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Grève générale: Guyane et Guadeloupe, même combat?

Si en Guadeloupe et en Guyane, les revendications divergent, les maux semblent les mêmes.

Si en Guadeloupe et en Guyane, les revendications divergent, les maux semblent les mêmes. - -

Cette semaine, les syndicats guyanais ont voté une grève générale. Au cœur de leurs préoccupations, l’insécurité. Il y a huit ans, une grève similaire avait paralysé la Guadeloupe durant 44 jours, en protestation contre le coût de la vie, principalement. Si les revendications divergent, les maux semblent les mêmes.

C’était le 20 janvier 2009. Une grève générale débutait en Guadeloupe à l’initiative du LKP ("collectif contre l’exploitation outrancière"), huit ans avant celle qui vient de commencer en Guyane. Au cœur des préoccupations à l’époque, le coût trop élevé de la vie et le monopole économique et financier régnant dans l’archipel. Autour de son porte-parole emblématique Elie Domota, le LKP, regroupant une cinquantaine d’organisations syndicales, politiques, associatives et culturelles de l’île, établissait un cahier de 146 revendications parmi lesquelles une revalorisation de 200 euros des plus bas salaires.

Des revendications qui divergent

Les Guyanais, eux, réclament plus de sécurité, une amélioration des conditions sanitaires, des efforts dans l’éducation, et un pacte d’avenir qui pourrait permettre au département de sortir du marasme économique dans lequel il se trouve. Ce pacte comprend un rééchelonnement d’un an pour le RSA et la cession par l’Etat de 200.000 hectares de foncier pour les communes et la collectivité territoriale. Mais la promesse faite par François Hollande date de 2013 et n’a pour l’instant pas été signée.

Si les revendications divergent, les maux semblent les mêmes. En 2008, année précédant la grève générale en Guadeloupe, le taux de chômage atteignait 22,8% dans ce département d'outre-mer. Cinquante-deux homicides y avaient été recensés, ce qui en faisait le département le plus meurtrier de France. Quant au panier de consommation de référence, il coûtait 16% plus cher qu’en métropole. En Guyane en 2016, les chiffres sont sensiblement les mêmes. Le chômage a atteint 22,8% contre 9,9% dans l’Hexagone. 42 homicides ont été commis, ce qui fait à son tour de la Guyane le département le plus meurtrier de France, tandis que le panier de consommation de référence y est également 16% plus cher.

Des maux similaires

Un taux de chômage plus de deux fois supérieur à celui de la métropole, une insécurité galopante: "les racines du mal sont les mêmes", assure Elie Domota au Huffington Post ce lundi, tout comme les méthodes de protestation. Au plus fort du mouvement en 2009 en Guadeloupe, les manifestations avaient regroupé jusqu’à 60.000 personnes pour une île qui en compte un peu plus de 400.000, un record. Tout comme en Guyane, ce mardi, où près de 10.000 personnes sur les 250.000 habitants du département ont manifesté. "La plus grosse manifestation jamais organisée sur le territoire", de l’aveu même de la préfecture. En plus de ces manifestations de masse, les hommes du LKP en Guadeloupe, comme les "500 frères" en Guyane poussent les commerçants à fermer boutique "par solidarité".

Et comme en Guyane cette année, les représentants du gouvernement avaient pris beaucoup de temps à arriver en Guadeloupe. Si Matthias Fekl, ministre de l’Intérieur et Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, sont arrivés en Guyane au quatrième jour de grève générale, Yves Jégo, alors secrétaire d’État à l’Outre-mer, avait pris près de deux semaines avant de se rendre sur l’île, avant d'en repartir quelques jours plus tard, le 10 février. Pour le Premier ministre de l’époque François Fillon, "l’Etat ne pouvait se substituer aux partenaires sociaux".

Après que la Guadeloupe avait sombré dans la violence avec la mort d’un syndicaliste, les partenaires sociaux étaient parvenus à un protocole d’accord, prévoyant notamment une hausse de 200 euros des plus bas salaires.

Mais huit ans plus tard en Guadeloupe, rien n’a réellement changé. Le chômage y a atteint 24% en 2016, tandis que 45 homicides ont été dénombrés l'année d'avant. De nouveau, la Guadeloupe était le département le plus meurtrier de France.

Boris Courret