BFMTV

La circulation alternée est-elle efficace?

La circulation alternée sera prolongée jeudi pour la troisième journée consécutive à Paris et en banlieue, et sera mise en place vendredi dans la région lyonnaise. Mais en Ile-de-France, des pannes SNCF ajoutées à des consignes peu suivies conduisent à s'interroger sur la pertinence de cette mesure exceptionnelle.

La circulation alternée sera prolongée jeudi pour la troisième journée consécutive à Paris et en proche banlieue, une première, même si l'impact de cette mesure a été amoindri par les automobilistes, qui ont peu respecté la consigne visant à réduire un pic de pollution hivernal inédit depuis 10 ans.

De plus, le dispositif inclut de nombreuses dérogations, au point que le cumul de bouchons sur les routes était de nouveau très important ce mercredi, tandis que plus de 4.000 infractions ont été constatées. Le trafic s'est trouvé réduit de seulement 5% à 10% par rapport à une journée habituelle, selon Airparif.

Lyon et Villeurbanne mettront également ce dispositif en place à partir de vendredi, et ce pour la première fois alors que Grenoble, Rouen, Dunkerque, Calais, Lille, ainsi que les zones urbaines des pays de Savoie, sont concernées par cet épisode de pollution aux particules inhabituellement important.

Un record depuis 10 ans

A Paris, "on est sur un épisode record depuis dix ans", a indiqué Karine Léger, porte-parole d'Airparif. Jeudi, l'organisme de surveillance de la qualité de l'air de la région parisienne prévoit encore un "possible dépassement du seuil d'alerte" (soit plus de 80 microgrammes/m3 de particules). Le 1er décembre a même battu un record, avec des concentrations de particules à 146 microgrammes/m3.

Jeudi, ce sera de nouveau au tour des voitures aux plaques paires de pouvoir prendre la route. Mais alors que la région Ile-de-France avait décidé de la gratuité des transports en commun, deux événements sont venus enrayer l'efficacité de cette mesure. Mardi, la suspension de la circulation du RER B entre Paris et Roissy, puis l'interruption mercredi du trafic en gare du Nord, ont provoqué l'exaspération de nombreux voyageurs.

Pécresse dénonce le manque d'investissements sur les infrastructures

A tel point que la présidente LR de la région, Valérie Pécresse, a demandé la fin de la circulation alternée, mise en œuvre pour la quatrième fois en 20 ans. Valérie Pécresse demande également à la SNCF de "mettre en place des bus de substitution pour assurer la liaison entre Paris et le Nord de l'Ile-de-France et permettre aux Franciliens de rentrer chez eux ce soir", et "d'accroître les liaisons en bus entre Paris et les aéroports de Roissy".

La présidente de région, également présidente du Syndicat des transports d'Ile-de-France (Stif), assure que "cette situation est le résultat d'un sous-investissement chronique de l'Etat", et "renouvelle très solennellement sa demande au gouvernement d'accélérer les investissements prévus pour la régénération des infrastructures ferroviaires à hauteur de 800 millions par an et de recruter les personnels nécessaires pour mener ces travaux".

L'urgence sanitaire

Mais c'est surtout la pollution de fond qui préoccupe les médecins, celle qui expose encore un Parisien sur deux, tout au long de l'année, à des niveaux supérieurs à la réglementation en vigueur. Certes, la situation s'est améliorée: en 2007, 9 Parisiens sur 10 étaient concernés par cette surexposition. Depuis, des progrès ont été réalisés, notamment dans le secteur de l'industrie.

Pour autant, la pollution de l'air reste à l'origine de 42.000 décès prématurés par an dans le pays, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Les particules provoquent notamment des affections respiratoires mais aussi des cancers, tout comme le dioxyde d'azote (NO2), qui a aussi connu une poussée cette semaine.

Samuel Auffray avec AFP