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Incendies: qu'est-ce que le "retardant" largué par les bombardiers d'eau?

Un tracker répand un retardant.

Un tracker répand un retardant. - Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Il est incontournable dans la lutte contre les incendies, comme ceux qui ont commencé à ravager il y a quatre jours le sud de la France. Le "retardant" permet aux pompiers de freiner l'avancée des flammes.

C'est une nappe ocre, parfois violette, qui tombe des soutes des avions "trackers" pour s'abattre sur les forêts en feu. Ces derniers jours, dans les incendies qui ont ravagé la Corse et le Sud-Est, cette scène s'est souvent répétée. Ce liquide de couleur qu'on répand sur le feu est l'un des plus précieux alliés des pompiers dans leur lutte contre les flammes. Il s'agit du "retardant". 

Un vernis protecteur

Le "retardant" est un concentré liquide qu'on ajoute en fait à une dose d'eau largement majoritaire, explique France 3 PACA qui en a étudié la composition, d'ailleurs fixée par un brevet en bonne et due forme. Il faut ainsi quatre cinquièmes d'eau et un cinquième de "retardant". Ce dernier, à strictement parler, est élaboré ainsi. Il combine du sel ignifugeant (du phosphate d'ammonium, plus précisément), un "épaississant" (de la gomme ou de l'argile), quelques composants de moindre importance et de l'oxyde de fer qui agit en fait comme colorant. C'est en effet cet élément qui donne à l'ensemble sa teinte rougeâtre. 

Et il ne s'agit pas là d'une coquetterie des sapeurs. La couleur permet aux soldats du feu de repérer au premier coup d'œil les zones qui ont déjà reçu ce vernis protecteur et, par contraste, celles sur lesquelles le liquide n'a pas encore été déversé et qui menacent donc d'autant plus de se laisser envahir par les flammes. 

Des produits biodégradables

Mais l'élément-clé de ce cocktail chimique est le phosphate d'ammonium. En tant que sel ignifugeant, il entrave la décomposition de la cellulose au coeur des végétaux. Par conséquent, la température de combustion augmente. Au lieu d'une température de 300°c, il faudra un coup de chaud atteignant les 700°c pour que les plantes et les arbres commencent à flamber. 

Dans cet article, un pompier en dit plus long sur l'utilisation du "retardant". Ainsi, il précise qu'il importe d'en répandre un tiers sur les flammes et deux tiers sur la végétation encore intacte. Cette formule est plus efficace, dans la mesure où l'action du "retardant" n'est pas instantanée. Enfin, le "retardant" n'est pas un bien pour un mal. Si on pourrait craindre que sa chimie soit néfaste à long terme sur la nature préservée du feu, il n'en est rien. Les produits qui le composent sont biodégradables et sont même réputés encourager la reconstitution de la flore. En revanche, la couleur colle longtemps aux feuillages des végétaux. 

Robin Verner