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Les gummies, ces compléments alimentaires aux airs de bonbons

Les gummies, ces compléments alimentaires aux airs de bonbons

Les gummies, ces compléments alimentaires aux airs de bonbons - -

Des petites gommes sucrées et fruitées pour favoriser la croissance des cheveux, lutter contre le stress ou avoir un meilleur sommeil. Les gummies sont-ils le nouvel aliment santé?

Elles ont la couleur, la texture, la forme et jusqu'au goût d'un bonbon mais sont officiellement présentées par leurs fabricants comme des compléments bien-être ou beauté. Les gummies - ces compléments alimentaires nouvelle génération conditionnés sous forme de gommes - ont conquis le marché français. Avec l'ambition de renouveler le genre en faisant du complément alimentaire un produit ludique et appétissant.

Car le marché est en pleine croissance (+3% globalement, dans le détail +12% pour la vente en ligne) et a enregistré en 2018 près de 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires, selon le Syndicat national des compléments alimentaires. Le plus souvent colorées, sucrées, fruitées ou aromatisées, parfois en forme d'étoile ou d'ourson, au premier coup d'œil, ces petites gommes ressemblent davantage à une confiserie qu'un produit de pharmacie.

"Coup de boost immédiat" et "cure détoxifiante"

Venues des États-Unis où certaines stars en font la promotion sur les réseaux sociaux, ces gummies se proposent de soulager les petits maux du quotidien. Faciliter le sommeil, renforcer les défenses immunitaires, stimuler la croissance des cheveux, entretenir sa peau ou donner un "coup de boost immédiat", certaines ont également vocation à brûler les graisses quand d'autres se veulent anti-stress.

Souvent présentées comme naturelles, ou encore sans gluten, sans colorants ou arômes artificiels, 100% française mais aussi eco-friendly et enrichies en vitamines, ces gummies s'érigent en nouveaux produits santé. Une marque les met d'ailleurs en avant en tant que "cure détoxifiante", une autre comme "programme bien-être".

David Gueunoun, fondateur de l'entreprise Les Miraculeux qui propose une gamme variée de gummies, assure pour BFMTV.com que ces nouveaux produits représentent un bon moyen pour que les consommateurs aillent au bout de leur cure.

"Huit personnes sur dix qui commencent une cure de compléments alimentaires ne vont pas au bout. Ils ne bénéficient donc pas de tous leurs bienfaits et en plus, c'est de l'argent jeté par les fenêtres. En mettant du goût, de la couleur et en en faisant quelque chose de positif, cela renverse la tendance. Neuf de nos consommateurs sur dix finissent leur cure."

Trop de sucre?

Pour leurs détracteurs, le principal problème de ces gummies, c'est leur composition. En se penchant sur la liste de leurs ingrédients, on constate en effet que le sucre arrive en tête. Et sous toutes ses formes: sirop de blé, sucre de canne, sirop de glucose ou encore fructo-oligosaccharides. Le sucre représente ainsi les deux à trois ingrédients principaux du produit fini.

Laurence Plumey, médecin-nutritionniste et fondatrice d'EPM nutrition - École de nutrition et de napso-thérapie - qui ne se prononce pas quant à l'efficacité de ces compléments, estime que la présence de sucres dans de telles proportions demeure problématique. "On ne peut pas à la fois être un bonbon et un produit santé", pointe-t-elle pour BFMTV.com. Car pour cette professionnelle de santé, ces gummies pourraient entraîner une surconsommation de sucres et inciter au grignotage.

"Cela représente un apport en sucre non négligeable et surtout cela brouille le message. Dans l'absolu, je n'ai rien contre ces compléments mais il faudrait qu'il n'y ait que très peu voire pas du tout de sucre, ou alors des édulcorants. Un complément alimentaire ne doit représenter aucun inconvénient pour la santé."

Un argument que balaie David Gueunoun, des Miraculeux. "Dans deux gummies, vous avez 15 calories, c'est l'équivalent en sucre d'un quartier de pomme. Sachant qu'on consomme en moyenne 2000 calories par jour, vous ne risquez pas l'hyperglycémie avec nos produits. "

De possibles surdosages?

