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La réserve citoyenne au point mort

Après les attentats de janvier, des adultes de tous âges se sont portés volontaires pour aider à défendre les valeurs de la laïcité dans les écoles.Dix mois plus tard, ils se disent exaspérés par l'immobilisme de l'Education nationale.

Après les attentats du 13 novembre, François Hollande a annoncé la future création d'une garde nationale composée des réservistes de la défense nationale pour appuyer les forces de l'ordre. Après les attentats de janvier, le Président avait appelé à la constitution d'une réserve d'un autre type.

"Il est des circonstances où l'importance de l'école apparaît encore plus décisive. C'est ce que nous vivons aujourd'hui", avait-t-il déclaré lors de ses vœux aux personnels de l'Education nationale.

François Hollande avait alors annoncé l'instauration, dès septembre 2015, d'un enseignement moral et laïc dans toutes les classes de l'école élémentaire au lycée. "Une réserve citoyenne d'appui aux établissements sera créée dans chaque académie", avait-t-il ajouté, citant parmi les intervenants possibles avocats, journalistes, acteurs culturels. La "réserve citoyenne" a été lancée en mai.

Le principe est simple. Le ministère propose aux citoyens désireux de s'engager auprès des élèves de s'inscrire sur un site. Après validation de leur candidature, ils sont censés être appelés, à partir de la rentrée 2015, pour des interventions ponctuelles devant des classes.

5.400 volontaires

Début décembre, ils étaient 5.400, de 18 à 94 ans, à s'être inscrits. Et à attendre. Car rien ne vient, malgré le nouveau coup de semonce que furent les attentats du 13 novembre.

Karine Miermont est écrivaine. Elle s'est inscrite fin janvier pour être volontaire sur le site dédié à la réserve citoyenne. Elle a reçu un mail en mai pour qu'elle précise son parcours, mais rien de concret n'a encore été lancé.

"Ça fait des mois que cette idée a germé et il semble que les modalités pratiques ne soient pas encore là", regrette-t-elle craignant "une volonté d'affichage" et une "opération de communication" plutôt qu'une réalité.

Elle avait ainsi été conviée il y a quelques jours à une réunion à ce sujet à la Sorbonne en présence de la ministre de l'Education nationale et de l'avocat Serge Klarsfeld, entre autres. Au cours de cette rencontre, Najat Vallaud-Belkacem avait loué ce "vivier spontané" composée d'une grande diversité de profils: des hommes, des femmes, des chefs d’entreprise, des retraités, des avocats, des journalistes… Mais rien de concret n'a été avancé, déplore Karine Miermont, dont l'enthousiasme pour le projet n'a pas faibli pour autant.

"Les enseignants ne se sont pas réellement appropriés ce dispositif"

Du côté du ministère, on rappelle que cette réserve citoyenne existe depuis peu et qu'il faut du temps aux établissements pour définir leurs projets. La rue de Grenelle veut aussi augmenter la notoriété de ce dispositif auprès des équipes pédagogiques, et réfléchit à la création d'une application permettant aux enseignants de consulter un fichier de profils de réservistes disponibles, afin de fluidifier la procédure.

"Les enseignants ne se sont pas réellement appropriés ce dispositif, d'abord parce que l'offre proposée ne correspond pas forcément aux besoins et aussi par manque d'information", explique Jérôme Lambert, secrétaire départemental du SNUipp-FSU-Paris.

Seule l'académie de Toulouse semble en pointe, avec des interventions qui ont commencé en octobre et de nombreuses rencontres prévues pour la semaine de la laïcité.

K. L. avec Gaël Giordana et Antoine Pollez