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Sous-effectifs, manque de matériel, coupes budgétaires: le malaise infirmier à la loupe

En grève ce mardi, les infirmiers du public, du privé et du libéral, souhaitent dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail.

Cet été, cinq infirmières se sont donné la mort en moins de deux mois. Un chiffre qui laisse entrevoir le malaise d'une profession. Dans leurs lettres d'adieu, elles dénonçaient la dégradation de leurs conditions de travail. Entre des cadences infernales et des restrictions de matériel, elles racontaient leur crainte de commettre des erreurs médicales. Une peur commune à de nombreux infirmiers, quel que soit leur secteur d'exercice.

"Nos conditions d’exercice mettent en péril la sécurité et la qualité des soins", explique Nathalie Depoire, présidente du CNI (Coordination nationale infirmière).

Sous-effectifs, souffrance au travail et rationnements

Pour la syndicaliste, les établissements de santé tournent en sous-effectif, créant une réelle souffrance au travail. Dépression, arrêts maladie, augmentation des arrêts pour épuisement professionnel, accidents de travail, problèmes de vigilance et suicides sont autant de conséquences que subissent ces professionnels.

"Faire encore des économies comme c'est prévu dans le plan de financement de la Sécurité sociale, ce n'est plus possible", partage-t-elle.

Pour Justine qui pratique dans l'Essonne aux urgences pédiatriques, "l'hôpital part en vrille" :

"On est en sous-effectif par rapport au nombre de patients. L’activité augmente, le personnel est réduit… ce n’est pas normal. Pendant nos jours de repos, on est rappelés parce qu’il n’y a pas suffisamment de personnel. C'est triste, parce que ça se fait au détriment du patient...

Des étudiants rémunérés "88 centimes de l'heure" durant le stage

Les professionnels de santé pâtissent de la précarisation de leurs conditions travail. Mais "le malaise infirmier commence dès la formation", explique Merlin Descours, secrétaire général de la FNESI (Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers). Pour lui, les étudiants sont des victimes collatérales de ces coupes budgétaires :

"En stage, on demande à des étudiants de remplacer du personnel absent alors qu’ils ne sont pas encore diplômés et qu’ils sont là pour apprendre".

Merlin Descours avance deux chiffres : les étudiants sont rémunérés "88 centimes de l'heure" et une fois leur diplôme en poche, "40% sont en contrats précaires".

Et puis il y a aussi le rationnement du matériel pour faire des soins.

"Des étudiants qui sont obligés de peser avant et après les flacons de désinfectants, le nombre de compresses utilisées pour un pansement parce que l’établissement considère que pour tel type de pansements il faut utiliser X nombre de compresses et pas une de plus", rapporte-t-il.

"La santé concerne tout le monde"

Mais l'austérité budgétaire imposée aux établissements de santé n'est pas la seule préoccupation des infirmiers. Ils pointent également du doigt un système qui déshumanise la profession et relègue le patient en arrière plan.

"On n’a plus le temps de prendre vraiment soin du patient… ça devient mécanique. On perd ce côté humain. On est moins à l’écoute du patient", regrette une infirmière venue manifester à Nantes.

Au-delà de la souffrance au travail et de conditions d'exercice précarisées, ce cri d'alarme vise aussi à réveiller la population. "Ce sont aussi les Français qui doivent bouger, parce que la santé concerne tout le monde. On peut être usager ou professionnel de la santé, mais au final, on est tous usagers", conclut une autre qui espère un sursaut citoyen.

> A voir aussi, notre "Grand angle" consacré aux malaises de la profession :

Marie-Caroline Meijer