En plus d'une éventuelle surconsommation de sucres, ces gummies avalées en trop grandes quantités pourraient-elles entraîner un surdosage? C'est la crainte d'Anthony Berthou, nutritionniste spécialisé en micronutrition, qui s'inquiète pour BFMTV.com des possibles interactions non maîtrisées.

"Imaginons une personne qui prend des gummies pour favoriser la croissance de ses cheveux, mais aussi pour stimuler ses défenses immunitaires et pour lutter contre les effets du vieillissement. On pourrait se retrouver avec un effet cocktail."

Il cite notamment l'exemple du zinc, souvent présent dans les gummies à destination du soin des cheveux. Selon lui, les produits sont rarement assez dosés pour être véritablement efficaces - à partir de 10 à 15 mg - mais pourraient, avec l'association de plusieurs produits, dépasser les 40 mg - dose quotidienne maximale à ne pas dépasser, rappelle le dictionnaire médical Vidal.

David Gueunoun, des Miraculeux, s'en défend. "Ce sont des pharmaciens qui ont mis au point nos produits, ajoute-t-il. Ce sont des compléments alimentaires sérieux avec les mêmes actifs, les mêmes dosages, les mêmes procédés de fabrication, ils sont soumis aux mêmes contraintes et à la même réglementation que les compléments alimentaires traditionnels." Mais il reconnaît que la forme est nouvelle et "bouscule" le marché.

Des risques pour la santé

Pourtant, la consommation de certains de ces gummies ne serait en effet pas sans risque sur la santé. L'été dernier, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) déconseillait aux femmes sous contraception orale de consommer certaines de ces gommes, notamment capillaires, suspectées d'être liées à plusieurs signalements d'hépatites aiguës sévères.

L'Anses recommandait également d'éviter "des prises multiples, prolongées ou répétées au cours de l'année de compléments alimentaires sans avoir pris conseil auprès d'un professionnel de santé", d'être "très vigilant vis-à-vis des allégations abusives" et de faire attention "quant à l'achat de produits vendus dans les circuits non traditionnels".

Les fabricants indiquent pour leur part aux consommateurs de respecter la posologie - souvent deux gummies par jour pendant une durée limitée - et émettent également des restrictions, notamment pour les enfants, les femmes enceintes, allaitantes ou les malades de la thyroïde.

Pour quelle efficacité?

Mais pour le nutritionniste Anthony Berthou, le problème reste entier. Il dénonce également l'effet inverse et la présence en trop faible quantité de certains principes actifs pour avoir de véritables effets. Il évoque ainsi l'aubépine, utilisée dans les produits contre le stress.

"Pour absorber la quantité nécessaire afin d'obtenir une réelle efficacité, il en faut vraiment beaucoup. Je doute que ce soit le cas. Autre exemple avec la valériane, très intéressante pour lutter contre l'anxiété ou les troubles du sommeil mais très amère. Si ça marche très bien en gélule à avaler, en gummies, il paraît évident que cela posera un problème de goût. Or, ces produits ont aussi un objectif d'appétence."

David Gueunoun, le fondateur des Miraculeux, assure quant à lui "ne pas avoir honte" de ses produits. "C'est vrai qu'on a moins de place qu'une gélule traditionnelle pour incorporer les différents composants. C'est pour cela qu'on se refuse de faire ce qu'on ne sait pas faire." Comme les compléments alimentaires à base de magnésium ou de calcium qui ne seraient pas aussi efficaces sous forme de gummies. "Ceux qui disent que nos produits sont sous-dosés n'ont pas regardé leur formule."

Au-delà de la question de l'efficacité de ces produits, le nutritionniste Anthony Berthou craint cependant qu'ils ne biaisent l'image du complément alimentaire. "En en faisant une pseudo-gourmandise, ça enlève tout le sens du complément alimentaire qui, bien composé et bien utilisé, a de réels bienfaits."

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois-Alaya Journaliste BFMTV