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Gisors: double meurtre et tentative de suicide sur fond d'inceste

Le garage "Tenzo autos" où se sont déroulés mardi soir le double meurtre et la tentative de suicide.

Le garage "Tenzo autos" où se sont déroulés mardi soir le double meurtre et la tentative de suicide. - Google Street view

Un père incestueux, condamné en 2012, a tué mardi sa fille et le garagiste qui l'hébergeait à Gisors dans l'Eure, avant de tenter de se donner la mort, a annoncé mercredi le parquet d'Evreux. Retour sur une histoire familiale particulièrement sordide.

Denis M., ce père incestueux qui a tué mardi soir un garagiste et sa propre fille à Gisors, a-t-il agi avec préméditation? La procureure de la République d'Evreux en est persuadée. "Son geste était préparé, car il a été implacable", statue la magistrate, employant le terme d'"exécution". Mais avant que l'irréparable ne soit commis, cette famille avait déjà eu affaire à la justice pour des faits d'inceste et de violences.

Un double homicide d'une rare violence

Retour sur les faits de mardi soir. Le drame s'est noué dans un garage de la zone d'activités de la commune, vers 19 heures. Venu du département limitrophe de l'Oise où il est domicilié, le meurtrier présumé, 52 ans, sorti récemment de prison après avoir été condamné en 2012 pour des viols sur sa fille, a fait irruption dans le garage, abattant aussitôt le garagiste avec une arme de petit calibre. La victime a succombé à une performation par balle du poumon.

Puis il a trouvé sa fille, âgée de 33 ans, aux commandes d'une dépanneuse, et lui a tiré une balle dans la tempe et dans l'épaule, la tuant sur le coup.

Son double meurtre commis, le père a retourné son arme contre lui. Transporté au Centre hospitalier universitaire de Rouen dans un état grave, il a été placé sous respirateur artificiel. "Il est en état de mort clinique", a indiqué à la presse la procureure Dominique Laurens.

Comment l'"inceste heureux" a conduit à un double homicide

"Quel gâchis. Je suis triste d’apprendre la mort de Virginie, qui était belle, intelligente. Mais, en même temps, je me dis que cette histoire, cette spirale infernale, ne pouvait que mal se terminer", résume maître Florence Danne-Thiefine, citée par le site 76actu.fr, l’avocate de Laurence M., mère de Virginie M. abattue par son père mardi soir.

En mai 2011, le procès des pratiques pédophiles et incestueuses des parents M. avait lieu devant les assises de l'Oise. Le père était accusé d'avoir violé ses deux filles et d'avoir "passé ses nerfs" sur ses deux garçons. Pour sa défense, il avait plaidé l'"acte consenti", aussi qualifié d'"inceste heureux". Ses filles violées dès l'âge de 15 ans avaient, à l'époque, reconnu être "amoureuses de leur père".

Mais ces arguments n'ont pas convaincu la cour, qui l'a condamné à 8 ans de prison, et la mère à 5 ans pour complicité. Au procès en appel, qui s'était tenu devant les assises d'Amiens en novembre 2012, la cadette, Betty, avait retiré toutes ses accusations, tandis que l'aînée, Virginie, assumait de vivre avec son père et d'avoir eu un enfant de lui. Denis M. avait alors écopé d'une peine de 5 ans dont deux ferme.

A sa sortie en 2012, le père s'installe son aînée, Virginie, et leur enfant âgé aujourd'hui de 13 ans, à la fois donc son fils et son petit-fils. Mais en 2014, Virginie tente d'échapper à son emprise en se réfugiant chez un garagiste de Gisors, qui l'employait et l'hébergeait. La suite est connue.

Une famille aisée où l'inceste faisait partie du quotidien

A l'époque du procès en appel, seule la mère, rongée par le remords, avait rejeté la thèse de "l'inceste heureux", ce qui lui avait valu d'être rejetée par le reste de la famille. Des détails sordides de la vie de cette famille aisée qui habitait dans une belle propriété de la région de Compiègne avec 5.000 mètres carrés de terrain, avaient été rapportés en 2012 par Europe 1.

Ainsi la fille cadette, elle aussi contrainte à des relations incestueuses avec son père, était "tombée enceinte trois fois". Deux grossesses s'étaient conclues par des IVG et une dernière par une fausse couche. Maître Hubert Delarue, défenseur de Denis M. lors du procès en appel, décrivait à l'époque cette situation comme relevant d'un "phalanstère post soixante-huitard, avec une très grande proximité des uns vis-à-vis des autres. C’était un peu le grand n’importe quoi".

Dans cette dérive, la mère qui sera donc ensuite rejetée, tenait un rôle central. Elle était ainsi "chargée de tenir un planning des relations sexuelles entre ses filles et son mari". Des filles qui assistaient aux ébats de leurs parents, y compris la dernière, âgée de cinq ans. Le Courrier Picard rapporte aussi les circonstances du premier rapport de l'aînée avec son père: "Maman a commencé une fellation à papa puis m’a demandé de finir", parlant en même temps dans une confusion morale certaine "d'acte d'amour".

David Namias