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Déconfinement: de nombreux maires refusent de rouvrir les écoles le 11 mai

Jusqu'au 31 août ou "jusqu'à nouvel ordre", les arrêtés municipaux pour interdire la réouverture des écoles à partir du 11 mai se multiplient sur le territoire. Les élus dénoncent un manque de moyens pour faire respecter les restrictions sanitaires liées au coronavirus.

Incapacité à faire respecter les gestes barrières, matériel de protection qui fait défaut, locaux trop étroits… Face aux manques de moyens, de nombreux maires ont d’ores et déjà pris un arrêté pour interdire la réouverture des écoles dans leur commune après le 11 mai. Avant même que le plan de déconfinement soit annoncé ce mardi après-midi par Edouard Philippe, ils estiment que les conditions sanitaires nécessaires ne pourront être réunies d’ici deux semaines pour reprendre les cours comme prévus par le gouvernement.

"Je vais prendre des coups de bâtons, mais j’assume"

Pour le maire sans étiquette de Courcelles-lès-Gisors (Oise), Alain Frigiotti, l’école n’est pas en mesure d’accueillir les 120 élèves de sa commune tout en faisant respecter la distanciation sociale afin de s’assurer d’une protection efficace contre le coronavirus: 

"J’ai compté 26 chaises, les espaces sont réduits, 4 ou 2 élèves par table. Les instituteurs vont faire comment? En prendre une dizaine un jour, puis une dizaine l’autre? Les garder dans la cour? Comment on fait?", s’interroge-t-il auprès de BFMTV.

Le constat est le même pour la cantine, où la taille de la salle de réfectoire ne permet pas d’espacer suffisamment les élèves. Il a donc pris un arrêté municipal pour interdire l’école jusqu’au 31 août.

"Je vais prendre des coups de bâtons, mais j’assume. Je ne prends pas la responsabilité qu’il y ait une contamination quelconque", se justifie-t-il à notre micro. 

"Il en va de la responsabilité pénale des élus"

Ces arrêtés se multiplient dans les régions les plus touchées par le Covid-19. En Seine-Saint-Denis, la fronde des élus locaux vise plus particulièrement les crèches et maternelles. Les maires centristes de huit communes, Bobigny, Drancy, Saint-Ouen, Noisy-le-Sec, Le Bourget, Livry-Gargan, Coubron et Le Raincy, ont fait savoir qu’ils ne rouvriraient pas les écoles aux plus petits, qui ne sont pas en mesure de respecter les précautions d’hygiènes recommandées.

"Les conditions de sécurité et de sérénité sont impossibles à assurer", s’alarme dans les colonnes du Parisien Aude Lagarde, maire de Drancy. Et d’ajouter: "Le virus ne va pas s'arrêter le 11 mai. Les conditions pour un retour à l'école, alors que le virus est toujours là, ne sont pas réunies! Il en va de la responsabilité pénale des élus".

A Hautmont, dans le Nord, le maire Les Républicains Joël Wilmotte explique dans une vidéo publiée sur Facebook et partagée par France 3, avoir fermé les six établissements scolaires de la ville "jusqu’à nouvel ordre" afin de pouvoir trouver des "solutions alternatives":

"Nous aurons ainsi l'occasion, avec un délai suffisant, de travailler de façon concertée et négociée avec les services de l'Education nationale, avec les services de la commune, avec aussi les enseignants et les maisons de quartier, pour voir comment nous pourrons proposer, dans les semaines qui viennent, des solutions alternatives, mais qui auront été mûries, avec notre expérience du terrain."

Pas de réouverture sans masque

De son côté, le maire de Colmar a conditionné la réouverture des écoles à l’arrivée des commandes de masques passées par la municipalité: "Chaque enseignant et chaque élève doit être doté d’un masque", insiste auprès des Dernières Nouvelles d’Alsace le maire Gilbert Meyer. 

La décision semble globalement bien accueillie par les parents d’élèves. Mais cela nécessite de l’organisation. A Courcelles-lès-Gisors, Elodie déposera sa fille chez une assistance maternelle, toutefois elle s’inquiète: "Est-ce que ma fille sera plus en sécurité chez une assistante maternelle ou à l’école?" Mélanie et Vincent eux, déposeront des congés supplémentaires:

"Je peux comprendre, on va poser des congés ou essayer de s’arranger". "Mais des congés on en a pas non plus des quantités", ajoute son époux.
Esther Paolini