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Crue de la Seine: les chefs-d'œuvre des musées parisiens sont-ils à l'abri?

Le niveau de la Seine continue de grimper. Un pic à 6 mètres pourrait même être atteint vendredi. A Paris, les musées commencent à s'inquiéter de cette montée des eaux qui pourraient mettre en péril leurs collections. Certains ont commencé jeudi à déménager leurs chefs d'œuvres. Mais pas sûr que cette mesure soit suffisante.

Inquiétudes pour les chefs-d'œuvre des musées de la capitale. Le département de la Seine, en forte crue, a été placée ce jeudi en vigilance orange. Le niveau de la Seine a dépassé les 5 mètres, selon Vigicrues, et devrait même atteindre vendredi en milieu de journée 5,30 à 6 mètres. Si ce pic semble loin des 8,62 mètres de la grande crue de 1910, certains musées parisiens ont commencé à imaginer le pire et à prendre des mesures. Car le seuil à partir duquel le fleuve pourrait déborder et provoquer des inondations, soit 6,10 mètres à l'échelle de mesure du pont d'Austerlitz, approche. 

Les musées municipaux

Aucune fermeture n'est prévue pour les 14 musées municipaux de l'établissement public Paris Musées, qui compte le musée Carnavalet, le Palais Galliera ou encore la maison de Victor Hugo. "Aucune salle d'exposition ou de collection permanente ne sera touchée au vu des prévisions", indique Delphine Lévy, sa directrice générale, pour BFMTV.com. La plupart de leurs réserves ont par ailleurs été mutualisées et externalisées il y a plusieurs années et se trouvent désormais à l'abri dans des zones non inondables. Cependant, ce n'est pas le cas pour le Musée d'art moderne et le Petit Palais, qui en comptent toujours. La décision de les évacuer a été prise aujourd'hui.

"Quelques réserves de ces deux musées ont commencé à être déménagées et le seront jusqu'à demain, ajoute Delphine Lévy. Mais cela ne représente pas un volume d'œuvres important."

Le musée d'Orsay

En milieu d'après-midi, le musée d'Orsay, en bordure de Seine, a annoncé l'annulation de sa nocturne "par anticipation", confirme le service de presse pour BFMTV.com. Dans la soirée, il a annoncé sa fermeture pour le lendemain. En alerte, une cellule de crise a été constituée au sein de l'établissement, situé le long du fleuve, dans l'ancienne gare d'Orsay. Cette cellule devra notamment s'assurer, en cas de déclenchement d'une crise, de la présence de personnels pour déplacer les réserves jusqu'aux salles d'exposition dans les étages supérieurs. Cette crise sera déclenchée si la Seine atteint 5,50 m de hauteur, ce qui risque d'arriver. Le musée serait alors fermé pour permettre le déménagement de ses œuvres, dans les étages supérieurs.

Un délai de 72 heures

Pour ce musée comme pour celui de l'Orangerie, des Arts décoratifs et de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts, "les objets restant présents dans différentes réserves sont entreposés dans des conditions permettant leur déplacement vers des zones protégées au sein de chaque établissement dans le délai de 72 heures", avait expliqué en 2014 le ministère de la Culture, interrogé par le Sénat. Soit la période d'alerte fixée par le plan de prévention du risque inondation (PPRI) de la préfecture avant l'arrivée de l'eau.

  • La ministre de la Culture, Audrey Azoulay, réunira vendredi matin au musée du Louvre "les responsables des institutions culturelles publiques" (Louvre, Orsay, Grand Palais, monuments nationaux ...) et "les directions régionales des affaires culturelles touchées par les crues" pour faire le point.

La délicate question du Louvre et de ses réserves

Le cas du Louvre est plus complexe. Si un plan de mobilisation a été engagé en 2002 avec ce musée, ainsi qu'avec Orsay, l'Orangerie, les Arts décoratifs, l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts et le centre de recherche et de restauration des musées de France pour permettre le stockage des collections nationales dans un site non inondable, le problème du Louvre reste entier, rappelait le ministère de la Culture, évoquant "l'impossibilité de préserver ou de mettre à l'abri, dans le délai de la période d'alerte, les quelques 8600 m² de réserves en zone inondable". Car les réserves du Louvre sont considérables. Si, pour résoudre ce problème, un bâtiment doit être construit à Liévin, dans le Pas-de-Calais, il ne verra pas le jour avant la fin 2018.

Mais selon le musée du Louvre, pas de panique. En cas de crue, les 6000 à 7000 œuvres en zone inondable et les quelque 220.000 œuvres stockées dans les sous-sol de l'institution pourront être remontées dans les étages supérieurs à temps, c'est-à-dire en trois jours.

"N'imaginez pas 220.000 sculptures, il y a des œuvres bien plus petites, indique le musée à BFMTV.com. Le Louvre est autonome pour la sauvegarde de ses œuvres. Nous avons eu plusieurs exercices dans le cadre d'un plan de sauvetage, mobilisant 500 personnes. Des volontaires, agents du musée, se sont inscrits sur une liste de bénévoles pour faire partie de la cellule de crise."

En fin de journée, le musée a annoncé qu'il serait fermé vendredi afin de mettre à l'abri "à titre préventif" ses œuvres en zone inondable. 

"Pour l'instant, aucune œuvre n'a été déménagée", précisait jeudi en début de soirée le musée pour BFMTV.com, ajoutant que la cellule de crise restait mobilisée. Une fermeture qui était prévue par le plan de prévention des risques inondations (PPRI). "La situation évolue en permanence, minute par minute."

Si l'eau montait jusqu'à 7,13 mètres, ce serait un risque de crue majeure qui constituerait une menace directe et généralisée.

Un ancien employé du Louvre témoigne pour BFMTV.com du danger que représenterait une telle crue: 

"Sous le Louvre, il y a plusieurs niveaux de souterrains avec des véritables artères où peuvent manœuvrer des semis-remorques, et surtout toutes les réserves des œuvres. Un véritable gruyère. Si l'eau passe par-dessus, le risque est que cela se remplisse très vite sans aucune possibilité d'évacuation, hormis le pompage." 

Pire, les eaux pourraient même envahir les bâtiments avant le délai des 72 heures, explique le directeur de l'école du Louvre dans un mail envoyé à ses étudiants jeudi en fin d'après-midi et que BFMTV.com a pu consulter.

"Si le rythme de montée des eaux se maintient au niveau actuel, la cote à laquelle les égouts sont susceptibles de déborder, entraînant les premières inondations dans certaines zones du palais pourrait, être atteinte en moins de 72 heures."

Des musées touchés en province

Dans le Centre-Val de Loire, certains musées ont déjà fait les frais des inondations. Plusieurs voitures de collection du musée Matra de Romorantin, dans Loir-et-Cher, exposées dans le sous-sol de l'établissement baignent depuis jeudi matin dans plus d'un mètre d'eau.

Le musée Girodet à Montargis, dans le Loiret, a lui aussi été victime des intempéries. "Nous avons eu le temps de sauver les œuvres principales du musée, notamment les œuvres de Girodet, notre artiste majeur", a expliqué sur France Info Claire Hansen-Béales, chargée du développement des publics au Musée Girodet. Mais "à l'heure actuelle c'est toujours la grande interrogation" pour les restes de la collection, sous les eaux.

Céline Hussonnois Alaya