BFMTV

Caricatures : les Français de l'étranger inquiets

Le Quai d'Orsay

Le Quai d'Orsay - -

Après les caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo, le quai d’Orsay a fait fermer les écoles françaises d’une vingtaine de pays vendredi, mais certains ont déjà pris les devants. « N’importe quoi peut arriver », témoigne un père de famille en Tunisie.

Ce jeudi matin, les petits Français de Tunisie ou d’Egypte ont pu rester au lit. Depuis mercredi soir, et jusqu’à lundi, les écoles françaises de ces deux pays sont en effet fermées par mesure de précaution, alors que les écoles, ambassades et consulats d’une vingtaine d’autres pays musulmans fermeront leurs portes uniquement vendredi, jour de la grande prière. La raison, bien sûr, les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo qui continuent de provoquer des tensions à travers toute la planète. Alors qu’une plainte a été déposée au parquet de Paris contre l’hebdomadaire satirique pour « provocation à la haine » et que les islamistes veulent défiler contre le film américain polémique "L'Innocence des musulmans" samedi à Paris, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, craint des excès de violence hors de nos frontières.

« N’importe quoi peut arriver »

Ainsi, Khemais Khayati, journaliste franco-tunisien, a scolarisé sa fille au lycée français de Tunis. Et il est bien content que l’école ait été fermée. « Il n’y a pas de sécurité ! Il y a 1 500 élèves au collège et au lycée, et pas de gardien de la paix. N’importe quoi peut arriver, regrette-t-il. Le fait de fermer l’école pendant les quatre jours apaise les esprits. Ma fille est chez moi, on est à la maison, au moins, je suis sûr. En même temps, le signal envoyé par la politique tunisienne est désagréable : si un état ne peut pas assurer la sécurité des représentations diplomatiques dans son propre pays, que va-t-il faire pour ses propres citoyens ? », se demande-t-il.

« Un terreau propice à la récupération »

Quant aux caricatures, ce musulman qui dit apprécier Charlie Hebdo considère que « ça ne vaut pas tripette. Il y a plus de 14 siècles que l’Islam existe, ce n’est pas une caricature qui va mettre en danger cette religion ». Pour lui, la vraie question est politique. « Les salafistes en Tunisie utilisent ça pour pouvoir exister dans la rue et sur la scène publique. Dans la rue, il n’y a que des barbes et des têtes rasées, des gens coléreux, il y a un terreau propice à la récupération » juge-t-il.

« Charlie Hebdo souffle sur des braises encore chaudes »

Contrairement à Khemais Khayati, Martine Vautrin Djedidi, conseillère élue à l'Assemblée des Français de l'Etranger en Tunisie, juge que Charlie Hebdo est allé trop loin. Elle reçoit d’ailleurs de nombreux appels de parents inquiets. « La majorité d’entre eux sont très en colère. Les parents d’élève s’inquiètent des conséquences que peuvent avoir les caricatures lorsque nous sommes dans une phase de transition comme en Tunisie où il y a un problème d’insécurité généralisée. Il y a d’ailleurs un élu binational qui a été attaqué à Bizerte, donc les braises sont encore chaudes, et Charlie souffle dessus. Ça sert à quoi ? C’est uniquement de la provocation sans se soucier du tout des conséquences », estime-t-elle.

La rédaction avec Violette Voldoire