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Mariage homo : les élus divisés autour de la «liberté de conscience»

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Mardi, François Hollande a abordé devant les maires de France le thème de la « liberté de conscience » à propos du mariage des couples homosexuels. Une annonce qui rassure certains maires récalcitrants mais refroidit aussi de nombreux élus et militants.

C’est un petit signe qui a beaucoup déplu aux militants LGBT, mais qui a rassuré certains maires. Mardi, devant les maires de France, François Hollande a envisagé l’utilisation de la liberté de conscience comme l’une des possibilités pour les élus qui ne voudraient pas marier les couples homosexuels. « Les possibilités de délégation existent, elles peuvent être élargies et il y a toujours la liberté de conscience », a affirmé le président de la République.

« Et si personne au Conseil municipal ne veut le faire ? »

Certains élus applaudissent, comme Jacques Rey, le maire sans étiquette de Sevrier, en Haute-Savoie. Opposé au mariage homosexuel, il se dit rassuré par la concession du président : « Ça va dans le bon sens, ceux qui ne veulent pas le faire, il leur laisse la liberté. La liberté de conscience des gens doit être respectée, même quand on est maire. On doit faire appliquer les lois de la République, mais si ces lois ne sont pas en conformité avec nos sentiments profonds, ce n’est pas la peine de forcer à faire quelque chose contre nature pour nous, je n’y tiens pas du tout. Si j’ai des adjoints qui veulent le faire, ils en auront la liberté », estime-t-il, avant de reconnaître qu’il reste des difficultés à contourner : « Après, si personne dans un conseil municipal ne veut le faire, comment fait-on ? Je ne sais pas », avoue-t-il.

« Une démarche intelligente et intéressante »

Jacques Pélissard, président de l'Association des Maires de France et député UMP du Jura, partage cet avis : « Si vous l’obligez [le maire, NDLR], vous le mettez en situation de contradiction avec sa conscience, défend-il. Un magistrat par exemple, qui ne veut pas juger une affaire, un avocat, même commis d’office, qui ne veut pas défendre un client, peut refuser, c’est la même démarche, le même parallélisme qui pourrait s’appliquer. Et le président a pris en compte les cas de conscience de maires qui peuvent être heurtés par un mariage entre deux personnes de même sexe, ça me paraît une démarche intelligente et intéressante ».

« Ça manque de fermeté »

Pour d’autres, en revanche, le président manque de courage avec cette décision. « J’ai pris ça pour un recul, avoue Pierre Bertrand, le maire sans étiquette de la commune de Maillé en Vendée. Je trouve ça regrettable que le président de la République nous dise "c’est une loi, vous devez l’exécuter, mais si vous voulez, vous pouvez le déléguer à quelqu’un". Je suis maire, si je dois faire mon travail, je le fais, même si ça ne me plaît pas. Mais là, on sent qu’il y a une crainte, "il faut faire passer cette loi, il faut avoir les maires avec donc on va trouver un consensus". Ça manque de fermeté. Ou on supprime la loi, comme je le souhaite, ou on la laisse, mais on l’impose ».

« Je trouve ça révoltant »

Et pour Nicolas Gougain, le porte-parole de l’association Inter-LGBT, François Hollande ne fait tout simplement « pas son job » au moment où les militants de la cause attendaient une réponse franche : « Alors qu’on sort d’un week-end de manifestations contre l’égalité des droits, qui a été ressenti de manière assez violente par pas mal d’entre nous, avoir comme première déclaration du président de la République que les maires pourraient appliquer une liberté de conscience, je trouve ça révoltant, et ce n’est pas la prise de parole que j’attendais sur le sujet. Donc vraiment, je souhaite qu’il corrige le tir, rassure sur le fait que la loi ira au bout, la loi doit s’appliquer à tous, doit s’appliquer sur tout le territoire, d’autant plus quand c’est une loi qui consacre l’égalité ».

M. Chaillot avec B. Smadja et A. Manoli