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Crash évité en Russie: comment les aéroports se prémunissent contre le "risque aviaire"?

En France, on estime à 800 les incidents annuels liés aux oiseaux dans le domaine de l'aéronautique.

Ce jeudi en début de matinée, l'Airbus A321 de la compagnie Ural Airlines qui devait relier Moscou à Simféropol en Crimée a connu une grave avarie au moment de son décollage, à l'aéroport Joukovski.

Avec à son bord 226 passagers et sept membres d'équipage, l'appareil a heurté de plein fouet un vol de mouettes dont plusieurs se sont retrouvées dans les moteurs de l'Airbus provoquant "d'importantes perturbations dans leur fonctionnement", relatait l'Agence fédérale d'aviation Rosaviatsia.

L'équipage de l'avion a alors décidé d'atterrir d'urgence "dans un champ de maïs (...) situé à plus d'un kilomètre de la piste de décollage, sans train d'atterrissage." Une manœuvre délicate mais couronnée de succès grâce a usant froid des pilotes, salués comme des héros en Russie.

"Chasse aux rongeurs"

Reste que les mouettes, ou tout autre type de volatiles, demeurent un risque majeur dans le domaine de l'aéronautique où ce péril est nommé "risque aviaire". Un problème pris à bras-le-corps par les aéroports du monde entier, qui ont mis au point plusieurs techniques afin d'éloigner les oiseaux.

Le travail des équipes au sol est primordial et a "été amélioré" souligne notre correspondant aéronautique et ancien pilote de ligne Jean Serrat. "Il y a une chasse aux rongeurs, aux mulots, qui sont de la bouffe pour les oiseaux", indique-t-il.

"Avant on tondait bien, maintenant on ne coupe pas l'herbe en dessous de 20 centimètres pour que les oiseaux, qui ont des pattes courtes, ne puissent pas se poser. L'entretien du terrain est important", poursuit-il. 

Lasers, rapaces...

Au sol toujours, plusieurs aéroports ont mis au point des véhicules équipés de hauts-parleurs censés diffuser des bruits stridents. Seule limite, "les oiseaux ne sont pas stupides et ils s'y habituent", poursuit Jean Serrat auprès de BFMTV.com. Alors est employée la méthode forte, celle de chasseurs chargés de traquer et éliminer les volatiles et rongeurs.

En période de migrations, au cours desquelles les oiseaux volent en groupe, certains aéroports testent de nouvelles méthodes.

"Aux États-Unis, il est utilisé un rayon laser qui sert a effaroucher (effrayer un animal, ndlr) alors qu'à Madrid, il y a plusieurs personnes qui interviennent avec des rapaces, qui sont les ennemis des oiseaux", complète encore Jean Serrat.

L'exemple new-yorkais

Devant un tel danger, les constructeurs aéronautiques tentent de rendre leurs matériaux plus résistants. "Lors de tests de réacteurs, on jette six ou sept oiseaux morts d'un seul coup dans un réacteur à l'aide d'un canon afin de les tester, et les ailettes sont maintenant réalisées en forme de boomerang afin d'éviter tous risques", illustre-t-il. 

En 2009, une catastrophe aérienne avait été évitée de justesse après que le vol 1549 d'US Airways qui devait relier New York à Charlotte/Douglas a été percuté par un groupe de bernaches du Canada. A l'image du pilote russe, Chesley Sullenberger, aux commandes ce jour-là, avait fait montre d'un sans-froid imparable et avait posé l'appareil dans le fleuve Hudson, à deux pas de Manhattan. 

En France, selon des chiffres de la DGAC (Direction générale de l'aviation civile) repris par Le Figaro, on estime à 800 les incidents liés au risque aviaire. 

Hugo Septier