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Universités: quel avenir pour l'enseignement de masse face au tirage au sort ?

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- - FREDERICK FLORIN / AFP

Face à l'arrivée croissante d'étudiants dans l'enseignement supérieur, certaines facultés se tournent vers de nouveaux modèles pour permettre à tous d'avoir accès à l'université. Hors de question pour ces universités de se résoudre à accepter un modèle de tirage au sort pour la sélection des étudiants.

Fin août, plus de 6000 étudiants fraîchement bacheliers n’avaient toujours pas d’affectation pour leur première année d’étude supérieure. Ce chiffre est 30% plus élevé qu’un an auparavant, à la même date. La faute à l’arrivée de 40.000 étudiants supplémentaires en 2017. Si une procédure complémentaire a été mise en place pour permettre aux étudiants de formuler leurs vœux jusqu’au 25 septembre, rien n’est assuré que ces 6.000 étudiants puissent accéder à une université, et encore moins dans la filière qu’ils désiraient au premier abord.

Plus de deux millions d'étudiants en France

Autre polémique cette année concernant l’enseignement supérieur, le tirage au sort. Cette année, pour la première fois, il a été autorisé pour les filières surchargées dans les universités. Notamment dans des filières comme le PACES (première année commune aux études de santé) et pour le STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives). Pourtant, le code de l'éducation mentionne que "Le premier cycle (licence) est ouvert à tous les titulaires du baccalauréat…".

C'est donc ce principe qui a permis la massification de l’enseignement supérieur depuis des années, avec aujourd’hui plus de deux millions d’étudiants à travers la France. Alors, que faire pour absorber une population estudiantine doublée en cinq ans en 1ère année, à moyens humains constants et sans extension de salles devenues trop petites ?

"L'amphi inversé", un nouveau modèle universitaire

À Grenoble, à l’annonce du tirage au sort pour l’entrée dans la filière Staps, l’université de Grenoble Alpes (UGA) peut se vanter d’accueillir toujours un nombre d’élèves conséquent dans cette filière, soit 1200 étudiants. La raison ? À Grenoble ou Valence, les deux antennes spécialisées en Staps pratiquent une nouvelle méthode nommée « l’amphi inversé » en première année.

« C’est un dispositif numérique qui supprime purement et simplement les cours magistraux en amphithéâtre » explique à l’AFP Henri Benoit, directeur des Staps jusqu’en janvier 2017.

Plus concrètement, les étudiants ont accès à une plateforme en ligne, accessible grâce à des codes personnels, sur laquelle toutes les ressources pédagogiques sont disponibles. On y trouve des cours magistraux préalablement enregistrés par pastille de dix minutes, des diaporamas commentés par le professeur, des vidéos 3D et interactives.

Des questionnaires et quizz tout au long du semestre

Pour vérifier que l’étudiant intègre les notions essentielles à sa formation, des questionnaires ponctuent le passage d’un chapitre à l’autre. Un forum est également mis à la disposition des étudiants pour organiser leurs travaux en groupe, ou pour poser des questions. Un professeur pourra alors répondre aux questions des étudiants, mais également accompagner « ces élèves qui pourraient réussir mais ont besoin d’être accompagnés », selon Henri Benoit.

Ce dispositif permet également de visualiser la fréquence de connexion des élèves et d’envoyer un avertissement si ces derniers ne se connectent jamais: « on lui envoie un mail pour lui dire de travailler, parce que le prochain examen du contrôle continu est la semaine suivante », raconte l’ancien directeur des Staps.

Une "transformation pédagogique radicale"

Cette « transformation pédagogique radicale », amorcée non sans certaines réticences, est née de la « crise » de 2014, durant laquelle les premiers tirages au sort avaient lieu. Un système contre lequel l’université de Grenoble était farouchement opposée.

Cet enseignement disponible sur Internet, et donc à distance, a longtemps été une solution mise de côté par l’institution universitaire. Pourtant, la FIED (Fédération interuniversitaire de l’Enseignement à Distance) assure que 35 universités sont adeptes de ce système à distance, soit 565 formations diplômantes, en formation initiale et continue, ce qui permettrait aux étudiants de pouvoir suivre une formation d’une université sans avoir à s’y rendre tous les jours. Un problème persiste: certaines facultés demandent aux étudiants de venir passer les examens de fin de semestre au sein de leurs locaux.

Une demande croissante de formation qui se poursuivra

Cette demande croissante de formation universitaire se poursuivra très certainement dans les prochaines années. Il est prévisible que le niveau de scolarisation et de qualification des étudiants continuera de s’accroître, notamment en raison des exigences de plus en plus élevées à l’embauche. 

Les transformations technologiques sont au premier plan de cette mutation entamée par l'université de Valence ou de Grenoble Alpes. Sans compter que l’idée d’une formation à distance est un modèle flexible qui permet aux personnes d’étudier ce qu’elles veulent quand elles le veulent, et à la vitesse désirée. 

S.Z avec AFP