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Horaires décalés: un vieillissement cognitif accéléré mais réversible

Des bureaux allumés à Moscou, en octobre 2013.

Des bureaux allumés à Moscou, en octobre 2013. - Vasily Maximov - AFP

Dix ans de travail en horaires décalés font vieillir le cerveau de 6,5 ans de plus que chez un travailleur à heures fixes. Un écart important, certes, mais pas irréversible. Explications.

Se lever au milieu de la nuit pour aller au boulot n'a rien d'une sinécure, et votre cerveau en conserve les stigmates. Le vieillissement du cerveau est en effet plus rapide chez les personnes qui ont travaillé en horaires décalés, confirme une étude franco-britannique publiée lundi dans Occupationnal and Environmental Medicine

Les chercheurs, sous la houlette de Jean-Claude Marquié, ont observé 3.232 salariés et retraités du sud de la France entre 1996 et 2006. Le taux de participation s’est élevé à 76%. Les sujets, âgés de 32, 42, 52 et 62 ans au début de l'étude, travaillaient dans divers secteurs et la moitié d’entre eux ont travaillé en horaires décalés pendant au moins 50 jours par an. Un cinquième travaillait en alternant les horaires de matin, d’après-midi et de nuit.

Un écart cognitif de 6,5 ans

Tous ont été soumis à des tests neuro-psychologiques en 1996, 2001 et 2006, afin de mesurer leur mémoire, leur capacité d’attention et leur vitesse de réaction. Constatant qu’on connaissait bien les effets des horaires décalés sur les rythmes circadiens, les problèmes de santé de type ulcères, maladies cardio-vasculaires, cancers, obésité, troubles de la reproduction… l’étude a cherché à en savoir plus sur les conséquences à long terme sur les capacités cognitives et leur possible réversibilité.

Or ceux qui avaient eu un poste en rotation sur différents horaires pendant dix ans ou plus, présentaient un déclin cognitif nettement plus rapide, équivalent à 6,5 ans de plus que les autres.

Un impact réversible

D’après l’étude, l'impact sur la réactivité cérébrale persiste pendant au moins cinq ans après l’arrêt du poste. Mais bonne nouvelle: il est réversible.

Interrogé par la BBC, le docteur Michael Hastings, du laboratoire de biologie moléculaire au UK Medical Research Council, se montre très enthousiaste à ce sujet: "la réversibilité est une conclusion très excitante parce que personne d'autre ne l'avait démontrée et peu importe à quel point une personne est atteinte, il y a toujours un espoir de rétablissement", se réjouit-il.

Un suivi médical personnalisé

Pour limiter ces effets cognitifs, une organisation du travail repensée et une surveillance médicale personnalisée doivent être mis en place, suggère l'étude. "La déficience cognitive observée dans la présente étude peut avoir des conséquences importantes sur la sécurité non seulement pour les individus concernés, mais aussi pour la société dans son ensemble, étant donné le nombre croissant d'emplois haut risque qui sont effectués la nuit", mettent en garde les auteurs. En 2012, on estimait à 3,5 millions le nombre de Français qui travaillaient la nuit.

Ces travaux d’ampleur, qui portent sur un large panel et sur une longue durée, devront encore être confirmés par des études complémentaires. La grande variabilité des résultats en fonction des personnes et les modifications cérébrales en jeu sont encore mal expliquées.

Aurélie Delmas