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La réalisatrice Ovidie dénonce les dérives de la lutte contre la prostitution en Suède

Une manifestation contre la loi pénalisant les clients des prostitué.e.s en France le 8 avril 2017 à Paris.

Une manifestation contre la loi pénalisant les clients des prostitué.e.s en France le 8 avril 2017 à Paris. - Zakaria ABDELKAFI / AFP

Dans un documentaire diffusé ce mardi soir sur Arte, la réalisatrice et ex-actrice porno mène un réquisitoire contre la politique suédoise qui pénalise les clients des prostituées. Elle s'appuie pour cela sur le meurtre d'Eva-Marree, tuée en 2013 par le père de ses enfants à qui on avait confié leur garde.

Dans un documentaire diffusé ce mardi soir à 23h50 sur Arte, la réalisatrice Ovidie dénonce les dérives de la politique suédoise en matière de lutte contre la prostitution. Dans Là où les putains n'existent pas, d'ores et déjà disponible sur le site d'Arte, elle offre un réquisitoire contre la volonté de l'Etat suédois d'"éradiquer la prostitution" selon ses mots, en se basant sur le meurtre d'Eva-Marree. Le 11 juillet 2013, la jeune femme de 27 ans a été poignardée à plus de 30 reprises par le père de ses deux enfants dans les bureaux des services sociaux. 

"Ce crime est l'aboutissement d'un cauchemar qui a commencé trois ans plus tôt, après que la jeune femme, ayant quitté son compagnon pour violences conjugales répétées, et ne sachant comment subvenir aux besoins de la famille, a confié à une proche avoir travaillé comme escort-girl. Sur simple dénonciation, Eva-Marree se voit retirer sa fille et son fils, alors âgés de 1 et 2 ans, sans discussion ni enquête préalables, les services sociaux en attribuant la garde exclusive à leur père, un homme dont ils avaient pourtant eux-mêmes diagnostiqué la violence", décrit la réalisatrice sur le site d'Arte.

Eva-Marree Smith Kullander
Eva-Marree Smith Kullander © Capture d'écran Arte

Le "modèle suédois" s'est exporté jusqu'en France

La Suède a été le premier pays "à sanctionner les clients de prostituées" en 1999 et "exporte son modèle", souligne Ovidie. La France a également interdit "l'achat d'actes sexuels" en avril 2016 à la suite de la Norvège, l'Islande et le Royaume-Uni.

"Le cas de Eva-Marree est emblématique du fait qu'en Suède, on préfère confier des enfants à un homme violent, toxicomane et assassin plutôt qu'à une pute, soi-disant au nom de la protection de l'enfance et du droit des femmes", accuse-t-elle. "Je trouve que cela en dit long sur la conception de ce que doit être la maternité, la parentalité", ajoute-t-elle.

La réalisatrice précise que les services sociaux, sollicités pour le tournage du documentaire, ne lui ont jamais répondu, ni aux avocats de la famille d'Eva-Marree.

Tuée lors de la première visite autorisée

Après l'échec de plusieurs recours en justice et l'abandon de son activité de prostituée, qui n'a duré que deux semaines, Eva-Marree était devenue l'une des porte-parole du syndicat suédois des travailleurs du sexe. La jeune femme de 27 ans avait finalement obtenu un droit de visite de ses enfants quand, au premier rendez-vous, son ex-compagnon l'a assassinée.

Les parents d'Eva-Marree, eux-mêmes privés du droit de visite de leurs petits-enfants, ignorent tout de leur sort. Le père meurtrier, qui purge une peine de 18 ans de prison "lui, conserve son autorité parentale", s'indigne Ovidie.

Eva-Marree Smith Kullander
Eva-Marree Smith Kullander © Capture d'écran Arte
Charlie Vandekerkhove avec AFP