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Les urgences à bout de souffle: quelles sorties de crise possibles?

Le couloir du service des urgences du CHU de Fort-de-France en Martinique (Photo d'illustration).

Le couloir du service des urgences du CHU de Fort-de-France en Martinique (Photo d'illustration). - PATRICE COPPEE / AFP

Les annonces gouvernementales de juin dernier n'ayant pas convaincu, le personnel des urgences est de nouveau mobilisé dans plus de 200 services partout en France afin de maintenir la pression sur le gouvernement. Alors que le mouvement continue de prendre de l'ampleur, comment Agnès Buzyn peut-elle régler la crise des urgences?

Entamée mi-mars, la grève des urgences s'intensifie. En ce début du mois d'août, 213 services sont toujours mobilisés sur l'ensemble du territoire pour protester contre le manque de moyens face à l'engorgement des urgences, alors que la fréquentation des services a doublé en dix ans. Plus de 21,4 millions de passages y ont été recensés en 2017, un chiffre en hausse de 2,1% sur un an.

Inédit par son ampleur, le mouvement démarré mi-mars à Paris après une série d'agressions n'a cessé de s'étendre. Le personnel des urgences réclame 10.000 emplois supplémentaires, une augmentation de salaire de 300 euros et l'arrêt des fermetures de lits dans les hôpitaux. 

En juin dernier, la ministre de la Santé Agnès Buzyn avait tenté d'apaiser la colère des urgentistes en leur allouant 70 millions d'euros de mesures: une enveloppe censée servir à revaloriser la prime de risque du personnel hospitalier. Mais un mois plus tard, les annonces ne sont pas jugées à la hauteur des attentes. Alors, quels remèdes pour résoudre cette crise des urgences?

Un mouvement "qui dure malgré les vacances"

"Il y a une réelle souffrance qui n'a pas été entendue par les pouvoirs publics. Le gouvernement n'a pas compris que c'était quelque chose d'éminemment politique", a regretté Patrick Pelloux, président de l'association des médecins urgentistes de France (AMUF) mercredi sur notre antenne. "Cet argent n'était pas suffisant pour remplir tout le déficit qu'il y a" dans les hôpitaux français. 

Selon lui, la grève des urgentistes s'inscrit dans "un mouvement de fond qui rejoint le mouvement des gilets jaunes". "Je crois qu'il y a un changement radical des conflits sociaux: nous ne sommes plus sur des schémas classiques avec des grèves 'pépères' de type 'manifestation, négociation, et on s'en va'. Là c'est un conflit profond, un mouvement social structuré, qui réfléchit et qui dure malgré les vacances. Les trêves de juillet-août, c'est terminé", vitupère Patrick Pelloux.

Apporter des réponses "sur mesure"

Après la manifestation du 2 juillet dernier au cours de laquelle certains grévistes se sont injecté de l'insuline, une nouvelle manifestation d'ampleur nationale semble peu probable en plein été. Plusieurs milliers de personnes ont néanmoins défilé ce jeudi dans les rues de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), au départ du centre hospitalier, répondant à l'appel de la mobilisation générale lancé par une dizaine d'organisations syndicales.

D'autres "opérations coup de poing" pourraient cependant avoir lieu localement, comme l'avait prédit Christophe Prudhomme auprès de notre antenne. La ministre de la Santé avait par exemple été chahutée par des manifestants le 12 juillet dernier dans les couloirs des urgences de La Rochelle.

Face à l'ampleur de ce mouvement qui grandit, la ministre de la Santé a tenté de désamorcer le conflit ce jeudi face à la presse. Agnès Buzyn a déclaré vouloir "trouver des solutions sur mesure pour chaque territoire". Elle estime que les revendications exprimées par les différents hôpitaux sont "variées" et qu'il est donc nécessaire d'apporter des solutions différentes à chacun.

"Dans certains cas c'est du personnel paramédical manquant, dans d'autres cas des postes sont ouverts mais ils n'arrivent pas à recruter, d'autres encore mettent en avant la vétusté des locaux", a plaidé la ministre en déplacement dans les Yvelines.

Une rentrée sociale mouvementée ?

C'est ce que la ministre de la Santé avait tenté de faire en juin dernier, en débloquant d'importants moyens en Île-de-France pour éteindre la grève. L'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) avait offert de créer 230 postes dans ses 25 services d'urgences, tandis que l'Agence régionale de santé (ARS) avait proposé "un contrat d'objectif 'zéro brancard' dans les couloirs" avec "une incitation financière" à la clé pour les hôpitaux concernés.

Face à ces annonces, un syndicaliste interrogé par l'AFP avait reconnu qu'il y avait "des avancées" lors de la manifestation du 2 juillet dernier, déplorant qu'il n'y en ait pas "sur le plan national".

Les syndicats espèrent étendre le mouvement à l'ensemble du monde hospitalier, notamment aux médecins, à la rentrée prochaine afin de peser sur le prochain budget de la Sécurité sociale. Christophe Prudhomme, délégué CGT/urgentiste, envisage déjà "une journée d'action le 11 septembre" "pour pousser le ministère à faire quelque chose". La ministre de la Santé Agnès Buzyn a d'ores-et-déjà fait savoir qu'elle rencontrerait les services d'urgences au mois de septembre prochain. 

Jeanne Bulant