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Epargne : de l'or dans un coffre-fort... chez soi

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Face à la crise, certains Français n’ont plus confiance en leur banque. A tel point que les ventes de coffres-forts et d’or « explosent ».

Le contexte actuel a parfois des répercussions surprenantes. Ainsi depuis quelques semaines, de nombreuses sociétés spécialisées dans la vente de coffres-forts voient leurs ventes augmenter. Explication : certains particuliers ont pris peur et ne font plus confiance à leur banque, préférant mettre leurs économies chez eux, dans un coffre.

Déjà en 1981, après l'élection de Mitterrand

Chez Solon, une entreprise de vente de coffres-forts située dans le 11e arrondissement de Paris, le commercial Hugo explique que « la tendance c'est 30 à 40% de plus de clientèle "particuliers". Ils nous disent clairement qu'ils vident leurs comptes et leurs coffres de banque. Ils ont peur que leur banque ferme. Il y a une autre partie de la clientèle qui a peur que l'argent qu'ils ont à l'étranger soit vidé s'il y a une fermeture de la banque. La dernière fois qu'on a vu un affolement similaire, c'était dans les années 80 quand Mitterrand est arrivé au pouvoir. »

Les ventes de coffres-forts ont doublé en un an
A Marseille, Nicolas Risterucci, directeur de la société marseillaise HexaCoffre, relate la même tendance : « On a constaté que nos ventes de coffres-forts ont doublé en septembre 2008 par rapport à septembre 2007. Ça se voit en termes de chiffres mais aussi en termes de comportements : les particuliers, qu'ils aient des petits moyens ou des moyens plus élevés, ont la même méfiance vis-à-vis du système bancaire. » A ces nouveaux clients, il explique qu'il vend « le petit coffre (au alentours de 900 euros, ndlr) parce qu'il est certain que globalement les petits budgets sont plus nombreux. 10 000 euros dans un coffre, tout le monde ne peut pas les mettre ».

La ruée vers l'or ?
Autre tendance tout aussi révélatrice : de plus en plus d'épargnants cassent leur tirelire pour acheter des pièces ou des lingots d'or, traditionnelle valeur refuge. 157 euros le Napoléon (la pièce), 22 300 euros le lingot. En quelques semaines, le cours de l'or s'est envolé.

Reportage rue Vivienne, à Paris (dans le 2e arrondissement), où sont installées une douzaine d'officines spécialisées dans le métal précieux. Des « maisons » qui ne connaissent pas la crise. En effet, l'or a plus d'une qualité pour les épargnants qui n'ont plus confiance dans le système bancaire. Premièrement, une pièce ou un lingot peuvent être conservés et revendus des années plus tard, et dans le monde entier. De plus, l'or est un métal, c'est du concret : les Etats peuvent imprimer autant de billets de banque qu'ils veulent. Pour l'or, impossible d'en fabriquer plus qu'il n'en existe dans la nature. Donc les risques de dépréciation sont moindres. Enfin dernier avantage, la fiscalité. Elle est plutôt favorable depuis la réforme de 2006 : les plus-values sur l'or sont taxées à 27%, comme les actions, avec un abattement supplémentaire de 10% si on conserve l'or pendant au moins 3 ans.

Du jamais-vu depuis 30 ans

Patrick Merson dirige une maison d'achat et de vente d'or depuis 36 ans à Paris. Il vend plus d'or que d'habitude (des lingots, des pièces), et voit arriver chaque jour de nouveaux clients qui demandent des renseignements. Des crises, il en a vu plusieurs. Mais là, l'inquiétude des Français est sans précédent selon lui : « Les gens sont très inquiets, ils ne veulent pas placer pour gagner de l'argent mais placer pour sauvegarder leur argent. A la limite, un lingot qui vaut 22 300 euros, il vaudra 19 000 demain mais quelle importance ? Au moins il vaudra 19 000 alors qu'avec autre chose on ne sait pas où la baisse s'arrêtera. On sait que l'or peut baisser de 15 ou 20%, mais il restera quelque chose ».
Parmi cette clientèle récente, il voit « tous les profils. Vous avez le petit jeune qui vient acheter 1 000 ou 2 000 euros d'or car il a ça sur son livret d'épargne ou sur son compte courant et il a peur. Vous avez des gens qui ont de 20 à 40 000 euros et qui viennent acheter un ou deux lingots parce qu'ils ont peur de tout perdre. Je n'ai jamais ressenti une telle inquiétude depuis 30 ans. »

La rédaction avec Stéphanie Collié, Eric Chimot et Rémy Barret