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Seine-Saint-Denis : un collège commence l’année en déficit

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En Seine-Saint-Denis, un collège commence l’année avec un trou de 220 000 euros, soit le montant de son budget annuel. Le Conseil général dénonce « l’incompétence » de son ancien gestionnaire.

Pour les élèves du collège Rosa-Luxemburg d'Aubervilliers, l’année scolaire 2012-2013 ne sera pas celle du faste, mais plutôt du régime au pain sec. Ce collège de Seine-Saint-Denis a en effet débuté l’année avec un trou dans la caisse de 220 000 euros, soit la totalité de son budget annuel. Le personnel a cessé le travail vendredi dernier pour dénoncer la situation catastrophique dans laquelle se trouve l'établissement.

« On est au régime sec »

Le régime dure depuis déjà un an, quand la nouvelle direction a constaté le trou dans la comptabilité. Pendant cinq ans, aucun bilan de comptabilité n’a été tenu à cause d’une aberration administrative : le Conseil général a la gestion de l’établissement, mais l’agent comptable est un agent de l’Etat. Séverine Labarre, professeur de Français dans ce collège et déléguée syndicale du SNES (Syndicat National des Enseignants du Second degré), raconte les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien : « On est au régime sec. L’un a acheté son magnétophone pour passer ses cassettes en espagnol avec son argent, un autre du matériel en techno pour ne pas être cantonné qu’à la théorie avec ses classes, etc. On fonctionne avec des photocopies, des tableaux et des marqueurs. On ne peut se lancer sur aucun des projets sur lesquels on s’était engagés », regrette-t-elle.

« Aucun budget pour acheter des feutres ! »

« Ça a commencé dès le début de l’année, raconte Fabrice Egalice, un parent d’élève. De nombreux manuels n’ont pas pu être commandés car on n’avait pas le budget dans des matières aussi importantes que le Français ou les Mathématiques. Par exemple, une parent d’élève me disait qu’ils n’avaient aucun budget pour acheter des feutres ! Même des feutres ! ». Quant aux sorties, inutiles, évidemment, d’y penser. « Des voyages scolaires ont été annulés. On est quand même dans une ville défavorisée, donc une sortie culturelle est quand même un plus pour des enfants qui n’ont pas forcément cette occasion ».

« Plus dans l’incompétence que la malversation »

Mais comment ce collège a-t-il pu en arriver là ? Vice-président du Conseil général de Seine-Saint-Denis chargé de l’éducation, Mathieu Hanotin reconnaît qu’on est « plus dans l’incompétence que la malversation ». Dès l'ouverture du collège en 1997, les frais commencent. L’établissement doit accueillir des élevés handicapés, mais les locaux doivent être adaptés, et les travaux se font sur le crédit de fonctionnement. Pareil pour la bibliothèque, vide à l'ouverture, qui sera remplie avec ce même crédité. Et pendant toutes ces années, les abus auraient été nombreux, l’agent comptable étant aussi l’administrateur du collège. « Quand vous achetez des poissons panés au supermarché d’Aubervilliers plutôt que chez un grossiste, vous les payez 4 à 10 fois plus cher », raconte-t-il. Et maintenant, il faut rembourser. Le Conseil général a donné une subvention exceptionnelle de 60 000 euros, mais les enseignants ont demandé d’éponger les 200 000 euros qui restent. « Mais on ne peut pas faire comme ça, regrette-t-il. Si on efface l’ardoise, ce sont les habitants de Seins Saint Denis, avec leurs impôts, qui vont payer ».
Le rectorat, de son côté, devrait gérer dans les semaines qui viennent le problème des manuels manquants en ce début d'année.

La rédaction, avec Thomas Chupin