BFMTV

Le décrochage scolaire en France préoccupe l'OCDE

-

- - -

Le taux de scolarisation des jeunes âgés de 15 à 19 ans a légèrement baissé en France depuis quinze ans, un constat préoccupant selon l'organisation. « J’ai vu tout de suite que je n’accrochais pas », raconte sur RMC Agathe, qui a tout arrêté en seconde.

Ils sont de plus en plus nombreux à ne plus faire leur cartable chaque matin. En France, le taux de scolarisation des jeunes âgés de 15 à 19 ans a légèrement baissé depuis quinze ans, un constat « préoccupant » selon l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).
Ce taux est ainsi passé de 89% en 1995 à 84% en 2010, relève l’organisation dans son rapport annuel sur l'éducation. Or en France, 71% des jeunes déscolarisés de cette tranche d'âge sont sans emploi ou inactifs, contre 57% en moyenne dans les 34 pays membres de l'OCDE, selon les chiffres de 2010.
Des difficultés d'insertion qui persistent dans le temps, souligne l'organisation. Le taux de chômage est en France de 22% parmi les 25-29 ans n'ayant pas de diplôme de fin d'études secondaires, contre 15% en moyenne dans les pays de l'organisation, selon les chiffres de 2010.
Chaque année, environ 140 000 jeunes sortent du système éducatif sans diplôme, d'après les chiffres du ministère de l'Éducation. François Hollande s'est fixé pour objectif de réduire ce chiffre de moitié d'ici la fin du quinquennat.

Investir dans l’accueil des très jeunes enfants

« Les taux de scolarisation en France demeurent élevés, mais malgré tout il y a une nécessité de gérer l'échec scolaire et de gérer l'insertion de ceux qui sortent sans diplôme », estime Eric Charbonnier, spécialiste de l'éducation à l'OCDE.
Dans un pays comme le Japon qui a à peu près la même proportion d'élèves non scolarisés de 15 à 19 ans, quasiment tous trouvent un emploi. En France, quasiment tous sont inactifs ou au chômage. Une comparaison qui impose selon Eric Charbonnier une réflexion sur une meilleure valorisation de la formation professionnelle en France, ou un changement des méthodes pédagogiques liées à l'échec scolaire, et notamment la suppression ou la diminution du redoublement.
L'OCDE recommande également à la France d'investir davantage dans les programmes d'accueil des tout jeunes enfants.

« On ne nous apprend pas à nous passionner »

A 19 ans, Agathe suit une formation en alternance pour devenir animatrice en centre de loisirs. A 16 ans, elle quittait le système scolaire juste après son entrée au lycée et une année de 3e difficile. « J’ai vu que je n’accrochais pas du tout, ni dans les matières, ni dans l’institution, raconte-t-elle. Les horaires, l’organisation, on n’a pas le temps de manger, pour moi ce n’était pas trop supportable, je me suis dit "j’arrête les cours" ». Selon elle, c’est la méthode même d’enseignement qui est à revoir. « On nous dit d’apprendre les choses par cœur, au final les choses qui nous intéressent depuis qu’on est petit, on ne peut pas les aborder, ça ne nous donne pas envie de nous accrocher à une matière, on ne nous apprend pas à nous passionner, et c’est ça qui est dommage ».

« On a besoin d’objectifs pour avancer »

Parmi les principales raisons avancées par les professeurs et par ceux qui décident de ne plus user les bancs des lycées, le rythme scolaire intensif et le manque d’effectif arrivent généralement en tête. Sur ces deux points, Agathe partage l’avis général. « Ce que j’aimerais changer, c’est le nombre d’élèves dans les classes, dit-elle, c’est beaucoup trop, et puis les rythmes. Au lycée, c’était 8h-18h, avec une demi-heure de pause. Au final, on n’assimile rien, on n’a pas de plaisir à apprendre. On ne comprend même pas le but de l’apprentissage car on ne sait pas vers quel métier on va s’orienter. Il n’y a pas d’objectif concret, et on a besoin d’objectifs pour avoir envie d’avancer ».

Des difficultés qui commencent dès le primaire

Bien que dans la moyenne des pays de l'OCDE, l'investissement du gouvernement français en matière d'éducation est en effet déséquilibré entre primaire et secondaire (5 730 euros par élève du premier degré, en-dessous de la moyenne des pays de l'OCDE, contre 8 330 euros par collégien, au-dessus de la moyenne des pays de l'OCDE, selon les chiffres du ministère). Or « l'échec scolaire qu'on peut mesurer à l'âge de 15 ans provient souvent de difficultés qui démarrent dès l'enseignement en primaire », souligne Eric Charbonnier.
Au sujet des rythmes scolaires, que le ministre français de l'Éducation souhaite réformer, l'organisation souligne qu'ils ne sont pas directement liés à la performance du système scolaire. Mais le peu de semaines de cours en France (35 contre 38 en moyenne dans les pays de l'OCDE) peut générer des problèmes pour trouver des moments pour gérer l'échec scolaire, estime Eric Charbonnier.
Vincent Peillon souhaite un retour à la semaine de quatre jours et demi, contre quatre jours depuis 2008. Il a également lancé une concertation sur la durée des congés d'été, parmi les plus longs d'Europe, et sur l'allègement de la journée de classe.

REUTERS