mais il a vu que ses harceleurs étaient restés", se remémore une adolescente.

Poursuivi jusque dans les toilettes

En mai dernier, Hugo raconte à ses parents le harcèlement dont il est victime. Sa famille décide de porter plainte "pour harcèlement moral et propos à caractère homophobe". Le proviseur n'est pas là pour recevoir ses parents, mais une CPE promet que les harceleurs ne seront pas acceptés au lycée en septembre. Le jour de la rentrée, l'adolescent déchante: deux d'entre eux sont toujours là.

Poursuivi jusque dans les toilettes, il s'arrange avec une surveillante pour aller aux toilettes des filles. "Mais quand le directeur m'a vu en sortir, il m'a crié dessus. Il n'était apparemment pas au courant et m'a dit: 'tu n'es pas une fille, tu ne vas pas dans les toilettes des filles'", se souvient Hugo. C'en est trop pour le garçon et sa famille, qui sollicitent de nouveau une rencontre avec le proviseur: "il est revenu sur la promesse de la CPE, a dit qu'il n'était pas au courant et que lui seul était habilité à prendre une telle décision", raconte sa mère au Parisien. La famille décide de retirer Hugo du lycée, et de l'inscrire dans un établissement à Paris.

Une nouvelle campagne contre le harcèlement

Dans un communiqué, le lycée Jeanne la Lorraine estime que "Hugo a été accompagné et écouté lorsqu'il a daigné nous faire part de sa situation", et assure que "des sanctions ont été prises en fonction des faits et agissements de chacun."

L'affaire a ému jusqu'aux représentants de l'Etat: le député LR de l'Oise, Maxime Minot, a d'ailleurs interpellé à l'Assemblée le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer: "Comment ne pas être ému par un jeune qui, victime de brimades et de quolibets, a dû quitter son établissement scolaire? Même si des efforts sont faits pour lutter contre ce problème, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour faire évoluer les mentalités", a-t-il déploré. Le ministre a rappelé qu'une nouvelle campagne de lutte contre le harcèlement scolaire était lancée le 8 novembre prochain. Hugo, lui, s'est lancé dans le tournage d'un documentaire sur l'homophobie en milieu scolaire.

Ariane Kujawski