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Maître Dupond-Moretti: "on ne peut plus faire notre métier aujourd'hui"

Maître Éric Dupond-Moretti, avocat de la famille de Rémi Fraisse

Maître Éric Dupond-Moretti, avocat de la famille de Rémi Fraisse - BFMTV et RMC

Éric Dupond-Moretti fait partie des trois avocats qui défendent le bâtonnier d'Amiens, Hubert Delarue. Ils ont porté plainte contre X pour violation du secret de l'instruction, mercredi, une semaine après une perquisition à son cabinet à Amiens,  par le juge Gentil. Éric Dupond-Moretti était, ce jeudi matin, l'invité de BFMTV et RMC.

L'avocat Eric Dupond-Moretti était l'invité, jeudi matin de BFMTV et RMC. Au menu: une violente charge contre plusieurs magistrats dont le juge Gentil, le lancement d'une pétition pour la défense des droits des avocats, et l'affaire Rémi Fraisse. Voici l'essentiel de son interview:

#Coup de gueule: "ras-le-bol de certains juges"

"On en a ras-le-bol de la manière dont certains juges traitent les avocats", a expliqué Maître Dupond-Moretti, jugeant que désormais, dans n'importe quelle affaire, le cabinet des avocats peut être perquisitionné.

L'avocat et deux de ses confrères, Hervé Temime et Pierre Haïk, défendent l'avocat Hubert Delarue et ont porté plainte dans l'affaire de la perquisition du cabinet de ce dernier, à Amiens, par le juge Gentil.

Le 5 novembre le cabinet amiénois d'Hubert Delarue a, en effet, été perquisitionné "dans le cadre d'un dossier actuellement instruit par Monsieur Gentil, juge d'instruction près le tribunal de grande instance de Lille des chefs de faux et usage de faux", selon le texte de la plainte.

"Au cours de cette perquisition, des journalistes de Radio France Picardie ont appelé le bâtonnier Delarue et certains de ses collaborateurs afin de savoir si "se déroulait actuellement une perquisition au sein de son cabinet", détaille la plainte.

"Qui les a prévenus?", s'est interrogé, sur BFMTV, Maître Dupond-Moretti. "C'était pour nuire à l'avocat!"

"Il y a une bande de juges qui se sont affranchis des règles. Il faut que la loi leur rappelle que le cabinet d'un avocat est inviolable dans son exercice professionnel", a-t-il martelé, estimant: "aujourd'hui, on ne peut plus faire ce métier". 

#L'annonce: une pétition des avocats pour François Hollande

Ces trois avocats pénalistes ont également lancé, mercredi, une pétition en soutien à Hubert Delarue, réclamant une loi qui renforcerait la protection du secret professionnel.

Une première pétition sur le même thème avait été lancée par l'Association des avocats pénalistes, début mars, en réaction à des perquisitions réalisées au domicile et au cabinet de Me Thierry Herzog, conseil de Nicolas Sarkozy. Elle avait réuni un peu plus de 3.000 signatures.

Hubert Delarue a lui adressé une lettre ouverte à la garde des Sceaux, dans laquelle il explique que cette perquisition serait liée à une fausse promesse d'embauche que l'avocat aurait transmise à un juge pour obtenir la remise en liberté de l'un de ses clients prévenus. La justice chercherait à déterminer si Me Delarue s'est rendu complice de cette manoeuvre, quand lui assure avoir agi en toute bonne foi, sans savoir qu'il s'agissait d'un faux document.

"Je devrais en rire (...), mais d'un seul coup, l'affront passé, j'ai presque envie de pleurer. Et si c'était simplement indigne? Ainsi va aujourd'hui la justice de mon pays", écrit l'avocat à la garde des Sceaux.

La pétition, elle, sera adressée au président de la République, avec l'exigence d'encadrer enfin par la loi la protection de notre secret professionnel, qu'il s'agisse des écoutes téléphoniques, des saisies de documents confidentiels et des perquisitions. "Aujourd'hui, certains juges bouffent de l'avocat, comme autrefois, on bouffait du curé", a encore regretté Maître Dupond-Moretti. "Les avocats ne sont pas assez protégés. Pourtant ces libertés (comme celles du secret professionnel avocat-clients) sont essentiels à notre démocratie", a-t-il conclu. 

#L'affaire en cours: la famille de Rémi Fraisse fait appel à Dupond-Moretti

Par ailleurs, les parents de Rémi Fraisse, jeune de 21 ans mort le 26 octobre dernier sur le site du barrage de Sivens, ont décidé de faire appel à Éric Dupond-Moretti. "On a raconté des choses inexactes sur ce gosse. Par exemple: sa musette qui aurait contenu un explosif, ce sac qui aurait disparu. C'est complètement bidon. Il était botaniste, pas un casseur", a expliqué Maître Dupond-Moretti.

Mais "le temps de la vérité judiciaire n'est pas venu", a-t-il ajouté, tout en disant ne pas comprendre le silence du ministre de l'Intérieur, pendant 48 heures après cette affaire.

https://twitter.com/helenefavier Hélène Favier Rédactrice en chef adjointe BFMTV